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Ocean Spiral: un projet pour vivre sous la mer

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 13 Novembre 2015, 14:38pm

Catégories : #Sciences

La firme japonaise Shimizu poursuit son étude d'une habitation immergée sous la mer, baptisée Ocean Spiral. Certaines technologies restent à mettre au point mais une telle structure pourrait devenir envisageable à partir de 2030, explique le responsable du projet, Takeuchi Masaki, interrogé par Futura-Sciences.

 

La partie émergée de la sphère d'habitation d'Ocean Spiral, avec ses zones portuaires. Cette ambitieuse étude entend démontrer qu'il est possible de vivre sous la mer en exploitant ses ressources d'une manière raisonnée. © ShimizuLa partie émergée de la sphère d'habitation d'Ocean Spiral, avec ses zones portuaires. Cette ambitieuse étude entend démontrer qu'il est possible de vivre sous la mer en exploitant ses ressources d'une manière raisonnée. © Shimizu

 

Une entreprise japonaise de construction, Shimizu, a présenté l'an dernier un projet futuriste, baptisé Ocean Spiral, consistant à faire vivre des humains dans l'océan. L'idée, qui a de quoi séduire le Français Jacques Rougerie, est devenue une étude poussée assez loin, même si les technologies restent à inventer pour la réaliser.

 

Dans une vaste sphère de 500 m de diamètre, en grande partie immergée, vivraient 4.000 personnes, pour travailler, pour étudier ou pour y passer des vacances. La structure serait ancrée au fond, entre 1.500 m et 4.000 m, par une immense torsade. Les ressources de la mer profonde, depuis les différences de température et de pression entre le fond et la surface jusqu'à la pêche et l'aquaculture, seraient exploitées pour rendre ce petit monde autonome.

 

Takeuchi Masaki, l'architecte responsable du projet, nous résume les principes de cette idée pas si folle.

 

La sphère de 500 m de diamètre, constituée d'une trame de béton et de panneaux transparents, est le lieu de vie. Elle abrite des appartements, des hôtels, des bureaux et des laboratoires. Elle est reliée au fond par une rampe hélicoïdale et par des câbles. D'énormes ballasts permettent de la faire émerger davantage, pour la maintenance, ou de l'enfoncer complètement sous la surface lorsqu'un cyclone est prévu. © Shimizu
La sphère de 500 m de diamètre, constituée d'une trame de béton et de panneaux transparents, est le lieu de vie. Elle abrite des appartements, des hôtels, des bureaux et des laboratoires. Elle est reliée au fond par une rampe hélicoïdale et par des câbles. D'énormes ballasts permettent de la faire émerger davantage, pour la maintenance, ou de l'enfoncer complètement sous la surface lorsqu'un cyclone est prévu. © Shimizu

 

Le projet Ocean Spiral est-il un rêve ou bien est-il réaliste ?

 

Takeuchi Masaki : Nous avons travaillé pour que ce concept soit techniquement réalisable vers 2030. Le projet se poursuit puisque, en octobre, l’entreprise Shimizu a créé une nouvelle organisation, « Ocean Future City Project », au sein du nouveau centre de recherche.

 

Pourquoi ne pas vivre sur l’océan plutôt que sous la surface ?

 

Le projet n’est pas une proposition de cité marine. Il s’agit d’exploiter le potentiel de l’océan profond et assurer la pérennité de l’espèce humaine. Ocean Spiral est un camp de base. L’océan est une source d’énergie, d’eau douce, de nourriture et de ressources naturelles. C’est aussi un très bon endroit pour retraiter notre production de CO2.

 

L'intérieur de la sphère d'habitation, qui pourrait faire vivre 4.000 personnes. Les hôtels occupent la partie supérieure de la structure centrale. La zone médiane regroupe les bureaux. Dessous se trouvent les appartements et, tout en bas, les laboratoires de recherche scientifique. © Shimizu
L'intérieur de la sphère d'habitation, qui pourrait faire vivre 4.000 personnes. Les hôtels occupent la partie supérieure de la structure centrale. La zone médiane regroupe les bureaux. Dessous se trouvent les appartements et, tout en bas, les laboratoires de recherche scientifique. © Shimizu

 

Quelle source d’énergie utilisera Ocean Spiral ?

 

L’énergie thermique, qui consiste à exploiter la différence de température entre la surface et une profondeur de 1.000 m. Elle est suffisante dans les régions tropicales, entre l’équateur et 20° de latitude. La différence peut atteindre 20 °C, ce qui permettrait de disposer d’une puissance de 100 MW. Cette production est continue et stable, contrairement aux énergies solaire et éolienne.

 

La pression de l’eau, prélevée à 2.500 m, peut être utilisée pour produire de l’eau douce par osmose à travers une membrane semiperméable. La pression existant en profondeur peut en effet servir à vaincre la pression osmotique et donc à séparer l’eau des sels et des impuretés.

 

Plusieurs structures pourraient coexister à faible distance les unes des autres. La spirale, en béton, sert à l'ancrage mais aussi au transport de personnes, d'électricité, de matériaux et d'eau. Les sphères sous-marines ont différentes fonctions. Celles situées à faible profondeur sont des ballasts. Les plus profondes servent à la communication par ondes sonores ou à l'étude de la faune. © Shimizu
Plusieurs structures pourraient coexister à faible distance les unes des autres. La spirale, en béton, sert à l'ancrage mais aussi au transport de personnes, d'électricité, de matériaux et d'eau. Les sphères sous-marines ont différentes fonctions. Celles situées à faible profondeur sont des ballasts. Les plus profondes servent à la communication par ondes sonores ou à l'étude de la faune. © Shimizu

 

Comment la qualité de l’air sera-t-elle maintenue ?

 

En exploitant les ressources existantes. La convection naturelle fait entrer l’air frais dans la sphère d’habitation, qui descendra à l’intérieur. La température devrait par exemple être de 26 °C au point bas de la sphère de 500 m. La déshumidification est assurée grâce à l’eau de fond, puisée à 1.000 ou 1.500 m, qui est à 2 ou 3 °C. Remontée dans la sphère, elle sert à condenser l’humidité avant de laisser cet air s’échapper. Le conditionnement d’air utilise les eaux usées retraitées et déshumidifiées. L’isolation thermique est assurée par les panneaux transparents de 3 m d’épaisseur qui constituent la paroi de la sphère.

 

Plusieurs structures pourraient-elles être reliées entre elles ?

 

Chacune est indépendante mais elle est reliée au reste du monde. De plus, en mer, pour communiquer, on peut utiliser le son. J’ai entendu des baleines plonger à 1.000 m et converser entre Hawaï et la Californie. Nous pouvons utiliser les sons pour relier des communautés sous-marines.

 

L'amarrage au fond, entre 3.000 et 4.000 m. Le gaz carbonique produit par les installations y serait capté et recyclé. Les ressources du fond de l'océan pourraient y être exploitées. © Shimizu
L'amarrage au fond, entre 3.000 et 4.000 m. Le gaz carbonique produit par les installations y serait capté et recyclé. Les ressources du fond de l'océan pourraient y être exploitées. © Shimizu

 

Quelles conditions devraient remplir le site au niveau du fond, par exemple pour l’activité sismique ?

 

Bien sûr, il faut choisir un endroit sans activité sismique connue. C’est assez facile. De plus, puisque la structure flotte, une telle installation est bien plus en sécurité face aux risques de tsunamis ou de séismes.

 

Quels types de professionnels pourraient vivre dans ces habitats océaniques ?

 

Nous pensons créer un nouveau style de vie et un nouveau business model. De nombreuses activités pourraient y prendre place, liées à l’océan profond, dans le domaine de l’éducation ou même de la santé. Spiral pourrait être un incubateur pour de nouvelles technologies dirigées vers l’exploitation des ressources de l’océan, pour l’énergie ou le tourisme par exemple.

 

Cette grande structure exploite les ressources de l’océan. Ce projet est-il durable ?

 

Oui, elle exploite les ressources de l'océan mais de manière raisonnée. Une partie de la nourriture sera par exemple issue de l'aquaculture, facilitée par l'utilisation d'eau fraîche et contenant des minéraux, prélevée vers 1.500 m de profondeur. D'une manière plus générale, pour protéger l’environnement, nous voyons deux approches. L’une consiste à ne rien faire pour le laisser intact. Une autre approche est de préserver les écosystèmes et de permettre au milieu de se régénérer. C’est l’approche en laquelle nous croyons…

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