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29 ans après Tchernobyl, Youri Bandajevski alerte la seconde génération

Publié par David Jarry - Webmaster sur 26 Avril 2015, 21:29pm

Catégories : #Environnement

Pripiat, ville abandonnée près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, Vingt neuf ans après l’explosion de Tchernobyl, les radiations touchent encore 6 à 7 millions de personnes dans les territoires contaminés, selon le médecin Youri Bandajevski. Emprisonné dans son pays d’origine, la Biélorussie, pour avoir mis en évidence les risques sanitaires de la radioactivité, en particulier pour les enfants, puis libéré après une campagne d’Amnesty international et de la CriiRad, il sonne l’alarme encore une fois sur les dangers des radiations.

D’emblée, il annonce la couleur. «Là où vivent encore les victimes, personne ne voudra entendre parler de mes dernières études. »

Alors qu’il était le plus jeune professeur de médecine de l’ancienne URSS et qu’il était promis à un brillant avenir, Youri Bandajevski s’installe à Gomel, à 130 kilomètres de Tchernobyl. C’est alors que survient la catastrophe. Il décide d’étudier les conséquence de la radiation sur la santé humaine et publie plusieurs études qui feront référence, mais qui irritent le pouvoir biélorusse. Il est arrêté et condamné à 8 ans de prison dans un procès truqué. Ce n’est qu’avec le soutien d’Amnesty International, de l’Union européenne et, en France du comité de soutien créé par le Criirad qui sera finalement libéré, après 6 ans de détention.

Réfugié en France dont il a acquis la nationalité, Youri Bandajevski n’a pas dit son dernier mot. Ses travaux continuent de déranger, dans les pays directement concernés par la catastrophe comme pour de nombreux collègues scientifiques. Adulé par certains, complotiste pour d’autres, les polémiques que suscitent ses positions tranchées ont au moins l’intérêt de montrer que le bilan de Tchernobyl est encore loin d’être fait. En particulier pour la «deuxième génération», née après la catastrophe mais exposée aux éléments radioactifs renfermés dans les sols et la nourriture des zones contaminées.

En 2013, une analyse a ainsi montré que les champignons sauvages pouvaient contenir jusqu’à 4700 bq/kg alors que le seuil autorisé est fixé à 500. Si un simple échantillon ne peut pas à lui seul refléter tous les facteurs de la contamination, ces résultats étaient inquiétants.

D’autant plus que l’inoffensivité des « faibles doses », Youri Bandajevski n’y croit pas. Surtout lorsqu’elles agissent en permanence sur un enfant : la période de croissance présentant à l’en croire « un terreau fertile au développement de pathologies plus graves par la suite. » Le médecin est catégorique : « il faut bien se rendre compte de l’importance et du danger que représente la radioactivité en elle-même. Pour moi, la seule norme possible, c’est le degré 0. »

Ses dernières recherches, réalisées entre 2014 et 2015, tentent justement de démontrer le rapport entre l’exposition au césium 137 et au strontium et les dysfonctionnements cardio-vasculaires chez les jeunes de 3 à 17 ans (donc, nés après la catastrophe).

Bandajevski explique : « sur les 3088 enfants que nous avons examinés, 81,9 % présentaient des troubles cardiovasculaires, parmi lesquels 5,6 % étaient même atteints du cancer de la thyroïde ». Hypertension, hypotension, arythmie, tachycardie, bradycardie et syndrome métabolique sont autant de pathologies qui ont été recensées, en particulier chez les garçons qui se montrent apparemment plus fragiles face à la radiation que les filles.

« Le taux de césium de ces enfants rentrait dans le cadre des normes de santé, dans 90,6 % des cas. » Le verdict de Bandajevski : « Les doses les plus infimes peuvent s’avèrer agressives pour le corps humain. La situation est même pire en Biélorussie et à Minsk, où j’ai pu étudier 500 cas de troubles cardiaques avec des résultats plus graves encore. En l’absence de contrôle du taux de radionucléides contenus dans les produits, la contamination est continue. »

Si les résultats de ses recherches ne font pour lui aucun doute, ils peinent pourtant encore à convaincre la communauté scientifique: non seulement par leur caractère controversé, mais aussi parce qu’ils ne correspondent pas aux standards des études scientifiques.

Qu’on le croie ou non, il n’en reste pas moins déterminé à poursuivre son combat pour Tchernobyl. Dernièrement, il a même réussi à obtenir des financements grâce à l’aide de Michèle Rivasi, députée européenne EELV et fondatrice de la CRIIRAD, pour continuer ses recherches sur les anomalies génétiques et le système endocrinien.

« Nous savons désormais qu’il existe un lien évident entre les troubles cardiaques et les pathologies endocriniennes, mais sa nature précise nous échappe encore », explique le scientifique. À ce jour, 200 enfants ont pu être étudiés : « C’est peu, concède-t-il, mais c’est un début. Il nous faut plus de personnes pour établir des résultats plus probants. »

S’il met tant d’énergie à vouloir prouver le bien-fondé de ses recherches, c’est pour que pour l’ensemble des personnes vivant sur les zones contaminées obtiennent le statu de « victimes ». À ce jour, la deuxième génération n’est toujours pas reconnue comme telle, alors qu’elle a reçu Tchernobyl en héritage.

Pauline Pouzankov

http://www.goodplanet.info/

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sam 27/04/2015 09:08

Tchernobyl n'a pas fini de faire parler d'elle, ni Fukushima ni d'autres encore à venir....

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