Des Nord-Coréennes en larmes en passant devant leur président Kim Jong-Un à Pyongyang, le 10 octobre 2015.
Des Nord-Coréennes en larmes en passant devant leur président Kim Jong-Un à Pyongyang, le 10 octobre 2015. - Wong Maye-E/AP/SIPA

M.C.

Lors des rares apparitions publiques de Kim Jong-Un, la foule est invariablement ravie, voire au seuil de l’extase, et bat des mains à tout rompre. Le week-end dernier, le président nord-coréen, qui assistait à Pyongyang aux cérémonies commémorant le 70e anniversaire du parti unique, a encore été dûment acclamé après un discours vantant le « monolithisme » de son régime.

Mais la réalité derrière les images publiques de dévotion, c’est une dictature brutale, raconte un ancien militaire qui a fui son pays pour se réfugier en Corée du Sud. « On doit le faire parce qu’on ne veut pas mourir », témoigne sur la chaîne Skynews cet homme qui ne veut pas être reconnu pour ne pas mettre en danger sa famille, restée au Nord. « Si l'on n’applaudit pas, ou si l'on s’assoupit, on est étiqueté comme ne suivant pas la doctrine de Kim Jong-un. On crie "longue vie !" et on bat des mains parce qu’on ne veut pas mourir ». Selon lui, les gens ont encore plus peur de Kim Jong-Un que de ses prédecesseurs.

«Si l'on regarde des séries sud-coréennes, on peut être exécuté»

Filmé dans son petit appartement et dans les rues de Séoul, à quelques dizaines de kilomètres seulement de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées, l’homme raconte sa vie d'avant au Nord, la peur quotidienne de déplaire et de disparaître. Il dit avoir assisté à « un grand nombre d’exécutions publiques », pour les motifs les plus futiles. « Si l'on regarde des séries télévisées sud-coréennes, on peut être emprisonné, ou même exécuté, affirme-t-il. Mais avant, ils les regardent, et si elles sont amusantes, ils les gardent pour eux. »

Kim Jong-Un lors des cérémonies marquant le 70e anniversaire du parti unique nord-coréen. - KCNA/XINHUA/SIPA

 

L’homme dit s’être enfui l’an dernier, poussé par le désespoir et par les difficultés croissantes rencontrées par sa famille pour se nourrir. Afin de pouvoir envoyer de l’argent à sa femme et ses deux filles, il a tenté une première fois de traverser la frontière avec la Chine, mais s'est fait prendre. Il dit avoir été battu pendant 15 jours, tandis que sa famille était interrogée. L’ami avec qui il avait entrepris cette tentative de fuite a disparu.

 

Quelques temps après, il récidive, dit avoir descendu de nuit le long d’une falaise avant de traverser la rivière Amnok, qui sépare la Corée du Nord de la Chine. Il sait que sa famille, à qui il a demandé de nier avoir eu connaissance de son intention de fuir, est toujours en vie. Mais il n’a pas reparlé à ses enfants depuis, et n’a eu que de rares contacts téléphoniques avec sa femme.

En arrivant à Séoul, il ignorait ce qu’était un supermarché et n’imaginait pas posséder un jour sa propre voiture. Aujourd’hui, il rêve de pouvoir conduire sa femme sur les artères de la capitale sud-coréenne.

http://www.20minutes.fr