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Les océans vont bientôt connaître une extinction massive de leur biodiversité

Publié par David Jarry - Webmaster sur 22 Février 2015, 11:36am

Catégories : #Environnement

Chronologie de l'empreinte des activités humaines sur les milieux terrestres et marins. La ligne du temps devient rouge avec le réchauffement climatique en cours.

Chronologie de l'empreinte des activités humaines sur les milieux terrestres et marins. La ligne du temps devient rouge avec le réchauffement climatique en cours.

Pour la première fois, une étude met en évidence l'impact global et alarmant des activités humaines sur la vie marine. Après la disparition, souvent irréversible d'une partie de la biodiversité terrestre, c'est au tour de la vie marine de connaître un dangereux basculement vers une véritable extinction massive.

La 6e extinction massive du vivant est en cours

Actuellement, la perte de biodiversité et les changements dans l'environnement qui y sont liés sont plus rapides qu'à aucune période de l'histoire de l'humanité. De nombreuses populations animales et végétales sont en déclin, que ce soit en termes de nombre d'individus, d'étendue géographique, ou les deux. Si la disparition d'espèces fait partie du cours naturel de l'histoire de la Terre, l'activité humaine a considérablement accéléré le rythme d'extinction.

L'extinction actuelle, provoquée par les activités humaines et notre mode de vie irresponsable, est comparable à une crise biologique majeure, comme celles, naturelles, qui ont entraîné la disparition de très nombreuses espèces vivantes. On parle actuellement de la 6e extinction massive de la biodiversité : elle a déjà des effets irréversibles sur terre et cause des dommages majeurs dans les mers et océans.

Les océans subissent une pression de de plus en plus forte

Si les mers et océans, qui semblent immenses et immuables, sont exploités depuis des millénaires par les Hommes, nos activités modernes occasionnent des dégâts sans précédents sur la vie marine. Pêche intensive, aquaculture, pollutions chimiques, prospection et exploitation des hydrocarbures, rejet de déchets et formation de "continents de plastique", exploitation minière pour la construction, réchauffement climatique, exercices militaires, loisirs nautiques... Sont autant de causes qui expliquent que la vie est bouleversée dans nos océans : les récifs coralliens se meurent, les ressources biologiques s'amenuisent, les espèces migrent vers des lieux inadaptés à leurs conditions de vie... Au point que nous avons déjà modifié presque tous les grands écosystèmes marins.

La vie aquatique subit une pression comme jamais dans l'histoire de l'humanité : les mangroves reculent, les filets de pêche raclent les fonds du plateau continental et affectent 32 187 000 km² (plus que la superficie de l'Afrique) d'eaux marines.

Moins connu : l'exploitation minière des fonds marins a explosé en quelques années, passant de 0 en 2000 à 740 300 km² de fonds marins touchés en 2014 ! Or, cette menace est particulièrement grave pour les écosystèmes fragiles et uniques.

Et si aujourd'hui les baleines ne sont plus autant chassées qu'il y a quelques décennies, elles sont maintenant décimées par les collisions avec les navires qui empruntent des voies de navigation de plus en plus nombreuses, sans oublier les déchets marins qui sont de véritables poisons.

De plus, l'impact des activités humaines a des conséquences en cascade sur l'ensemble des écosystèmes. Par exemple, nous avons déjà détruit environ 40 % des récifs coralliens dans le monde, ce qui a entraîné la perte de précieux habitats et pouponnières pour de nombreuses espèces marines. Autre exemple : les migrations forcées des espèces qui subissent la pression de nos activités, les font entrer en compétition avec d'autres espèces et/ou permet l'arrivée d'espèces prédatrices pour des écosystèmes qui ne sont pas résilients.

Enfin, le réchauffement climatique acidifie les océans : un processus déjà engagé qui devrait bouleverser l'ensemble des chaines alimentaires marines. 

La biodiversité des océans est en passe de connaître une extinction massive

Ce tableau affligeant a été synthétisé par une étude originale et unique en son genre : Malin L. Pinsky, Stephen R. Palumbi, Douglas J. McCauley et ses collègues de l'Université de Californie ont compilé des centaines de références passées et présentes sur l'état des océans pour en obtenir une image actualisée et planétaire, même si l'exercice est particulièrement complexe.

Malheureusement, la conclusion de ces recherches est désastreuse : « Nous pourrions être au bord du précipice d'une extinction massive. » a indiqué McCauley d'après leurs analyses qui ont déjà reçu l'approbation d'un grand nombre de biologistes marins et d'experts sur ces sujets.  

Une nouvelle fois, l'alerte des scientifiques est claire : si nous ne modifions pas notre mode de vie avant la fin du siècle, « je pense honnêtement qu'il n'y aura plus d'espoir pour les écosystèmes marins » s'inquiète Stephen R. Palumbi.

Une des conclusions phares de cette étude est que les océans ont été, jusqu'à présent, en grande partie épargnés par les dégâts que nous avons causé à la vie sur terre, depuis plus de 10 000 ans. Mais avec la révolution industrielle, l'extinction de la vie continentale s'est accélérée et la vie marine a commencé à être affectée. Dorénavant, les espèces marines suivent la même voie que les espèces terrestres : celle de l'extinction massive.

« Les tendances actuelles dans l'exploitation des océans suggèrent que la destruction de l'habitat est susceptible de devenir une menace de plus en plus dominante envers la faune marine au cours des 150 prochaines années » souligne l'équipe de chercheurs dans leur étude.

Les océans peuvent-ils encore être sauvés ?

« Dans le même temps, nous avons l'opportunité de faire ce que nous pouvons. Nous avons quelques décennies de plus que ce que nous pensions, par conséquent, ne les gâchons pas » demande Palumbi, qui ajoute « Je suis intimement persuadé que notre meilleur allié pour sauver les océans et l'océan lui-même. » Ce qui signifie qu'en diminuant la pression sur les ressources marines, elles pourront se reconstituer d'elles-mêmes.

Ainsi, d'après les analyses de McCauley, si nous limitons l'exploitation des ressources marines, nous pourrons faciliter leur régénération, bien plus que ce que nous pourrions faire sur terre où les dégâts sont désormais irréversibles dans un certain nombre d'endroits.
« Il y a un grand nombre d'outils que nous pouvons utiliser » indique-t-il. L'équipe de recherche pense que la conception d' une approche prenant en compte le changement climatique serait la voie à suivre. Il se agit de considérer comment et où les espèces peuvent échapper à la hausse des températures et une augmentation de l'acidité de l'eau. En outre, comme certaines régions marines sont plus touchées que d'autres, l'une des approches pourrait être de limiter l'exploitation industrielle sur celles-ci, tout en permettant à d'autres de récupérer.

Si nous espérons toujours un sursaut de lucidité et de responsabilité chez l'Homme, nous mesurons aussi toute l'inertie de nos sociétés, d'un grand nombre de citoyens mais aussi le peu d'engagement sincère de nos décideurs pour ces questions qui sont incompatibles avec leurs intérêts à court terme. La question du réchauffement climatique en est un exemple frappant. C'est pourquoi, la mobilisation en faveur des océans devrait être générale et rapide.

Dans tous les cas, l'enjeu de la biodiversité est de taille. Il s'agit, avec le changement climatique, du plus grand défi de l'humanité pour sa propre pérennité. En effet, les humains sont extrêmement tributaires des écosystèmes océaniques pour l'alimentation et d'autres services écosystémiques, nous serons, et commençons à être profondément touchés par ces changements.

Enfin, rappelons que plusieurs millions d'années sont nécessaires pour recouvrir une diversité biologique suite à une extinction massive. Un temps qui dépasse celui des sociétés humaines.

Référence

Marine defaunation: Animal loss in the global ocean ; Douglas J. McCauley, Malin L. Pinsky, Stephen R. Palumbi, James A. Estes, Francis H. Joyce1, Robert R. Warner

Auteur

 Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

Commenter cet article

gwendal 22/02/2015 23:17

Pas la peine d'essayer de nous culpabiliser, car la plupart d'entre nous n'a jamais donné son accord pour que cette société de consommation qui détruit tout soit autorisée à exister!
Elle existait avant chacun d'entre nous vu qu'elle est née en gros au millieu du 19è siècle ...et aucun des gens qui l'ont créée n'est encore de ce monde... Ceux-là, par leur appât du gain, l'ont voulue ...mais nous....majoritairement NON!

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