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Le Gulf Stream ralentit, c'est maintenant une certitude

Publié par David Jarry - Webmaster sur 15 Avril 2015, 20:02pm

Catégories : #Climat

Le Gulf Stream ralentit bien, vers un âge glaciaire en

5 155 lectures / 25 commentaires07 avril 2015, 12 h 14

rechauffement Terre 1901 2013Une zone plus froide dans le réchauffement planétaire est visible au sud du Groenland. Ici évolution de la température sur Terre de 1901 à 2013
© NASA / GISS

La circulation méridienne de retournement (CMT), également appelée « circulation thermohaline », est l'un des principaux systèmes de circulation de la chaleur terrestre : il distribue l'eau chaude des océans vers le nord et l'eau froide vers le sud, c'est aussi ce qu'on appelle la dérive nord-atlantique et par extension, le Gulf Stream. Elle est, en partie, à l'origine du climat tempéré que l'on connait dans l'ouest de l'Europe du nord. Or, des scientifiques viennent de confirmer que cette circulation s'essouffle bien...

La dérive nord-atlantique qui contribue à la douceur du climat de l'Europe occidentale transporte une partie de la chaleur tropicale du golfe du Mexique vers l'Atlantique nord, c'est la prolongation du Gulf Stream. Ce courant joue un rôle majeur dans l'équilibre climatique que nous connaissons.

Or, des observations multiples et concordantes montrent que depuis les dernières décennies, ce système de courants s'affaiblit comme jamais au cours du siècle voire même du millénaire passé. En cause : la fonte graduelle, et qui s'accélère, de la calotte glacière du Groenland, engendrée par le réchauffement climatique. C'est un facteur clé pouvant contribuer au ralentissement de cette circulation méridienne de retournement. S'il s'affaiblissait encore, les écosystèmes marins seraient impactés tout comme le niveau de la mer et les systèmes climatiques d'Amérique et d'Europe.

"On voit clairement qu'une zone précise de l'Atlantique nord se refroidit depuis un siècle alors que le reste de la planète se réchauffe," (voir image ci-dessus) indique Stefan Rahmstorf du Potsdam Institute for Climate Impact Research, le principal auteur de l'étude à paraître dans Nature Climate Change. Les recherches antérieures avaient déjà montré que le ralentissement de la circulation thermohaline pourrait en être la cause. "Désormais, nous avons détecté des signes forts : la courroie de transmission globale a bien perdu de sa vigueur au cours du dernier siècle, et plus particulièrement depuis 1970," précise Rahmstorf.

Du fait de l'absence de mesure directe de long terme sur les courants océaniques, les scientifiques se sont surtout appuyés sur les relevés de température atmosphériques et des eaux de surface pour en déduire les valeurs pour les systèmes océaniques, en exploitant le fait que les systèmes océaniques sont la cause principale des variations de température dans l'Atlantique Nord subpolaire. En se basant sur des données de substitution, provenant de carottes de glace, d'anneaux de croissance des arbres, de coraux, et de sédiments océaniques et lacustres – les températures peuvent être reconstituées sur plus d'un millénaire. Les changements récents notés par l'équipe sont sans précédent depuis 900 ans avant notre ère, ce qui constitue une preuve supplémentaire de l'implication d'un réchauffement global dû à l'activité humaine.


legende densité eauLa circulation thermohaline.
Crédit: NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio The Blue Marble Next Generation data is courtesy of Reto Stockli (NASA/GSFC) and NASA's Earth Observatory. Source : The Thermohaline Circulation - The Great Ocean Conveyor Belt

 

"La fonte de la calotte glacière du Groënland perturbe probablement la circulation"

La diminution de la circulation thermohaline est causée par des différentiels de densité des eaux océaniques. L'eau chaude (donc plus légère) du sud s'écoule vers le nord, tandis que l'eau froide (donc plus lourde) du nord s'enfonce dans l'océan et s'oriente vers le sud. "Aujourd'hui, l'eau douce libérée par la fonte de la calotte glacière du Groenland interfère probablement avec cette circulation," explique Jason Box du Geological Survey du Danemark et du Groenland. L'eau douce dilue l'eau océanique. Moins elle est salée et moins l'eau est dense et donc moins elle a tendance à descendre dans les profondeurs. "Ainsi, la perte de masse de la calotte glacière du Groenland imputable à l'homme semble bien freiner la circulation méridienne de retournement de l'Atlantique, et cet effet pourrait s'amplifier si nous laissons les températures grimper davantage," ajoute Box.

Le refroidissement observé dans l'Atlantique Nord, juste au sud du Groenland, est plus important que ce que la plupart des simulations informatiques du climat ont pu prédire à ce jour. "Les modèles climatiques traditionnels sous-estiment la réalité du changement en cours, soit en postulant une trop grande stabilité des retournements de l'Atlantique soit en sous-estimant la fonte de la calotte glacière du Groenland, ou pour les deux raisons," dit Michael Mann du Pennsylvania State University (USA). "Il s'agit d'un nouvel exemple d'observations qui montre que les prédictions des modèles climatiques sont par certains côtés trop conservateurs pour estimer la vitesse à laquelle se produisent certaines manifestations du changement climatique."

Vers un nouvel âge de glace sur l'Europe ?

La diminution de la circulation thermohaline fait craindre un refroidissement net au-dessus de l'Atlantique Nord. Cependant, les chercheurs estiment qu'il n'aurait qu'un impact très faible sur la poursuite du réchauffement des continents. Ainsi, les scientifiques ne s'attendent certainement pas à un âge de glace, et les images du film catastrophe « Le Jour d'après » (Day After Tomorrow) produit par Hollywood il y a dix ans sont loin de dessiner le futur. Pour autant, on sait qu'une modification importante, même si elle n'est que graduelle, de la circulation de l'océan Atlantique pourrait s'accompagner de conséquences redoutables.

"Si le ralentissement de la circulation méridienne de retournement se poursuit, les impacts pourraient être incalculables," suggère Rahmstorf. "La perturbation de la circulation aura probablement un effet négatif sur l'écosystème marin et affectera les piscicultures et la survie de populations entières en bord de mer. Le ralentissement de la circulation accentuera en outre la hausse du niveau de la mer, impactant des villes telles que New York et Boston."

Si la circulation s'affaiblit trop, elle peut même complétement s'arrêter, or la dérive nord-atlantique est depuis longtemps considéré comme un élément possible du basculement du système terrestre. Cela se traduirait alors par un changement relativement rapide et difficile à enrayer. Les derniers rapports du Intergovernmental Panel on climate Change (IPCC) estiment qu'il y a une chance sur dix pour que cela se produise déjà au cours de ce siècle. Mais les enquêtes menées auprès des experts montrent que nombre d'entre eux estiment que le risque est encore plus élevé. L'étude publiée par l'équipe de chercheurs internationaux qui entoure Rahmstorf nous donne des éléments importants pour mieux apprécier les risques.

Une étude de 2005 indiquait que l'interruption de la circulation océanique dans l'Atlantique pourrait faire baisser, d'ici à 2100 de 4°C les températures moyennes en Europe, ce qui plongerait notre continent dans des hivers très rigoureux avec des zones de froid localisées... Rien de comparable pour autant avec une glaciation en Europe.

Source

Atlantic Ocean overturning found to slow down already today - Potsdam Institute for Climate Impact Research
Traduction pour notre-planete.info : Michelle Vuillerot

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

Commenter cet article

Caroline.D 17/04/2015 13:52

Informations notées par l'équipe...
Par les équipes, oui, dont pas mal françaises.
Merci entre autres la France.
Bonne journée.

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