Le Nouveau Paradigme

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Un verre de lait est aussi dangereux qu’une cigarette !

Publié par David Jarry - Webmaster sur 15 Mars 2015, 12:51pm

Catégories : #Santé

Un verre de lait est aussi dangereux qu’une cigarette !

Moins de lait, moins de cancer !

Vous avez été nombreux à partager les résultats d’une étude publiée cette année, qui démontrait que les intolérants au lactose – donc censés éviter les produits laitiers – étaient moins touchés par le cancer du sein, des ovaires (femmes uniquement…) et des poumons (hommes, femmes) [1].

Vous avez été nombreux à partager cette information sans lire l’étude citée, ce qui est normal, car l’on attend des articles de la toile de nous en faire un retour objectif, précis et honnête.

Tout le monde ne peut pas lire et comprendre ces études écrites en anglais, souvent imbuvables et informelles.

Autrement dit, on se repose un peu sur le dos et le travail des autres. Il faut donc faire confiance…. Mais à qui ?

Qui a véritablement lu cette étude ?

Moi, et je vais vous en parler maintenant.

Quand un verre de lait rime avec cancer

Donc, cette étude a été publiée dans un journal très bien classé dans le domaine de la cancérologie, le British Journal of Cancer (BJC), puisqu’il est à la 31ème place sur 194.

C’est pas mal du tout.

Vous devez également savoir que l’étude publiée dans le BJC n’est pas un article de recherche au sens strict du terme : c’est ce qu’on appelle une « courte communication » scientifique.

Les auteurs peuvent privilégier les communications courtes pour plusieurs raisons, et parfois, c’est bien à cause de la puissance limitée de la méthode et de l’étude qui poussent les auteurs à choisir cette voie de publication.

Bref.

Nos deux chercheurs suédois auraient démontré que les intolérants au lactose seraient moins susceptibles d’avoir les cancers suivants :

  • des ovaires (39% en moins)
  • du sein (21% en moins)
  • des poumons (45% en moins).

Afin d’obtenir ces résultats, nos scientifiques sont allé rechercher les intolérants au lactose dans des registres suédois, qui seraient de « hautes qualités » selon nos auteurs, afin de les confronter au registre suédois des cancers, et d’établir ainsi les risques détaillés plus haut.

Maintenant que vous savez à peu près tout – ou presque, sur cette étude, on va parler des choses qui fâches, des points qui manquent et qui malheureusement disqualifient cette étude, purement et simplement.

L’étude disqualifiée ? Vraiment ?

A ma connaissance aucun site, blog ou article n’ont parlé des sérieuses limitations qui viennent nous faire douter de l’exploitation et de la généralisation des résultats. On va les passer en revu, rapidement.

1. Aucun contrôle de la consommation de produits laitiers

Aussi étrange que cela puisse paraître, les auteurs n’ont même pas pris la peine de vérifier si les intolérants au lactose identifiés dans les registres nationaux consommaient moins de produits laitiers que les autres.

Les auteurs partent simplement du principe qu’ils devraient les éviter.

On est d’accord, cela semble logique, mais c’est un peu léger.

D’autant plus léger qu’il existe de nombreux produits laitiers différents, d’espèces différentes (vaches, brebis), avec des effets différents sur la santé.

Au final, on ignore la consommation des groupes que l’on compare. C’est un très gros point négatif.

2. Aucun contrôle des facteurs de confusions de base

C’est probablement le point le plus rédhibitoire pour cette étude.

Il est d’usage de contrôler un certain nombre de facteurs qui peuvent modifier les résultats et brouiller l’interprétation que l’on peut en faire.

Le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation, l’activité physique, le temps de sommeil ou bien le statut socio-économique sont des facteurs à prendre absolument en compte dans ce genre d’étude… mais cela n’a pas été fait.

Comprenez bien, les intolérants au lactose auraient moins de risques d’avoir un cancer des poumons alors que nous ignorons le principal facteur de risque : le tabagisme.

Les auteurs n’ont pas utilisé les fameux FFQ, pour Food Frequency Questionnaires, afin de connaître les habitudes alimentaires des participants.

3. Aucune explication de l’effet positif sur le cancer des poumons

Selon les auteurs suédois, les hommes et les femmes intolérants au lactose aurait 45% de risques en moins d’avoir un cancer des poumons.

Ces résultats ne bénéficient d’aucune explication de la part des scientifiques.

On peut interpréter ce silence par leur incapacité évidente d’expliquer ces résultats en fonction de la consommation (qu’ils ignorent) des produits laitiers.

Plusieurs études ce sont penchées sur les liens entre alimentation et cancer des poumons, et plus particulièrement sur les produits laitiers.

Hé bien les résultats ne sont pas concluants et bien souvent contradictoires, soutenus par des liens d’associations et non de cause à effet [2] [3] [4] [5].

4. Aucun lien de cause à effet démontré

Il faut le rappeler, toujours. Ce genre d’étude, plutôt discutable vu les nombreux biais, n’offre que des associations, pas de lien de cause à effet.

Il est donc impossible de dire que c’est bien le fait d’être intolérant au lactose qui vous protégera des cancers du poumon, du sein ou des ovaires.

La réponse est probablement bien plus complexe que cela, d’autres études devraient être menées, avec un contrôle des facteurs de confusions et un suivi des habitudes alimentaires, au minimum.

Les réels effets sur votre santé, mesdames ?

Afin de relativiser un peu tout ça, on va reprendre les résultats des chercheurs suédois afin de les appliquer sur les taux de mortalité mondiaux, et observer ce que cela changerait vraiment.

Pour le cancer du sein :

Donc, selon nos chercheurs, le risque de cancer du sein serait diminué de 21%. Or, le taux de mortalité est actuellement de 6,8%. Si l’on applique 21% de risque en moins, on tombe à 5,4%. C’est peu, quand même ?

Pour le cancer des ovaires :

C’est la même chose pour le cancer des ovaires qui possède un taux de mortalité plutôt faible à 2,4%. Il serait réduit de 39% selon notre étude, ce qui nous amènerait à 1,5% au lieu de 2,4%.

La manière d’observer les résultats relativisent quelque peu les choses.

Conclusions

Comme toujours, il faut se méfier des études scientifiques dont les résultats pourraient à première vue paraître exceptionnels ou sensationnels.

Etablir des liens entre consommation alimentaire et prévalence des cancers est un domaine hasardeux, mais surtout compliqué.

La science doit multiplier les expériences, avec une rigueur quasi-militaire.

Au final, que nous apprends ou nous enseigne cette étude ?

Pas grand-chose. On ne peut pas tirer de conclusion quant à notre consommation de produits laitiers et leur impact sur notre santé.

On peut légitimement rester sur une position modérée : c’est-à-dire de continuer à consommer cette catégorie d’aliment, si vous la tolérée, dans des proportions mesurées (0 à 2 portions par jour).


Références

[1] Ji, J., Sundquist, J., & Sundquist, K. (2015). Lactose intolerance and risk of lung, breast and ovarian cancers: aetiological clues from a population-based study in Sweden. British journal of cancer112(1), 149-152.
[2] Mayne, S. T., Janerich, D. T., Greenwald, P., Chorost, S., Tucci, C., Zaman, M. B., … & McKneally, M. F. (1994). Dietary beta carotene and lung cancer risk in US nonsmokers. Journal of the National Cancer Institute86(1), 33-38.
[3] Hosseini, M., Naghan, P. A., Jafari, A. M., Yousefifard, M., Taslimi, S., Khodadad, K., … & Masjedi, M. R. (2014). Nutrition and lung cancer: a case control study in Iran. BMC cancer14(1), 860.
[4] Mayne, S. T., Janerich, D. T., Greenwald, P., Chorost, S., Tucci, C., Zaman, M. B., … & McKneally, M. F. (1994). Dietary beta carotene and lung cancer risk in US nonsmokers. Journal of the National Cancer Institute86(1), 33-38.
[5] Brennan, P., Fortes, C., Butler, J., Agudo, A., Benhamou, S., Darby, S., … & Boffetta, P. (2000). A multicenter case–control study of diet and lung cancer among non-smokers. Cancer Causes & Control11(1), 49-58.

- See more at: http://www.dur-a-avaler.com/

Commenter cet article

sam 15/03/2015 20:58

La diabolisation du lait est une préoccupation des pays riches ! Entre le verre à moitié vide ou à moitié plein, y'à un juste milieu car même si nous ne sommes pas des veaux, il n'en est pas moins que le lait est une source de nutriments dont nos organismes ont besoin. Oui on peut le substituer, oui on peut en être intolérant ou allergique mais ne lui imputons pas tout les maux de la terre car les cancers dont vous faites références sont incriminés dans bien d'autres types d'expositions. Ce serait trop facile si pour un cancer on trouvait une raison.
En attendant, consommons du bio pour un lait de qualité sans antibio et sans traces de pesticides.

Éric G. Delfosse 15/03/2015 15:15

Il me semble que notre brave Jeremy, ces derniers temps, ergote souvent sur des points ... certes exacts ... mais pas obligatoirement importants.
Bon ok, c'est une courte communication et pas une gigantesque étude, et surtout pas une étude qui a été faite "en profondeur"...
ET alors ? Est-ce pour cela qu'elle raconte de conneries ?
OK, les chercheurs ont comptabilisé des intolérants sans vérifier s'ils mangeaient, ou pas, des produits laitiers... Mais même si l'on suppose que quelques intolérants consomment quand même du lait (ma foi, des masochistes, ça existe), on peut supposer que TOUS ne consomment quand même pas ce lait qu'ils n'arrivent pas à digérer et qui les rend malades !!!
À la suite de cela, qu'est-ce que ça changerait si la réduction du pourcentage de gens moins tués par - par exemple - le cancer des ovaires, n'était que de 35% (ou même 30%) au lieu de 39%, ou, pour le cancer du sein, que de que de 18% (ou même 12%) au lieu de 21% ? Et même si on devait diviser les chiffres par deux (20% au lieu de 39% et 10% au lieu de 21%), ça voudrait quand même dire qu'il y a "quelques" personnes en moins qui vont décéder de ces fichus cancers...
Quant à "relativiser" en disant que, au final, passer de 2,4% à 1,5% de décès (par cancer des ovaires), c'est peu, bin, oui, vu comme ça, c'est peut-être insignifiant, mais pour les femmes qui ont un cancer des ovaires, je ne suis pas certain que ce soit si insignifiant de savoir que, selon qu'elles boiraient peut-être, ou pas, du lait, elles ont un risque de 2,4 ou 1,5% d'y rester...
0,9% de risque en moins, sur dix ou vingt personnes, ma foi, oui, c'est insignifiant. Sur une population de cent mille personnes atteintes de ce cancer, ça veut quand même dire passer de 2.400 décès à 1.500 décès : neuf cents cercueils en moins, je ne pense pas que ce soit si insignifiant (et même si l'on devait diviser par deux, ça ferait quand même quatre cent cinquante morts en moins) !
Que monsieur Jérémy fasse le calcul pour le cancer des seins dont le taux de décès passerait de 6,8 à 5,4%... Soit quatorze cents décès en moins par cent mille cancéreuses ! Quand même...
Vu comme ça, ça relativise toujours autant, monsieur Jérémy ?

Dire qu'il n'y a QUE la multiplicité des expériences avec une rigueur militaire (qui puisse apporter des éléments) est un peu "léger" : depuis des millénaires, l'homme se base sur des constatations qui n'ont rien de spécialement scientifique, et ce n'est que depuis peu qu'il n'accepte plus QUE les expériences scientifiques à la rigueur militaire. Depuis que la "blouse blanche" a force de loi...
Comment donc l'humanité a-t-elle réussi à survivre durant ces millénaires sans les scientifiques d'aujourd'hui et avec tous ces "charlatans", alors, s'il n'y a que la science "à la rigueur militaire" qui peut apporter des vraies réponses ?

Quant à la conclusion, elle me laisse perplexe : "On peut légitimement rester sur une position modérée : c’est-à-dire de continuer à consommer cette catégorie d’aliment, si vous la tolérée, dans des proportions mesurées (0 à 2 portions par jour)."
Jusque DEUX portions de produits laitiers par JOUR ? C'est "modéré" (ou "mesuré"), ça, de conseiller jusque deux portions par jour, ... alors que la pub, finalement, ne cite que trois portions ?
Et alors que des grands noms de la science expliquent que trois portions par jour, c'est beaucoup trop, et que trois portions par semaine, c'est amplement suffisant ?
Je m'interroge... Notre brave Jérémy commencerait-il à "tourner casaque", et à se mettre du côté ... de l'industrie agro-alimentaire ?
Ce n'est pas la première fois, depuis quelques semaines, que je me pose la question en lisant ces derniers billets... Et je ne suis apparemment pas le seul...

Bonne journée...

n' ED 15/03/2015 20:08

Quoiqu'on en dise et malgré toutes le plus solides études scientifiques le lait de vache est toujours destiné aux petits veaux et leur permettre de passer de 30 à 250Kg en 3 mois !
L'industrie laitière même avec entre 0 et 3 portions ('!) par jours , au vu de tout ce que l'on retrouve dans le lait d'aujourd'hui, qui n'a plus rien à voir avec celui d'il y a seulement 50 petites années !
Le Dr Le BERRE à écrit son livre : "le lait une sacrée vacherie" il y a déjà presque 30 ans et il a été réédité depuis ...
JEREMY sur le site 'ou vient cet article déraille par rapport à ses premiers engagements il y 2 ans environ.
IL veut bien faire et se fait avoir .... en voulant ou croyant bien faire !

En espérant que ce ne soit pas pire .

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