Le Nouveau Paradigme

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Ostéoporose : un scandale digne du Mediator en approche

Publié par Le Nouveau Paradigme- David Jarry sur 5 Mai 2015, 14:50pm

Catégories : #Santé

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Résumé de l’article: cette enquête étant particulièrement longue, en voici les points essentiels. L’ostéoporose est une maladie du squelette dont le diagnostic et le traitement ont été officiellement établi par l’OMS en 1994, par un groupe d’experts dont la moitié étaient en situation de conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. A partir de là, un marché énorme s’ouvre pour traiter un maximum de personnes pour ce simple facteur de risque. Les congrès internationaux sponsorisés par les firmes pharmaceutiques se multiplient, les molécules sont testées, évaluées et recommandées par les mêmes experts, qui sont fortement payés par ces firmes (consultants, conférenciers, conseillers, etc.) La situation est telle que des études sponsorisées par les laboratoires évitent de mentionner les effets indésirables graves des molécules. Les laboratoires se battent, et utilisent leur influence, pour obtenir les meilleurs taux de remboursement possible. Au final, les précédents scandales sanitaires risque de ce répéter, car la machine industrielle est parfaitement rodée. Accablant.

Du 26 au 29 mars s’est tenu le plus grand congrès international sur l’ostéoporose, organisé par la Fondation internationale contre l’ostéoporose (IOF) et la Société européenne des aspects cliniques et économiques de l’ostéoporose et l’ostéo-arthrite (ESCEO).

Ce congrès réuni les sommités scientifiques qui travaillent sur cette maladie mais également l’ensemble des laboratoires pharmaceutiques qui retirent des bénéfices de son diagnostic et de son traitement. L’ostéoporose, c’est une maladie controversée du squelette caractérisée « par une diminution de la masse de l’os et une détérioration de la structure interne du tissu osseux » selon l’Inserm.

La portée internationale de ce colloque n’aura pas échappé à Science & Avenir, le mensuel français centenaire tiré à plus de 290.000 exemplaires, et dont la page Facebook arbore fièrement près d’un million de « fans« .

C’est ainsi que le 29 mars, Sciences & Avenir publiait un article nommé « Ostéoporose : tout pourrait bien se jouer avant 18 ans » dans lequel l’auteur relate les propos tenus lors d’un symposium (un séminaire) organisé par le Centre de recherche et d’informations nutritionnelles (Cerin) et animé par deux professeurs, messieurs Jean Yves Reginster et René Rizzoli.

Cet article indique très clairement que si l’on augmente sa masse osseuse de 10% « de la puberté vers l’âge de 18 ans » cela permettrait de « réduire de 50% le risque de fracture 40 ans plus tard », citant le Pr. Reginster.

Pour y parvenir, et bénéficier ainsi d’un risque de fracture moindre, la meilleure solution réside dans la consommation de produits laitiers, qui seraient l’apport essentiel en calcium selon Sciences & Avenir.

Les produits laitiers seraient, toujours selon notre mensuel centenaire, « les plus faciles à consommer par les jeunes » surtout grâce à un « coefficient d’absorption intestinale élevée ».

Sans s’en rendre réellement compte, Sciences & Avenir vient de relayer la sainte parole de l’industrie pharmaceutique et laitière, en diffusant des informations extrêmement douteuses, émanant d’un congrès international soutenu par les intérêts économiques de la filière du lait et du médicament.

Explications de cette affaire, qui a tout pour devenir un futur scandale.

 

Le congrès de Milan : LE rendez-vous des firmes

Le congrès international sur l’ostéoporose, c’est avant toute chose la plus grande vitrine internationale des laboratoires pharmaceutiques, et à moindre mesure des grands groupes laitiers, pour faire la promotion de leurs produits (lait et dérivés, et médicaments).

Une simple visite sur le site officiel du colloque de Milan nous permet de prendre connaissances des nombreux sponsors présents (et leurs molécules) :

Servier (Protelos), Meda, Abiogen Pharma, Amgen (Prolia), Merck Sharp and Dohme (MSD, Fosamax), Hologic, Medi, Takeda, Danone, BioPharma, Medimaps, AgNovos, Alexion, Lilly (Forsteo), Bindex, NovaMedical, Wisepress, Echolight, Roche (Bonviva), Oscare Medical ou encore Scanco Medical.

Toutes ces sociétés ne font pas que participer financièrement à la réalisation de ce congrès : certaines possèdent un temps de parole, avec un symposium entièrement dédié, pour prêcher sa paroisse à l’ensemble des participants du congrès (scientifiques, professionnels de la santé et de la santé publique, décideurs, etc).

Le programme de ces 4 journées nous indique par exemple que le Cerin et le Centre National Interprofessionnel de l’Economie Laitière (Cniel), deux célèbres sous-marins de l’industrie laitière française, ont organisé un symposium intitulé « Les produits laitiers et la santé osseuse : changer les faits et les croyances en pratique clinique ».

Les informations issues de l’article tendancieux de S&A émanent directement de ce symposium, sponsorisé par l’industrie laitière… Car le Cerin et le Cniel ne sont rien d’autre que des créations de l’industrie laitière.

Sur le site du Cerin, nous apprenons que ce dernier représente le « département santé de l’interprofession des produits laitiers » dont la mission est de donner « aux professionnels de santé et de santé publique, ainsi qu’aux journalistes une information nutritionnelle complète et validée, sur le lait et les produits laitiers […] ».

Le Cniel, ou la Maison du lait, ne fait guère mieux puisque sa mission principale est de « promouvoir collectivement le lait et les produits laitiers », auprès de vous, chers consommateurs, afin de contribuer « au développement des ventes ». Le Cniel est également là pour défendre la sainte potion, il doit, et je cite, « anticiper les attaques contre le secteur et y répondre en s’appuyant sur une expertise scientifique incontestable. »

Ce fameux séminaire, dont le Cerin en fait officiellement la publicité sur son site dédié, possède un 3ème sponsor : la Gobal dairy plateform (GDP), qui a été créé « pour promouvoir et protéger les positions de la filière du lait », dont la mission principale est « d’offrir la connaissance, la formation et les réseaux permettant à l’industrie laitière mondiale de promouvoir et de soutenir le lait et les produits laitiers ».

D’après les premiers éléments de cette enquête basique, il apparaît que les informations issues de ce symposium, organisé par les représentants scientifiques et économiques de l’industrie laitière, sont sujettes à caution et doivent être prises avec des pincettes, si j’ose dire.

Comment est-il alors possible que les journalistes de S&A n’aient pas pris la peine de vérifier la source de ces informations ? Surtout à l’ère du tout numérique, où l’information est accessible facilement et pour tous. Passons.

Alors bien sûr, le colloque de Milan ne s’arrête pas au seul symposium du Cerin et du Cniel, non, celui-ci est rempli de conférences « sponsorisés par l’industrie », à un point tel que les symposiums « non sponsorisés par l’industrie » sont explicitement indiqué dans le programme officiel.

Les laboratoires Eli Lilly, Meda AB, Takeda, MSD, Amgen, Servier ou Alexion, bénéficient, comme le Cerin et le Cniel, d’une salle dédiée pour diffuser l’information qu’ils souhaitent (dont on peut facilement imaginer la teneur) aux auditeurs, et c’est normal, puisqu’ils payent pour cela.

 

Un congrès organisé par qui ?

Je le disais au début de ce billet, c’est l’IOF et l’ESCEO qui organisent ensemble cet énorme congrès. Ces deux associations entretiennent des relations très étroites avec l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire, et vous allez découvrir qu’elles sont au cœur d’un système extrêmement bien ficelé.

La mainmise de l’IOF

Pour l’IOF, les liens avec des sociétés privés sont immédiats, limpides et fracassants.

Nous retrouvons la totalité des acteurs commerciaux (laboratoires pharmaceutiques et sociétés agroalimentaires) présents lors du congrès de Milan :

  • Le groupe MSD sponsorise la prévention des fractures secondaires de l’IOF
  • Les laboratoires Eli Lilly financent les congrès de l’IOF sur la recherche scientifique portant sur l’ostéoporose
  • Le groupe Fronterra, ce géant Néo-zélandais du lait qui regroupe plus de 16.000 producteurs de lait, soutient l’IOF pour « éduquer le public sur la santé osseuse ».

Le seul et unique but de cette corporation internationale (Fronterra) est de « rendre les produits laitiers disponibles pour des millions de consommateurs dans plus de 140 pays, tous les jours », d’après leur position officielle.

Leur mission est presque d’utilité publique puisqu’il juge les produits laitiers comme « un produit naturel et pur avec un potentiel illimité et des possibilités nutritionnelles encore à explorer ».

Pour mener à bien leur mission, le groupe Fronterra s’est entouré des plus grandes firmes de la planète. En 2003 naissaient ainsi les Partenaires laitiers américains (DPA) résultat d’une alliance avec le géant Nestlé.

3 ans plus tôt, le géant Kiwi du lait avec les Laitiers américains (DFA) formaient le groupe DairiConcepts pour « développer, produire et distribuer des ingrédients à base de produits laitiers et de fromages pour l’industrie laitière ».

Finalement, Fronterra a réalisé en 2005 et 2006 le même type de partenariat avec l’industrie laitière Sud-africaine et allemande.

  • Pour terminer la partie sponsors de l’IOF, le géant Pfizer soutient l’IOF durant les campagnes « Love your Bones » (« Aimez vos os »), et le laboratoire Takeda qui commercialise le Benet soutient le développement d’un nouveau calculateur de besoin en calcium.

Mais les relations entre l’IOF, cette fondation internationale contre l’ostéoporose, avec les firmes pharmaceutiques ne s’arrêtent pas là.

Les firmes pharmaceutiques disposent d’une place privilégiée au sein de la fondation. Ainsi, l’IOF dispose d’un comité de conseil entièrement dédié et siégé par l’industrie du médicament.

Ce comité est présidé par M. Glenn Dow, le directeur général du marketing du secteur ostéoporose du groupe Merck, avec comme vice-président, Mme Laurence Alliot, la directrice de la communication médicale au niveau international du groupe Servier.

Parmi les industriels présents, nous retrouvons nos géants précédemment cités, Fronterra, Nestlé, Servier, Takeda, etc., mais également Danone, GSK, Amgen et consoeurs.

Ce comité composé d’industriels avec des intérêts privés au sein de l’IOF n’existe dans le seul but de « promouvoir la santé des articulations, des muscles et des os ». C’est une évidence, bien entendu.

 

Où est dépensé l’argent de l’IOF ?

Dans le rapport d’activité 2013 de la Fondation internationale (en PDF ici), nous apprenons dans quel cadre est investit l’argent de la fondation.

Près d’1,8 millions d’euros et 770.000 € ont été dépensés pour la réalisation de « congrès scientifique de niveau international » (IOF Annual report p.33) à l’image de celui de Milan, en 2012 et 2013.

Plus de 300.000 € ont été investit en 2012 et 2013 directement auprès des organismes de recherche et des scientifiques, afin de « soutenir la recherche innovante ».

L’IOF a également financée à hauteur de 290.000 et 240.000 € des formations professionnelles, probablement à destination des professionnels de la santé.

Près de 240.000 € ont servi en 2012 à « convaincre les décideurs » mais également pour « augmenter les capacités du réseau de l’IOF à faire pression (to lobby) sur les changements de politique ». En 2013, 190.000 € ont été attribué à cette tâche.

Une catégorie spéciale « la famille IOF » existe, avec encore une fois des mouvements financiers très important. En 2012,  780.000 € ont été dévolu dans le but « d’étendre le réseau », de « rendre service » aux membres (340.000 € tout de même), et de réaliser des conférences et des colloques en internes. Près d’1 million d’euros ont été dépensé en 2013 pour cette catégorie.

Finalement, plus d’1,2 millions d’euros auraient été dépensé par l’IOF en 2012 (seulement 600.000 € en 2013) afin d’aider les membres à :

  • Améliorer les connaissances du grand public
  • Développer des programmes éducatifs
  • Acheter du matériels

La page 34 de ce rapport d’activité recense l’ensemble des partenaires industriels, et leur répartition internationale dans tous les domaines touchés par l’IOF.

Les partenaires industriels de l’IOF y sont expressément remercié, notamment pour « les bourses à caractère éducatifs illimitées apportées en 2013″.

Nous apprenons ainsi que la « journée mondiale de l’ostéoporose » organisée par l’IOF est soutenue par le géant laitier néo-zélandais Fronterra, mais également par les laboratoires Pfizer Consumer Healthcare, Amgen, GSK, Eli Lilly, MSD, Nestlé et Takeda.

Ce rapport nous indique également que la « 22ème édition des formations professionnelles avancées sur l’ostéoporose », organisée à Genève, est sponsorisée par Lilly, qui commercialise le Forsteo, un médicament à base de parathormone pour lutter contre le risque de fracture.

Dans la grande catégorie « Education des professionnels de la santé et Recherche », c’est le groupe Servier qui sponsorise des programmes de tutorats pour les jeunes chercheurs, tandis que Pfizer s’occupe du volet « vitamine D » et les firmes Amgen, GSK, ou encore MSD financent des groupes de travail.

Même les sites internet de l’IOF seraient financés par les laboratoires Servier et Warner Chilcott d’après cette brochure.

Mais l’IOF n’est jamais la seule pour organiser ces événements internationaux.

 

l’ESCEO, fidèle partenaire de l’IOF

Rien ne transpire réellement sur le site de cette société européenne, si ce n’est la composition des membres du bureau (dont la quasi-totalité des noms et du fonctionnement est expliqué plus loin) et une liste des publications scientifiques.

Pour autant, les objectifs de l’ESCEO sont clairement identifiés.

Cette association est « dédiée à entretenir des relations étroites entre les médecins-chercheurs, les laboratoires pharmaceutiques qui développent de nouvelles molécules, avec les autorités de régulation des médicaments et les rédacteurs des recommandations de santé ».

L’ESCEO se place d’une certaine manière sur la même ligne de conduite que son partenaire l’IOF, où l’objectif est de créer des liens entres tous les maillons de la chaîne du médicament: de l’autorisation de mise sur le marché, avec les publications scientifiques à l’appui, jusqu’à la commercialisation et la recommandation des nouveaux produits.

L’ESCEO serait-elle une entremetteuse privilégiée pour les firmes pharmaceutiques ?

Bref, sur son site officiel, nous apprenons que l’association propose des bourses d’encouragements décernées lors des congrès internationaux, comme celui de Milan, avec le soutien financiers des firmes pharmaceutiques.

Ainsi, Merck qui commercialise le Fosamax offre deux bourses de 11.500 € pour des médecins-chercheurs, tandis que le laboratoire Amgen qui commercialise le Prolia offre 4 bourses de 40.000 € pour des jeunes chercheurs.

Eli Lilly qui commercialise le Forsteo offre également quelques centaines de milliers d’euros à toutes les personnes qui rentrent dans leur critère de sélection (entrée gratuite, etc).

Les sommes sont tout simplement pharaonique, tous les laboratoires y prennent part, mais ce n’est pas tout, nous sommes encore dans la partie émergée de l’iceberg.

 

Un congrès, des « amis », des « médailles » et de l’argent

Vous l’avez maintenant compris, ces colloques internationaux sont l’occasion rêvé pour les laboratoires pharmaceutiques et les compagnies agroalimentaires de faire valoir le bien fondé de leur produit et service, et de proposer des récompenses à de nombreux chercheurs, jeunes et moins jeunes, sous la forme de « médailles » et compensation financière.

Attention, on parle de sommes vertigineuses : des centaines de milliers d’euros sont dépensés par les firmes pharmaceutiques pour financer ces remises de récompenses. Tout cela est absolument normal dans le milieu, et l’on peut dire que plus c’est gros, plus ça passe.

Cette machinerie marketing et scientifique parfaitement huilé, fonctionne avec l’appui de véritable « hommes-orchestres », un quatuor omniprésent, qui occupe tous les postes à responsabilité :

  • Jean-Yves Reginster
  • John A. Kanis
  • Cyrus Cooper
  • René Rizzoli

Ces 4 hommes, tous médecins et scientifiques, ont des rôles clés dans cette folle histoire, dont il assure la pérennité.

Accrochez-vous bien, car en termes de prises de poste à responsabilité, de cadeaux mutuels, et d’engagement auprès des firmes pharmaceutiques, notre quatuor est à un niveau qui peut dépasser la raison.

JYR1. Reginster

Il est le co-fondateur de l’IOF, la Fondation internationale contre l’ostéoporose (financée par les firmes pharmaceutique, pour mémoire). Il est également le Président du comité des sociétés nationales de l’IOF qui regroupe des sociétés avec des intérêts financiers dans le traitement de l’ostéoporose.

Ne s’arrêtant pas à la seule IOF, il est également le Président de l’ESCEO, mentionnée plus haut, une société qui entretient des liens étroits avec les laboratoires pharmaceutiques.

Le Pr. Reginster est également membre du conseil scientifique du Bone Belgium Club, une association qui fonctionne exactement de la même manière que les précédentes : tous les sponsors sont des sociétés pharmaceutiques (Danone compris) qui commercialisent des médicaments contre l’ostéoporose.

A cela, s’ajoute un poste de membre d’un conseil scientifique, mais cette fois-ci du WCO, l’association en charge d’organiser les congrès internationaux sur l’ostéoporose (Milan en est un exemple), avec la double casquette d’examinateur des résumés : autrement dit, il sélectionne les résultats scientifiques qui seront présentés lors du congrès.

Le Pr. Reginster a par ailleurs été le Président de 6 séminaires et a donné 3 présentations orales lors du congrès de Milan, toujours lors de symposiums sponsorisés par les industriels du secteur.

Pour clôturer le tout, M. Reginster a été le lauréat d’une récompense très particulière: le prix Pierre D. Delmas à hauteur de 40.000 €. Ce prix est entièrement financé par le groupe Servier, et a été crée à la suite de la mort du Pr. Delmas, lui-même un fidèle et notoirement connu consultant de Servier).

Le groupe Servier commercialise le très controversé Protelos contre les risques de fractures, je vous le rappelle.

Si l’on s’attarde sur les potentiels conflits d’intérêts de M. Reginster avec les firmes pharmaceutiques, on y perd tout simplement son latin.

Pour M. Reginster, je vais prendre pour exemple une étude publié en 2013 à propos de l’ostéoporose, qui a été écrit au nom de l’ESCEO et qui liste, tant bien que mal, les conflits d’intérêts du professeur [1].

Ainsi, M. Reginster a perçu de l’argent en tant que consultant, membre des comités de conseils, qu’orateur mais également pour avoir reçu des bourses de recherche de la part des laboratoires suivants :

Servier, Novartis, Negma, Lilly, Wyeth, Amgen, GlaxoSmithKline, Roche, Merckle, Nycomed, NPS, Theramex, UCB, Merck Sharp and Dohme, Rottapharm, IBSA, Genevrier, Teijin, Teva, Ebewee Pharma, Zodiac, Analis, Novo-Nordisk, and Bristol Myers Squibb.

Ces 25 sociétés commerciales qui ont, d’une manière ou d’une autre, rétribué M. Reginster, ont toutes des intérêts économiques avec des produits ou des services commercialisés pour diagnostiquer ou lutter contre l’ostéoporose.

Une étude plus récente, publiée en 2014 par M. Reginster uniquement, nous donne un aperçu plus précis des liens d’intérêts qu’il entretient avec l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire [2].

Le Pr. Reginster aurait donc reçu de la part de 16 laboratoires pharmaceutiques des compensations financières pour avoir siéger dans leur comité, en tant que consultant [3].

Il aurait également reçu de la part de 20 laboratoires différents, avec Danone, des honoraires en tant que conférencier sur invitation directe des sponsors [4].

Finalement, 17 sociétés pharmaceutiques et encore une fois Danone auraient fourni des bourses, des aides, ou des subventions de recherche à M. Reginster [5].

C’est une 3ème étude publiée en 2012, financée par Novartis Pharma qui commercialise l’Aclasta et le Reclast sur les risques de fractures, qui nous indique que M. Reginster a également été payé en tant que consultant, conférencier et conseiller par Nestlé, ce qui complète plutôt bien ce palmarès [6].

Vous allez découvrir que les 3 autres membres du quatuor sont du même niveau.

kanis-oms-osteoporose-fractures-servier2. Kanis

Le second de ce quatuor, M. Kanis, est tout simplement le Président de l’IOF, mais également le Vice-président ET l’un des membres du conseil scientifique de l’ESCEO. Rien que ça.

Au sein du congrès de Milan, Kanis occupe les mêmes postes clés que Reginster puisqu’il est membre du conseil scientifique et examinateur des résumés scientifiques soumis et sélectionnés lors du congrès (ici en détail le programme du congrès de Milan 2015).

Au sein du congrès de Milan, M. Kanis a participé à plusieurs séminaires sponsorisés par les firmes pharmaceutiques en tant que Président (2 fois) et conférencier (4 fois).

Dans l’historique des récompenses attribuées à M. Kanis, il nous est impossible de louper le prix Pierre D. Delmas de Servier, toujours de 40.000 €, attribué en 2011, ainsi qu’une « médaille d’accomplissement » offerte par l’IOF en personne, avec un chèque de 1.500 € à la clé.

Croyez-le ou non, mais M. Kanis est également le directeur du Centre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour les maladies métaboliques de l’os de l’université de Sheffield (Royaume-Uni). Il est notamment l’un des conseillers de l’OMS lors des études sur l’ostéoporose.

L’OMS développe d’ailleurs un outils en ligne pour diagnostiquer les cas d’ostéoporose. Le développement de cet outils est supervisé par M. Kanis, et soutenu par Merck, comme nous l’indique le rapport d’activité de l’IOF, en page 34.

Et qu’en est-il des conflits d’intérêts de M. Kanis ?

Sans surprise aucune, et pour avoir autant de postes clés dans les différentes associations influentes du milieu, M. Kanis a entretenu et entretien des liens privilégiés et commerciaux avec toutes les plus grandes firmes pharmaceutiques et associatives de la planète, qui possèdent des intérêts financiers dans le diagnostic et le traitement de l’ostéoporose.

Consultant, conférencier, membre des comités scientifiques et de conseil ou encore auteur de travaux scientifiques sponsorisés par l’industrie, M. Kanis place la barre très haut.

En plus de ces conflits d’intérêts avérés et assumés [7] [8], le Pr. émérite possède des actions dans pas moins de 10 firmes pharmaceutiques qui ont des liens directes avec l’ostéoporose. Parmi ces laboratoires, nous retrouvons GSK, Lilly, Novo-Nordisk, Procter & Gamble ou encore Merck (voir note n°7).

Il nous en reste encore deux.

cooper-oms-osteoporose-fractures-servier3. Cooper

Il est le Président du comité scientifique de l’IOF, en charge de superviser la veille scientifique assurée par la fondation internationale, avec une casquette supplémentaire en tant que membre du conseil scientifique de l’ESCEO aux côtés de Kanis (membre et Vice-président) et de Reginster (le Président).

Cooper est aussi le co-président du comité scientifique du WCO, et comme ces 2 confrères précédents, il est également l’un des examinateurs des résumés scientifiques proposés lors de ce congrès.

Cooper s’est exprimé 4 fois lors du congrès de Milan, toujours dans des séminaires sponsorisés par les firmes pharmaceutiques.

Finalement, et pour éviter de créer des envieux entre les membres du quaturo, M. Cooper a reçu en 2012 la fameuse « médaille d’accomplissement », toujours accompagnée d’un chèque de 1.500 €, ainsi que le très célèbre prix Pierre Delmas de Servier, en 2014, et toujours à hauteur de 40.000 €.

Au niveau des conflits d’intérêts, comment faire simple ? Vous prenez les deux précédents, vous mélangez, vous tirez des laboratoires au hasard et vous aurez une idée assez précise des liens d’intérêts de M. Cooper.

M. Cooper possède autant de conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique que les précédentes personnalités citées [9]. Il a donc occupé des postes de consultant, de conférencier et de membre de comités scientifiques ou de conseils pour des firmes qui tirent des bénéfices du diagnostic et du traitement de l’ostéoporose (MSD, Servier bien sûr, Novartis, Lilly ou encore Amgen).

Tout comme le Pr. Kanis, M. Cooper est également sollicité par l’OMS en tant que « conseiller temporaire » pour traiter les questions de l’ostéoporose (voir lien précédent dans la partie dédiée à M. Kanis). Il est présent dans la quasi-totalité des groupes de travail de l’OMS, un point détaillé plus tard.

On termine avec le dernier membre du quatuor.

rizzoli-oms-osteoporose-fractures-servier4. Rizzoli

Il est le trésorier de la Fondation internationale contre l’ostéoporose (IOF), mais également le Président du comité scientifique de l’ESCEO.

Aux côté du Pr. Cooper, M. Rizzoli est le co-président du comité scientifique du congrès de Milan, et, comme les 3 autres, il est examinateur des résumés scientifiques soumis pour participer au colloque international.

Rizzoli a été Président et conférencier lors de séminaires sponsorisés par des firmes pharmaceutiques, à 2 et 3 reprises respectivement.

Afin de mettre le quatuor sur le même pied d’égalité, M. Rizzoli a reçu en 2012 les 40.000 € du groupe Servier, ainsi que le chèque de 1.500 € de la part de l’IOF.

 

Ces hommes-là rédigent des recommandations de santé

Je pense vous avoir apporté la preuve, avec ces longs relevés minutieux et parfois pénibles des conflits d’intérêts, des relations très étroites qu’entretiennent ces 4 hommes avec les firmes pharmaceutiques.

MM Rizzoli, Reginster, Kanis et Cooper ont des postes clés dans le diagnostic et le traitement de l’ostéoporose et l’ostéoarthrite. Mais également dans la production de savoirs scientifiques et médicaux (ils ont signé des centaines d’articles) et dans le partage de ces connaissances, en maîtrisant parfaitement et méthodiquement les relations entre les laboratoires pharmaceutiques, les médecins-chercheurs et les autorités de santé publique.

Pour couronner le tout, MM. Rizzoli, Reginster et Kanis appartiennent à un groupe très particulier, le GREES (Group for the respect of ethics and excellence in science), qui possède un rôle stratégique : ce groupe rédige des recommandations officielles sur la réglementation des traitements de l’ostéoporose, de l’ostéoarthrite ou de la polyarthrite rhumatoïde.

Selon une enquête de Médiapart de 2012, le GREES « réactualise aussi les directives concernant le diagnostic et le traitement de l’ostéoporose postménopausale. […] »

Le GREES, c’est tout simplement la quintessence du lobbying sous fond de conflits d’intérêts.

Vous ne trouverez aucune information sur la toile à propos de ce groupe, seulement des articles scientifiques : les fameuses recommandations de santé.

Pour les rédiger, ce groupe n’est pas seulement composé de MM. Rizzoli, Reginster et Kanis, déjà lourdement soutenus par l’industrie pharmaceutique, mais également de salariés desdites firmes pharmaceutiques.

Ainsi, en 2006, le GREES publiait un article dans la revue Osteoporosis international (éditée par l’IOF) demandant plus de « transparence, d’éthique et de relations fructueuses entre les scientifiques et l’industrie pharmaceutique » [10].

Un comble quand l’on apprend que parmi les 19 auteurs, seulement 2 ne présentent aucun lien d’intérêt financier ou moral, tandis que les 17 restants sont fortement et notoirement liés à de nombreuses sociétés pharmaceutiques.

En effet, sur les 17 auteurs présentant des conflits d’intérêts, 10 sont tout simplement des employés des firmes pharmaceutiques (Novartis, Eli Lilly, Rottapharm, Amgen, UCB Pharma ou encore Sanofi Pasteur MSD).

Parmi les auteurs restant, un certain M. Kaufman, médecin-chercheur largement sponsorisé par des dizaines de laboratoires pharmaceutiques [11] et également membre de la commission de remboursement des médicaments des autorités de santé belge.

Je me rends bien compte que la liste des noms de médecins-chercheurs tissant des liens avec l’industrie s’allonge péniblement, mais deux nouveaux viennent s’y rajouter : Olivier Bruyère et Jean-Jacques Body.

Bruyère fait lui aussi parti du GREES, avec le même niveau ahurissant de conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique : il est membre du Belgian Bone Club, il fait parti du conseil scientifique de l’ESCEO et de l’IOF mais occupe également une place en tant qu’expert au sein de l’Anses, l’agence de santé publique française, et de l’Efsa, l’agence de sécurité alimentaire européenne [12].

Bruyère a également participé au fameux colloque de Milan, dans le symposium sponsorisé par l’industrie laitière française, afin de parler de la consommation de produits laitiers et de la prévention du risque de fracture et de l’ostéoporose (voir la page 28 du programme officiel du congrès de Milan).

Body, le 2ème nom qu’il faut retenir, est quant à lui le Président du Belgian Bone Club.  Il est aussi membre du conseil scientifique de l’ESCEO, mais atteste également d’honoraires perçus par l’industrie pharmaceutique en tant que consultant et conférencier, avec bien sûr des bourses pour réaliser des travaux scientifiques [13].

Pourquoi faut-il retenir ce nom ? Car il lui aussi a donné une conférence à Milan à propos des produits laitiers sur les « faits et la fiction » les concernant, toujours sous la bienveillance des sponsors : le Cerin, Cniel, et le GDP. On imagine très bien la justesse, l’indépendance et l’objectivité du discours de M. Body sur les produits laitiers.

 

Quand l’OMS perd son indépendance

oms-who-osteoporose-sante-fracturesVous l’appreniez quelques instants plus tôt, certaines personnalités citées (M. Kanis et Cooper entre autre) participent également à rédiger les recommandations médicales et thérapeutiques de l’OMS à propos de l’ostéoporose et tout ce qui s’y rapproche.

Depuis 1994, plusieurs groupes de travail se réunissent sous l’égide de l’OMS pour définir les critères de traitement de l’ostéoporose.

Cette première commission, qui bénéficie de l’aura internationale et supposée indépendante de l’OMS, qui s’est réuni en 1994, était déjà présidée à l’époque par M. Kanis (PDF/OMS-1994), et c’est bien elle qui a établie les premiers critères, décrits comme arbitraires, de détection de l’ostéoporose.

C’est toujours grâce à l’enquête réalisée par Médiapart que nous apprenons que sur les 14 membres en charge de la rédaction de ce rapport technique au moins la moitié « étaient ou sont devenus des consultants des firmes pharmaceutiques directement concernée » [14].

Au moins la moitié, car d’après mes recherches sur ce groupe de travail, ce ne sont pas moins de 10 personnes sur 14, et non la moitié, qui étaient ou sont devenus des consultants pour l’industrie pharmaceutique : MM. Burkhadt, Christiansen, Cooper, Delmas, Johnell, Kanis, Lips, Melton, Meunier et Seeman.

Comme le mentionne très justement le journaliste de Médiapart, ce groupe de travail a « bénéficié du soutien financier de la Fondation Rhône-Poulenc Rorer et des laboratoires Sandoz et Smith Kline Beecham (Rhône-Poulenc a depuis disparu dans la fusion qui a créé Aventis, qui a elle-même fusionné avec Sanofi ; et Sandoz est une filiale de Novartis). ».

Malheureusement, l’histoire a tendance à se répéter et on ne change pas une équipe qui gagne.

5 ans plus tard, un groupe de travail publie au nom de l’OMS de nouvelles recommandations concernant le traitement de l’ostéoporose [15]. Ces recommandations ont été publiées dans le journal Osteoporosis international, détenu par la Fondation internationale contre l’ostéoporose (IOF), qui a elle-même co-écrit cet article en partenariat avec la Fondation nationale contre l’ostéoporose (NOF), la sœur jumelle de l’IOF, version USA, toujours avec le soutien des firmes pharmaceutiques.

Sur les 31 membres de ce groupe travail, 12 possèdaient des liens avec les firmes pharmaceutiques ou les associations (IOF, NOF, ESCEO, etc.) financées par elles. Nous retrouvons bien entendu M. Kanis, Cooper, Genant qui est consultant pour Procter et Gamble, Merck, Lilly, Pfizer, Roche et Aventis, mais également, M. Delmas, ou encore Pierre Jean Meunier.

 

On prend les mêmes et on recommence…

En 2003, l’OMS publie un nouveau rapport technique (PDF/OMS-n°921) sur la « prévention et le traitement de l’ostéoporose » [16].

Sur les 21 membres du groupe de travail, 7 grands noms réapparaissent, avec notamment le Pr. Genant (Président), Kanis (Vice-président) et plusieurs membres de l’IOF.

La page 164 de ce rapport concerne les remerciements adressés aux contributeurs extérieurs, mais également aux soutiens financiers éventuels. Le groupe de travail remercie donc pour leur contribution à l’écriture de ce rapport et son édition finale : M. Cooper (que l’on ne présente plus), le professeur Dawson-Hughes qui est consultant pour Amgen, Danone, GSK, Eli Lilly, Merck, Procter et Gamble (avec des actions dans la société) ou encore Servier et représentant de l’IOF, avec le Pr Melton membre de l’IOF et du NOF.

Toujours au sein des remerciements, pratiquement toutes les grandes associations médicales sur l’ostéoporose (soutenues financièrement par les firmes pharmaceutiques) sont citées pour les commentaires et les corrections apportées au rapport final.

Finalement, et pour parachever le tout, le groupe de travail admet avoir reçu le soutien financier de l’IOF et la NOF, nos deux associations reines de la lutte contre l’ostéoporose.

Cette petite camaraderie internationale, avec le concours de la célèbre Organisation mondiale de la santé, se répète en 2004 [17], et en 2007 [18] (OMS-2004 / OMS-2007, en PDF)

Ces deux rapports ne sont que des pâles copies des précédents, et les suivant risquent fort d’y ressembler. M. Kanis est toujours le Président, accompagné des fidèles du milieu associatif et pharmaceutique : M. Cooper, le Pr Pierre Delmas, ou encore M. Dawson-Hughes qui est notamment consultant chez Servier [19].

Pour ces deux rapports, émis en 2004 et 2007, 9 membres sur 15 et 12 membres sur 26 possèdent des liens avec les firmes pharmaceutiques ou le milieu associatif (IOF, NOF, etc.) soutenu financièrement par elle, respectivement.

 

Au-delà de la théorie du complot, de réels dangers

Rien ne sert de crier au complot à la lecture de ces nombreux conflits d’intérêts, touchant toutes les sphères de l’ostéoporose, de sa création jusqu’à son traitement.

La méthode utilisée par les firmes pharmaceutiques prend du temps à se mettre en place, mais existe belle et bien. Des sociétés internationales sont crées, elles deviennent influentes auprès de la sphère médicale, et bénéficient du large soutien financier de la part de l’industrie pharmaceutique.

Ces mêmes sociétés éditent des journaux internationaux (l’IOF possède pas moins de 4 journaux scientifiques) dans lesquels leurs poulains, qui sont également consultants, conférenciers et conseillers des firmes pharmaceutiques, y publient leurs travaux de recherches, bien souvent sponsorisés par lesdites firmes pharmaceutiques.

Les poulains des firmes se réunissent ensuite lors de symposiums internationaux, financés bien sûr par les laboratoires, et dans lesquelles ils font la promotion des molécules qu’ils ont eux-mêmes évalué et recommandé officiellement, parfois sous l’égide de l’OMS. Lors de ces symposiums, ces médecins-chercheurs aux multiples casquettes reçoivent des « médailles de mérite », des prix, ou des remerciements dont la forme financière peut aller jusqu’ à des dizaines de milliers d’euros.

Nous le savons maintenant, avec les multiples scandales qui touchent l’industrie pharmaceutique : ces relations étroites entretenues avec le milieu médical et décisionnel peuvent mettre gravement en danger la santé publique.

Bien souvent, les recherches scientifiques devant attester de l’efficacité et de l’innocuité d’un traitement minimisent les risques, pouvant aller jusqu’à falsifier des données par différentes méthodes (statistiques, échantillonnages, etc.) [20].

Le Pr. Pablo Alonso-Coello publiait une étude en 2008 qui mettait en évidence comment certaines études minimisaient ou ne mentionnaient tout simplement pas les risques d’une nouvelle molécule contre l’ostéoporose.

C’est exactement ce qu’il s’est passé en 2008, quand une équipe de médecins-chercheurs publiaient les effets du ranélate de strontium, le Protelos de Servier, sur le risque de fractures sans mentionner les effets indésirables, alors que le sponsor de l’étude était le groupe Servier [21].

Une autre étude publiée en 1999 sur le Raloxifène ne mentionnait aucun effet secondaire de ladite molécule [22]. Cette étude a été financée par le groupe Lilly, et ils précisent même que « les données ont été analysées au centre de recherche de Lilly ».

Nous sommes en droit de nous poser les mêmes questions pour le dénosumab (Prolia) de la firme Amgen. Cet anticorps monoclonal a reçu son autorisation de mise sur le marché en partie sur la base d’une étude publiée en 2009. L’étude, financée par Amgen, a été conduite par 16 chercheurs tous en situation de conflits d’intérêts avec le laboratoire, à des degrés divers.

Sur nos 16 auteurs, la firme Amgen pouvait compter sur ces consultants (9 personnes), sur ces conférenciers (7 personnes), ces membres de comité de conseil (6 personnes), et sur ces actionnaires puisque 6 auteurs possèdent des actions chez Amgen. Finalement 4 auteurs ont reçu des bourses de recherche de la part de la firme.

Le diagnostic de l’ostéoporose est lui aussi très discutable. Deux études publiées en 2010 et 2013 nous invite à la prudence, car aucun essai clinique n’aurait évalué l’efficacité et l’innocuité des méthodes de dépistage de cette maladie [23] [24].

Ces malencontreuses manipulations ou potentielles falsifications scientifiques n’impactent que bien plus tard les patients, une fois la molécule mise sur le marché, et largement distribuée, et ce sont les cas d’effets secondaires graves qui alertent les populations et les autorités sanitaires.

 

Le cas du Protelos de Servier : un futur scandale ?

Le groupe Servier, comme on l’a vu, est maître dans l’art d’être présent auprès des décideurs, des médecins-chercheurs et des autorités de régulation du médicament.

Le groupe est très présent lors des grands événements médicaux, il sponsorise les associations médicales influentes du milieu, mais également un parterre de médecins-chercheurs qui évaluent les molécules que le groupe peut mettre sur le marché.

Ainsi, le groupe Servier a commercialisé en 2006 en France le Protelos, une suspension buvable à base de ranélate de strontium pour lutter contre « l’ostéoporose sévère chez les femmes ménopausées et les hommes ayant un risque élevé de fracture » selon le Vidal du web.

Un an seulement après sa mise sur le marché, le Protelos de Servier est déjà placé sous surveillance renforcée par les autorités sanitaires françaises, suspecté d’être responsable de nombreux cas d’effets indésirables graves (réactions allergiques sévères, thrombose veineuse profonde ou encore embolie pulmonaire).

En 2011, le Protelos figure parmi la « liste rouge » des 77 médicaments de l’Afssaps, nouvellement l’Ansm, et la Haute autorité de santé jugeait que l’intérêt de santé publique du Protelos pouvait « être considéré comme nul ». C’est d’ailleurs durant cette année que le taux de remboursement du Protelos est passé de 65 à 30%.

En 2013, l’Agence européenne du médicament (EMA) rajoutait de nouvelles contre-indications pour le Protelos, car « des données récentes issues d’essais cliniques conduits avec Protelos montrent une augmentation du risque d’infarctus du myocarde » [25].

Finalement, et presque 10 ans plus tard après la commercialisation du Protelos – pendant lesquelles il circule toujours, le Comité pour l’Evaluation des Risques en matière de Pharmacovigilance (Prac) de l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) recommande, dès janvier 2014, « la suspension du médicament contenant du ranélate de strontium (Protelos) » du groupe Servier.

Le revue Prescrire, l’un des rares mensuels médicales totalement indépendant des firmes pharmaceutiques, publiait début 2015 les 71 médicaments à éviter du fait d’une balance bénéfices-risques défavorable. Ainsi, le ranélate de strontium du groupe Servier (Protelos) possède selon la revue  » une efficacité modeste en prévention des récidives de fractures vertébrales », avec des « effets indésirables disproportionnés ».

La liste des effets indésirables recensés par Prescrire est impressionnante:  » troubles neuropsychiques ; troubles cardiovasculaires dont des thromboses veineuses et des embolies pulmonaires, des infarctus du myocarde, des décès d’origine cardiovasculaire ; des hypersensibilités dont des syndromes de Lyell et des syndromes d’hypersensibilité multi organique (alias Dress) ».

La revue réputée intransigeante avec l’industrie du médicament épingle également le dénosumab (Prolia) des laboratoires Amgen en prévention des fractures. Même traitement pour cet anticorps monoclonal, il bénéficierait « d’une efficacité très modeste […] » et expose les patients à « des effets indésirables disproportionnés: des
douleurs dorsales et musculosquelettiques, et des infections graves (dont endocardites). »

Nous sommes au mois d’avril 2015, et malgré toutes les mises en garde et le désaveu progressif des plus hautes autorités de santé concernant le Protelos, celui-ci est toujours commercialisé en France et en Europe. Le Prolia est quant à lui commercialisé depuis 2010 aux Etats-Unis, et toujours en circulation.

« Faut-il vraiment s’en étonner […] ? » nous disait déjà Médiapart en 2012.

Le groupe Servier vient même de gagner au début de l’année une première victoire juridique concernant la limitation du remboursement de Protelos : la cours de justice de l’Union européenne estimant que le droit européen n’avait pas été respecté.

Tout porte à croire que nous allons vers un nouveau scandale avec le Protelos, cette année, dans 5 ans ou dans 10 ans peut-être. L’histoire se répète, et étrangement, ce sont toujours les mêmes qui sont pointés du doigt, et toujours les mêmes qui en payent le prix.


Références

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[2] Reginster, J. Y. (2014). Cardiac concerns associated with strontium ranelate.Expert opinion on drug safety13(9), 1209-1213
[3] Servier, Novartis, Negma, Lilly, Wyeth, Amgen, GlaxoSmithKline, Roche, Merckle, Nycomed-Takeda, NPS, IBSA-Genevrier, Theramex, UCB, Asahi Kasei and Endocyte.
[4] Servier, Merck Sharp and Dohme, Lilly, Rottapharm, IBSA, Genevrier, Novartis, Roche, GlaxoSmithKline, Merckle, Teijin, Teva, Analis, Theramex, Nycomed, Novo-Nordisk, Ebewee Pharma, Zodiac, Danone, Will Pharma and Amgen
[5] Servier, Bristol Myers Squibb, Merck Sharp & Dohme, Rottapharm, Teva, Roche, Amgen, Lilly, Novartis, GlaxoSmithKline, Pfizer, Theramex, Danone, Organon, Therabel, Boehringer, Chiltern and Galapagos
[6] Boonen, S., Reginster, J. Y., Kaufman, J. M., Lippuner, K., Zanchetta, J., Langdahl, B., … & Orwoll, E. (2012). Fracture risk and zoledronic acid therapy in men with osteoporosis. New England Journal of Medicine367(18), 1714-1723
[7] Kanis, J. A. (2002). Diagnosis of osteoporosis and assessment of fracture risk.The Lancet359(9321), 1929-1936
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[9] Rizzoli, R., Brandi, M. L., Dreinhöfer, K., Thomas, T., Wahl, D. A., & Cooper, C. (2010). The gaps between patient and physician understanding of the emotional and physical impact of osteoporosis. Archives of Osteoporosis5(1-2), 145-153
[10] Bruyère, O., Kanis, J. A., Ibar-Abadie, M. E., Alsayed, N., Brandi, M. L., Burlet, N., … & Reginster, J. Y. (2010). The need for a transparent, ethical, and successful relationship between academic scientists and the pharmaceutical industry: a view of the Group for the Respect of Ethics and Excellence in Science (GREES). Osteoporosis international21(5), 713-722.
[11] M. Kaufman received fees as consultant, for participating in an advisory board, as a speaker, or as clinical trial investigator, or received financial support for attending meetings from Amgen, Eli Lilly, GlaxoSmithKline, Merck Sharpe & Dohme, Novartis, Novo Nordisk, Nycomed, Procter & Gamble, Roche, Sanofi-Aventis, Servier, and Wyeth. He received grant support from GlaxoSmithKline, Merck Sharpe & Dohme, Novartis, Roche, and the Flemish Fund for Scientific Research
[12] Hiligsmann, M., Kanis, J. A., Compston, J., Cooper, C., Flamion, B., Bergmann, P., … & Reginster, J. Y. (2013). Health technology assessment in osteoporosis. Calcified tissue international93(1), 1-14
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http://www.dur-a-avaler.com/

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