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Une équipe scientifique a mis au jour des pierres taillées bien plus anciennes que tout ce qui était connu jusqu’ici

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 22 Mai 2015, 17:13pm

Catégories : #Sciences

Ceci est l'un des plus vieux outils fabriqués au Monde, découvert au Kenya, par l'équipe scientifique dirigée d'abord par Hèlène Roche puis par Sonia Harmand, directrices de recherche au CNRS. © MPK-WTAP

Ceci est l'un des plus vieux outils fabriqués au Monde, découvert au Kenya, par l'équipe scientifique dirigée d'abord par Hèlène Roche puis par Sonia Harmand, directrices de recherche au CNRS. © MPK-WTAP

C’est une découverte majeure dévoilée aujourd’hui dans la célèbre revue Nature . Une équipe scientifique franco-américano-kenyane a mis au jour des pierres taillées bien plus anciennes que tout ce qui était connu jusqu’ici. De quoi remettre potentiellement en cause la paternité des premiers outils taillés dans la pierre et ainsi bouleverser peut-être l’histoire des hominidés. Hélène Roche, directrice de recherche émérite au CNRS et coauteur de ces travaux, nous explique cette découverte en détail.

 

À quoi ressemblent les lieux où ces outils ont été retrouvés ?

Hélène Roche : Ces objets ont été mis au jour tout à fait au nord du Kenya, sur la rive ouest du lac Turkana. Une région semi-aride, désertique, où l’on trouve des formations sédimentaires, c’est-à-dire des empilements de couches de sédiments permettant de remonter dans le temps. C’est un lieu exceptionnel, riche des dizaines de sites archéologiques qui s’échelonnent, à présent, avec la découverte de celui où ont été retrouvés ces outils, de - 3,3 millions d’années à  - 700 000 ans. Les sédiments permettent de faire défiler véritablement toute la séquence, ce qui est quelque chose d’absolument unique au monde.

De quel type d ’outils parle-t-on et comment parvient-on à savoir qu ’ils ont été façonnés par la main d ’un être, quel qu ’il soit ?

Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point, car nous avons retrouvé, à la fois, les éclats tranchants, les gros blocs de pierre desquels ils ont été prélevés ainsi que les percuteurs et les enclumes (toujours en pierre, NDLR) qui ont servi à les fabriquer. De plus, ce sont, au fond, des outils assez similaires à ceux que l’on retrouve plus tard, possiblement destinés à débiter de la viande.

 

Comment avez-vous pu déterminer leur âge ?

En réalité, on ne date pas les outils eux-mêmes mais les sédiments dans lesquels ils sont enfouis. Dans le Turkana, comme dans toute cette région de la vallée du Grand Rift, extrêmement active en particulier à l’époque où ont été façonnés ces outils, il y a, mêlées aux sédiments, des cendres volcaniques qui nous permettent de dater les différentes couches. Par ailleurs, on se sert également de ce que l’on appelle la magnétostratigraphie, une technique qui repose sur une sorte d’échelle, de chronologie, basée sur le fait que la Terre connaît régulièrement des inversions de ses pôles magnétiques. Et ces deux techniques donnent le même résultat : ce site date bien d’il y a 3,3 millions d’années.

 

En quoi est-ce une révolution ?

C’est une révolution à deux titres. D’abord, simplement par l’âge de ces outils qui ont pas moins de 700 000 ans de plus que les plus anciens découverts avant eux, en Éthiopie, datés de 2,6 millions d’années. Quant au Turkana, nous n’avions jusqu’ici mis au jour que des sites datant de 2,3 millions d'années, soit un bond d’un million d’années en arrière. C’est fabuleux ! Le deuxième élément qui est très intéressant, c’est qu’à cette époque il n’y a pas, à notre connaissance, d’hominidés apparentés au genre humain. Ainsi, alors qu’une bonne partie de la communauté scientifique attribuait jusqu'ici la fabrication d’outils aux seuls «homo», ces objets auraient été taillés par d’autres espèces, vraisemblablement de genre australopithèque. Je suis, depuis très longtemps, persuadé que d’autres espèces d’hominidés appartenant à d’autres genres que le genre humain ont très bien pu parvenir à tailler des outils. C’en est la confirmation. Néanmoins, je m’attends à ce que, très vite, certains affirment qu’ils sont probablement l’œuvre d’ancêtres inconnus de la lignée du genre humain…

 

 
 ©  MPK-WTAP

 

 

Dans les espèces déjà connues, y a-t-il des candidats possibles ?

Il y a une dizaine d’années, dans les mêmes sédiments, datant de la même époque et très près géographiquement de l’endroit où nous avons trouvé ces objets, des collègues paléoanthropologues ont effectivement retrouvé les restes d’un australopithèque baptisé Kenyanthropus platyops, parfois rattaché au genre Australopithecus afarensis, dont fait partie Lucie que nous connaissons tous. Cependant, nous ne pouvons absolument pas dire que ce sont des individus de ce genre qui ont taillé ces outils, seulement qu’ils vivaient au même endroit, au même moment. Mais, à moins de retrouver un fossile d’hominidé une pierre à la main (rires), la preuve est vraiment difficile à apporter.

Pensez-vous tout de même réussir à en savoir plus ?

Bien sûr. D’ailleurs, depuis cette découverte qui remonte maintenant à plus de trois ans, nous avons continué de travailler. Nous avons trouvé d’autres outils qui ne sont pas décrits dans l’article publié aujourd’hui et nous savons qu’il y a d’autres sites à proximité. Il va falloir continuer d’explorer les sédiments de cette période pour accumuler d’autres informations. Nous pouvons également chercher dans des zones où il y a des sédiments un peu plus anciens. Toutefois, je ne pense pas que l’on puisse faire un bond similaire et reculer les premiers outils d’encore plusieurs centaines de milliers d’années. Je pense que l’on s’approche désormais au plus près de l’origine de la taille de la pierre. Car, d’une part, je ne crois pas que des hominidés beaucoup plus anciens aient pu avoir cette habileté, d'autre part, parce que les gestes techniques qui ont permis de produire ses outils peuvent sembler, par certains côtés, assez proches de la manière dont de grands singes, comme les chimpanzés, parviennent à casser les fruits trop durs avec des pierres, par percussion...


 

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