Ils veulent se faire entendre car pour eux, la situation est devenue insoutenable. Une centaine de personnes handicapées et leurs familles se sont rassemblées ce mardi matin devant l'Assemblée nationale, pour remettre aux députés un livre noir dénonçant le manque de prise en charge adaptée en France et l'"exil" forcé de ces malades en Belgique.

Comme nous l'avions rapporté lundi, l'Unapei (l'union des associations de personnes handicapées mentales et leurs familles) qui avait organisé cette manifestation, estime que plus de 6500 enfants et adultes sont pris en charge dans des établissements en Belgique. Un exil loin des familles que l'Etat cautionne en finançant l'accueil en Belgique plutôt qu'en créant plus de places en France. 

"La situation s'aggrave"

"Nous souhaitons que cela s'arrête, confie à metronews Christel Prado, présidente de l'Unapei. Nous en avons assez de passer par la case tribunal pour faire valoir le droit à l'éducation pour nos enfants." En effet, plusieurs familles, contraintes d'envoyer l'un de leur proche en Belgique, ont réussi à faire condamner l'état pour carence mais cela est loin de régler le problème.

 

"Le président Sarkozy avait décidé la création de 50.000 places pour 2012, or à la fin du quinquennat seule la moitié a été ouverte, poursuit Christel Prado. Et aujourd'hui nous ne sommes qu'à 70% des places de ce plan. La situation s'aggrave avec des besoins beaucoup trop importants pour le nombre de solutions proposées."

250 millions d'euros, 4000 emplois

Afin de palier ce retard et ces manques, la France investit pas moins de 250 millions d'euros par an pour assurer la prise en charge de ces malades en Belgique. Cela représente 4000 emplois directs, qui pourraient être ouverts en France. Une folie selon Christel Prado : "les personnes sont éloignées de leur famille, or aucun enfant ne peut grandir sans l'amour des siens. Les proches doivent faire des kilomètres pour voir la personne placée qui, elle, se retrouve isolée du tissu social de proximité qu'elle a chez elle (parents, amis commerçants)." Et la présidente de l'Unapei de marteler : "il est temps de reconnaître nos enfants dans leur dignité."

Alors, pour accélérer les choses, les associations veulent frapper un grand coup et marquer les esprits. L'Unapei a donc proposer de taxer... les cigarettes électroniques afin de financer de nouvelles structures ! "Tout le monde connaît la journée de solidarité pour les personnes âgées ou handicapées. Mais pourquoi seuls les travailleurs peuvent-ils y participer, ne devrait-on pas taxer en ce sens d'autres activités, qui plus est celle qui sont reconnues comme nocives pour la santé ? Selon nos calculs la somme pourrait s'élever à 90 millions d'euros par an."

Une solution envisagé parmi d'autres car il y a urgence : aujourd'hui 47.000 personnes sont en attente d'un placement sur le sol français et Christel Prado de conclure : "il faut que les députés passent de l'engagement du cœur à celui de la raison. Il est temps de faire preuve de courage politique."

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