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Services secrets : « L’Etat, c’est nous ! »

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 21 Mai 2015, 16:16pm

Catégories : #Nouvel ordre mondial

 Vincent Verschoore (son site)

 

 Ce lundi matin Manuel Valls était l’invité de France Culture (replay de l’émission ici) et, noyé dans le flot habituel de généralités, de langue de bois et de n’importnawak

(genre : ” Nous avons dû utiliser le 49-3 pour faire passer la loi Macron, mais il y a une majorité au Parlement...”), une petite intervention de la moralo-hystérique Caroline Fourest qui demande à M. Valls de “la rassurer” sur le fait que la loi Renseignement ne pose aucun danger au respect de la vie privée et des libertés des Français. Ce que ce dernier ne manque pas de faire, en une phrase (22:00, 2ème partie de l’interview). Aucune question, aucun débat, faut croire que l’équipe de France Cuture a reçu quelques “recommandations” de ne pas creuser le sujet. Ou que Caroline Fourest fut sensible à l’éloge de Valls envers son dernier livre, l'”Eloge du blasphème“… Une p’tite pipe, Manu ?

Parce que nous sommes tout sauf rassurés, et l‘histoire de la journaliste de Rue 89 Camille Polloni cherchant à savoir si elle est fichée par l’Etat est révélatrice d’une sombre réalité. Réalité qui est loin d’être nouvelle, mais que cette loi renforce encore. On appréciera d’autant plus la novlangue de Manuel Valls qui, après avoir révélé à la France qu’antisionisme et antisémitisme sont dorénavant des synonymes, nous dit ce matin – toujours concernant le terrorisme et comme il l’avait déjà dit lors de son discours du 13 janvier : “des mesures exceptionnelles oui, des mesures d’exception, non“. Au-delà de la pure différence sémantique, j’aimerais bien que l’on m’explique la différence dans les faits.

Pour en revenir à l’histoire de Camille Polloni, le constat est que les ministères de l’Intérieur et de la Défense refusent de répondre à la question “suis-je fiché(e) ?”- question pourtant légitime et théoriquement garantie par le droit français – au nom de la Sûreté de l’Etat. Comme toujours, l’argument sécuritaire a précédence sur tous les autres. Ce qui démontre, encore une fois, que nous visons dans une démocratie de façade et que le vrai pouvoir, le vrai Etat, il faut le chercher au sein de ces services secrets et plus largement de cet Etat Profond, tel que le nommait Peter Dale Scott et d’autres après lui.

Une bataille judiciaire à été entamée entre Mme Polloni et ces deux ministères, avec une première victoire le 22 décembre 2014 en sa faveur lorsque le tribunal rendit un premier jugement (dit “avant-dire droit”) “ordonnant au ministère de l’Intérieur et au ministère de la Défense de lui communiquer mes fiches, ou bien, à défaut, tous les éléments qui aideraient le tribunal à mieux comprendre leur refus”. Jugement contre lequel les ministères ont fait appel, le dossier étant désormais entre les mains de la cour d’appel de Paris. Suspense ? A mon avis pas vraiment vu qu’il suffirait de fournir au tribunal les raisons du refus. Ben la sécurité nationale, voyons !

Et de fait, si l’on se positionne du côté des services secrets, par définition les informations qu’ils détiennent sont secrètes (et le plus souvent parfaitement illégales, et la nouvelle loi n’y changera rien) et sont en elles-même une arme que l’Etat peut utiliser contre ses ennemis, internes ou externes, réels ou inventés. Avouer à quelqu’un qu’il est effectivement fiché par un service secret revient à lui fournir une information qui pourrait compliquer voire invalider le travail de surveillance ou de manipulation dudit service. Voir mon précédent article “Services secrets, marche-pied vers la dictature“.

 On comprend bien que la notion de service secret est fondamentalement incompatible avec celle de démocratie mais elle est tellement puissante, de par ses sources d’information, son expertise en manipulation des gens et des groupes, son usage de tout procédé – tels les attentats “false flag” ou l’assassinat, souvent déguisé en suicide – pour se protéger ou arriver à ses fins, que le système démocratique n’est tout simplement pas armé pour se défendre contre ce prédateur quasi invisible et polymorphe. Si un gouvernement élu se mettait en tête d’éradiquer le pays de cette mafia des services secrets, il aurait tôt fait de crouler sous les coups d’une “opinion publique” criant à l’inconscience, de devoir faire face à des attentats tombant à point nommé, et à subir des “suicides” de témoins dangereux. Il aura fallu l’affaire Merah sous Sarkozy et Charlie Hebdo/Hypercacher sous Hollande-Valls (associé cette fois au mystérieux suicide du policier Helric Fredou au lendemain des attentats, ce dernier travaillant sur le dossier Charlie Hebdo et, selon certaines sources, en désaccord avec sa hiérarchie sur quelque chose de suffisamment grave pour en arriver à mettre fin à ses jours), pour dérouler encore un peu plus le tapis rouge que les services secrets pourront légalement emprunter pour étendre leur ombre sur l’espace public.

S’il est implicitement interdit en France d’émettre un quelconque doute sur l’intégrité des services de l’Etat, sous peine de lapidation publique à coups d’accusations de complotisme par les chiens de garde du système politico-médiatique, il n’en est heureusement pas toujours de même ailleurs. Témoin ce journaliste allemand, Christoph Hörstel, interviewé ci-dessous par RT Allemagne au sujet des attentats de Charlie Hebdo, et développant la notion de “management de la terreur”.

Sur un autre sujet mais dans la même thématique du mensonge d’Etat, la récente parution dans le London Review of Books d’un article par le journaliste d’investigation Seymour Hersh “The killing of Osama Bin Laden” a déclenché la même réaction “complotiste” – et il est de fait impossible de vérifier ses sources – mais d’une part l’administration américaine n’a plus aucune crédibilité depuis, notamment, les fausses allégations de GW. Bush sur les armes de destruction massive en Irak suite au 11 septembre et, plus récemment, les révélations de Snowden sur les activités illicites de la NSA, et d’autre part Seymour Hersh a une réputation et on doit se demander pourquoi il raconterait n’importe quoi au risque de tout perdre, s’il n’avait pas une bonne raison de le faire.

D’autant que Hersh est loin d’être le seul a remettre en cause la version officielle de la mort de Bin Laden, d’autres tel Paul Craig Roberts (qui obtint la Légion d’Honneur française en 1987 pour ses travaux sur l’économie…) vont encore plus loin en arguant que ce dernier était mort bien avant l’intervention américaine, et que toute cette histoire est pur théâtre.

Le problème de fond est que, dans un monde où quasiment rien n’est vérifiable par le grand public et où la manipulation est omniprésente, se faire une opinion sur quoi que ce soit relève plus de l’acte de foi que de l’analyse raisonnée à base de faits tangibles.

“Etre Charlie” fut un acte de foi du 7 au 11 janvier, pour être immédiatement perverti par une manipulation politicienne associant des autocrates et des fascistes à une marche pour la liberté d’expression, pendant que le pouvoir profitait du nuage d’incertitude laissé par l’énormité de la manœuvre (si des criminels et des dictateurs sont associés à une marche pour la liberté d’expression, est-ce à dire que ces modes de pouvoir sont en fait tout à fait acceptables ?) pour concocter des mesures liberticides, et tenter de faire croire qu’il est bon de faire passer la puissance des services secrets avant la liberté – axiome de base de toute dictature.


Après Charlie, l’enfer ? par rhubarbare

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