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Le café est devenu cancérogène selon l'OMS

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 11 Novembre 2015, 09:37am

Catégories : #Santé

En 1991, le Circ classait le café comme «peut-être cancérogène pour la vessie humaine» | Peter Lindberg via Flickr CC License by

En 1991, le Circ classait le café comme «peut-être cancérogène pour la vessie humaine» | Peter Lindberg via Flickr CC License by

La classification de l'OMS laisse vraiment à désirer, il serait temps d'y remédier.

Fin octobre, l’information selon laquelle l’OMS avait classé la viande transformée et la viande rouge parmi les cancérogènes humains a, une nouvelle fois, montré combien il peut être difficile de faire comprendre au grand public l’état de la connaissance scientifique sur ce genre de questions.

Mais cela prouve aussi combien la méthode de classification des cancérogènes établie par l’OMS peut être biaisée et bancale.

Méthode de classification

D’autres déclarations récentes du Centre international de recherche sur le cancer (Circ), agence dépendant de l’OMS, ont autant étonné le grand public que la communauté scientifique. C’est le cas par exemple du glyphosate, mieux connu sous sa dénomination commerciale de Roundup, et des «radiations» des téléphones portables.

 

Pour un agent chimique, biologique ou physique donné, le Circ passe en revue toutes les données scientifiques disponibles et classe ses risques cancérogènes selon la catégorisation suivante:

  • Groupe 1: cancérogène pour l’homme;
  • Groupe 2A: probablement cancérogène pour l’homme;
  • Groupe 2B: peut-être cancérogène pour l’homme;
  • Groupe 3: inclassable quant à sa cancérogénicité;
  • Groupe 4: probablement pas cancérogène.

 

Sur les quelque 1.000 substances évaluées par le Circ depuis des années, une seule a été placée dans le Groupe 4. En pratique, sa méthode de classification semble bien empêcher de définir un agent comme probablement non cancérogène.

La confusion et la panique qui ont suivi l’annonce concernant la viande transformée ont comme objet son inclusion dans le Groupe 1, en compagnie de la cigarette, de l’alcool, de l’amiante, de l’exposition au soleil et de certains virus. Cependant, que la viande transformée soit rangée dans le Groupe 1 ne veut pas dire que le risque associé aux hot-dogs, aux saucisses ou au bacon soit comparable à la consommation d’un paquet de cigarettes par jour. Cela ne fait que traduire le jugement suivant de la part du Circ: les données scientifiques établissant un lien causal entre la consommation de ces aliments et certains cancers sont solides. Mais il ne dit absolument rien de l’ampleur de ce risque ou de la quantité d’aliments qu’il faudrait manger pour se mettre en danger. À l’évidence, il est question d’un risque bien plus faible et diffus que celui associé au tabagisme.

 

Degré de précision

Au-delà des malentendus et de la confusion provoqués par la diffusion dans les médias et les réseaux sociaux de ce jugement concernant la viande transformée, d’autres évaluations du Circ ne collent pas aux données scientifiques disponibles. L’évaluation que l’agence fait du café en est peut-être le meilleur exemple.

En 1991, le Circ classait le café comme «peut-être cancérogène pour la vessie humaine» (Groupe 2B). Une conclusion effectuée après l’analyse des maigres données disponibles à l’époque. Le Circ avait statué que ces données «indiquaient une faible corrélation entre la consommation de café et l’apparition de cancer de la vessie», tout en remarquant que «la possibilité que cela soit dû à des biais ou des facteurs de confusion ne peut être exclue». Le Circ n’avait d’ailleurs trouvé aucune donnée convaincante permettant d’associer le café à d’autres types de cancer.

Mortelle consommation de café | Mark Rain via Flickr CC License by

En tant qu’objet d’étude scientifique, le café se distingue radicalement du Roundup, des radiations de téléphone portable, ou des nombreux produits chimiques que peut évaluer le Circ. Pourquoi? Parce que la consommation de café relève d’un comportement habituel et relativement stable, et que les consommateurs de café peuvent donc dire aux chercheurs combien de tasses ils boivent par jour et depuis combien de temps, et ce, avec un degré de précision assez élevé. Ce qui signifie que les données d’exposition relatives au café sont sans doute être d’une fiabilité supérieure à celles présentes dans des études pistant des substances chimiques dans le corps, la fréquence d’utilisation d’un téléphone portable ou la quantité de graisses alimentaires qu’un individu a pu consommer pendant des décennies.

Qui plus est, le café est bu par une importante proportion de la population dans les pays occidentaux et, plus important encore, une proportion certaine de ces populations n’en consomme pas. Parmi les buveurs de café, la diversité est grande quant à la quantité de café bue. Ainsi, la consommation de café peut donner lieu à des études différenciant l’exposition d’un individu à cette substance (présente ou absente), mais aussi la dose de café consommée. En d’autres termes, si la consommation de café était réellement associée au cancer, il y aurait toutes les chances de le détecter.

Biais mémoriels

Un possible lien entre café et cancer est étudié depuis 1971. La plupart des études menées dans les années 1970 et jusqu’aux années 1990 sont des études dites cas-témoins. Ce genre d’études enrôle des patients souffrant de la maladie dont il est question (par exemple, le cancer de la vessie) et compare leur exposition avec des «témoins» (ou «contrôles»), c’est-à-dire des patients hospitalisés pour d’autres raisons ou des personnes en bonne santé. Théoriquement, les contrôles sont identiques aux cas, exception faite de l’absence de la maladie étudiée.

Les études cas-témoins sont susceptibles de comporter des biais mémoriels, parce que les individus souffrant de graves maladies ont plus de chances de dire qu’ils ont été exposés à telle ou telle substance que les témoins, vu qu’ils désirent trouver une raison à leur état.

Les premières études menées sur la cancérogénicité du café concernent les cancers de la vessie et des reins et observent des associations incompatibles avec la consommation de café. Une telle ambiguïté allait inciter des études complémentaires et un grand nombre d’études ont ainsi été menées sur différents types de cancer. 

Ces deux dernières décennies, les premiers résultats de cohortes sont apparus. Ce genre d’étude enrôle une large population d’individus et des informations sur la santé et les comportements des participants sont collectées dès le début des recherches. Ensuite, la cohorte est suivie pendant un certain nombre d’années et le développement de la maladie surveillé. Ce genre de méthodologie n’est pas enclin aux biais mémoriels, vu que les informations sur l’exposition à la substance sont collectées avant que la maladie ne se déclare.

En 2010, plus de 500 études portant sur l’association entre consommation de café et différents types de cancer avaient été publiées. Les résultats de ces études sont résumés dans des méta-analyses, afin de déterminer s’il existe ou non une association cohérente entre la consommation de café et tel ou tel cancer.

Le Circ accorde davantage d’importance aux résultats positifs qu’aux négatifs, même quand ceux-ci sont issus d’études de haut calibre

Ce que montrent ces méta-analyses et ces revues qualitatives, c’est que la consommation de café est corrélée à un risque inférieur de cancer, notamment concernant le cancer de l’endomètre, le cancer colorectal, le cancer du foie et le cancer du sein survenant après la ménopause. Dans le cas du cancer du foie, les consommateurs de café ont un risque réduit d’à peu près 50%. Pour d’autres cancers –vessie, reins, prostate, pancréas et ovaires–, aucun lien significatif n’a pu être observé entre le café et ces maladies.

Mise à jour

Que le Circ ait classé au départ le café comme cancérogène possible, et qu’il ait été incapable de mettre à jour son évaluation au regard des données conséquentes accumulées ces vingt-cinq dernières années, met en lumière un autre défaut, plus important, de sa méthode de classification des cancérogènes.

Le Circ accorde davantage d’importance aux résultats positifs qu’aux négatifs, même quand ceux-ci sont issus d’études de haut calibre.

Facile de comprendre qu’une telle façon de faire puisse être susceptible de pousser vers le haut la catégorisation d’un agent donné. Et cela permet aussi d’expliquer pourquoi, sur quasiment 1.000 agents analysés par le Circ, un seul et unique a pu être catégorisé comme «probablement pas cancérogène».

Comme le disait en 2011 le biostatisticien Donald Berry, lorsque le Circ avait placé les radiations de téléphone portable dans le Groupe 2B, «n’importe quoi peut-être cancérogène».

Le café est l’une des boissons la plus consommées au monde et l’un des aliments plus scientifiquement étudiés. Si nous ne pouvons pas dire que le café ne «cause probablement pas le cancer», qu’en déduire de notre capacité à évaluer des risques bien plus complexes et subtils?

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