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Tout savoir sur le Glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 13 Novembre 2015, 18:33pm

Catégories : #Santé

Tout savoir sur le Glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde

 

Le glyphosate est l’herbicide chimique le plus vendu sur la planète. Les herbicides qui

contiennent du glyphosate, comme le Roundup de Monsanto, sont les herbicides les plus utilisés

en Europe. On les emploie dans l’agriculture, la sylviculture, les parcs et espaces publics, ainsi

que dans les jardins. Ces herbicides contenant du glyphosate jouent aussi un rôle crucial dans la

production – et le développement – des plantes modifiées génétiquement afin de tolérer un

herbicide. Au cours des dernières années, un certain nombre d’études scientifiques ont exprimé

des craintes quant à l’innocuité du glyphosate, et certains ont même demandé l’interdiction des

herbicides en contenant. La nouvelle enquête menée par les Amis de la Terre européens a

détecté des traces de glyphosate dans les urines de 43,9 % des personnes testées, dans 18

différents pays européens.

 

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide systémique à large spectre. Ce qui veut dire qu’il pénètre toute la

plante et tue toute plante qui n’a pas été modifiée génétiquement pour le tolérer. Le nom

chimique du glyphosate est N-(phosphonomethyl) glycine et son principal effet est de bloquer un

enzyme dont la plante a besoin pour fabriquer des acides aminés et des protéinesi. Lorsque cet

enzyme est bloqué, la plante meurt en quelques jours. On retrouve la même voie métabolique

chez certaines bactéries et champignons, mais pas chez les animauxii.

A l’origine, le glyphosate fut développé par une entreprise pharmaceutique, mais ses propriétés

pour tuer les adventices (mauvaises herbes) furent brevetées dans les années 70 par la

compagnie états-unienne, Monsantoiii. Le brevet de Monsanto arrivait à expiration en 1991 hors

des Etats-Unis et en 2000, aux Etats-Unis. Depuis, d’autres fabricants de pesticides ont

commercialisé leurs propres produits et aujourd’hui, plusieurs centaines d’herbicides différents, à

base de glyphosate, sont vendus partout dans le mondeiv. Malgré la compétition, Monsanto a

utilisé une panoplie de stratégies pour conserver le contrôle du marché et fournit encore la moitié

de la production mondialev. Ces deux dernières décennies, sa stratégie s’est concentrée sur les

plantes génétiquement modifiées (GM) dans le but de tolérer le glyphosate

 

Qu’il y a-t-il dans les herbicides qui contiennent du glyphosate ?

Le glyphosate n’est pas utilisé sous sa forme pure dans les formulations des herbicides. Dans un

premier temps, il est combiné avec un produit alcalin pour donner un sel. Sont communément

utilisés l’ammonium, le triméthylsulphonium (trimesium) et l’isopropyle-ammonium (IPA), un

produit chimique utilisé aussi par les fabricants de colorants. D’autres substances sont aussi

ajoutées, par exemple des produits chimiques comme les agents tensioactifs pour augmenter la

capacité du glyphosate à pénétrer dans les cellules de la plante. La formulation exacte des

produits chimiques qui composent un herbicide donné est un secret commercial. En fait, on ne

trouve sur l’étiquette que le glyphosate qui a été classé comme « agent actif ». Il est donc difficile

de savoir exactement ce qu’il y a dans les herbicides contenant du glyphosate et vendus partout

dans le monde.

 

A quoi sert le glyphosate ?

Le glyphosate ne peut pas être utilisé pour le contrôle des adventices sur des cultures, à moins

qu’elles n’aient été modifiées génétiquement pour le tolérer. L’herbicide éliminerait aussi bien la

plante cultivée que les adventices. Pourtant, le glyphosate reste fortement utilisé dans des

productions agricoles non-GM et il est autorisé en Europe pour tout un éventail d’utilisations. Le

glyphosate peut, par exemple, être utilisé pour éliminer des adventices dans les champs, avant

qu’une plante ne soit semée, avant qu’elle ne germe ou après la moisson. Le glyphosate est

aussi appliqué sur certaines cultures, 1 à 2 semaines avant la récolte, pour qu’elles se

dessèchent ou pour les rendre plus faciles à récolter. Cette pratique est appelée

« dessiccation ». Le glyphosate est utilisé comme dessiccant sur les céréales, le colza, le maïs et

le tournesolvi.

Dans l’Union européenne, l’utilisation d’herbicides contenant du glyphosate est autorisée

également dans les vignobles, les oliveraies et les vergersvii. De même, le glyphosate est autorisé

sur les prairies et en sylviculture, pour nettoyer les voies ferrées et dans certains pays même

dans les lacs et les rivières. Il est aussi largement appliqué dans les parcs, les espaces publics

les rues et les jardins. Pour résumer : le glyphosate peut être utilisé presque partout, que ce soit

à la campagne, dans les villes ou les villages.

 

Quelle quantité de glyphosate est utilisée ?

L’Union européenne ne publie pas de chiffre sur l’utilisation d’un herbicide donné, ce qui rend

difficile toute recherche sur les quantités de glyphosate utilisées par les agriculteurs. Mais les

enquêtes de certains pays donnent des indications. Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au

Royaume-Uni sur les productions sur terres arablesviii. Au Danemark, le glyphosate représente 35

% de tous les pesticides utilisés dans les productions agricolesix. On estime qu’en Allemagne,

chaque année, le glyphosate est utilisé sur 4,3 millions d’ha de terres agricoles (soit 39 %), et

pour presque les deux tiers, sur seulement trois plantes : le colza, le blé d’hiver et l’orge d’hiverx.

On estime qu’entre 50 % et 60 % des cultures de tournesols en France, Roumanie et Hongrie

sont traitées avant la moisson avec du glyphosatexi. C’est également l’herbicide le plus utilisé

dans les vergers du Royaume-Unixii.

En 2011, ce sont près de 650 000 tonnes de produits à base de glyphosate qui furent utilisées

mondialementxiii et les ventes s’élevaient à près de 6,5 milliards de dollars en 2010xiv, soit plus

que le total des ventes de tous les autres herbicides réunis. Et les volumes utilisés continuent

d’augmenter. Cela est dû pour une large part à la production des OGM agricoles. D’après un

analyste industriel, les volumes de glyphosate utilisés mondialement pourraient avoir doublé en

2017xv.

 

Le glyphosate et les plantes modifiées génétiquement

Pour modifier l’ADN des plantes et des animaux, le génie génétique utilise diverses techniques.

Dans les années 90, Monsanto mit au point des plantes agricoles qui étaient modifiées

génétiquement afin de tolérer les effets du glyphosate. Jusqu’à cette époque, le glyphosate ne

pouvait être appliqué directement sur des cultures en pleine croissance. Avec les OGM agricoles,

un nouveau marché a été ouvert pour cet herbicide. Aujourd’hui, près de 85 % des OGM plantés

dans le monde sont tolérants à un herbicidexvi et en 2012, près de la moitié de la surface cultivée

aux Etats-Unis (65 millions d’ha) l’était avec des plantes « Roundup Ready » de Monsantoxvii.

Aucune plante tolérante à un herbicide n’a été jusqu’à présent autorisée à la commercialisation

dans l’Union européenne, mais la Commission examine actuellement les demandes

d’autorisation pour 14 plantes tolérantes au glyphosate (la plupart concernent des variétés de

maïs GM, mais aussi le coton, le soja, du colza et la betterave sucrière). Monsanto prétend que si

ces plantes sont autorisées, cela entraînera une réduction de l’utilisation de pesticidesxviii. Mais la

réalité sur le terrain, dans les pays où les plantes tolérantes au glyphosate sont cultivées,

démontre exactement le contraire.

En 2009, une étude analysait les volumes de pesticides utilisés aux Etats-Unis durant les 13

années qui ont suivi l’introduction des plantes GMxix. Elle constatait que les sojas GM

nécessitaient 26 % d’herbicides de plus que les sojas non-OGM, et que la consommation de

glyphosate n’avait fait qu’augmenter. Durant la même période, les volumes d’herbicides utilisés

sur les sojas non-OGM baissaient. Une augmentation des volumes de glyphosate et d’autres

herbicides a aussi été constatée sur les cultures de soja en Argentinexx et au Brésilxxi. Une des

raisons est que les plantes GM tolérantes à un herbicide poussent les agriculteurs à utiliser en

continu le glyphosate et les adventices développent rapidement une résistance à ce produit.

Aujourd’hui, on compte 13 adventices résistantes au glyphosate aux Etats-Unisxxii. Les

agriculteurs qui cultivent des plantes GM augmentent de plus en plus les doses de glyphosate,

ou utilisent même d’autres herbicides pour les contrôlerxxiii.

Si des plantes tolérantes au glyphosate sont autorisées dans l’Union européenne, les volumes de

glyphosate utilisé ne peuvent qu’aller en augmentant. En se basant sur l’expérience des Etats-

Unis, il a été calculé que l’introduction de betterave à sucre, de maïs et de soja GM pourrait

provoquer une augmentation de 800 % de la quantité de glyphosate utilisée en 2025, avec une

consommation globale d’herbicide dépassant de 72 % les niveaux actuelsxxiv. Même si l’Union

européenne imposait une règlementation stricte pour essayer d’empêcher que les adventices ne

développent rapidement des résistances, la consommation de glyphosate augmenterait quand

même de 400 % et la consommation totale d’herbicides de 25 %.

 

Conclusions et demandes

L’enquête que viennent de mener les Amis de la Terre européens montre que, partout en Europe

– Union européenne et pays non membres – on retrouve des résidus de glyphosate dans les

urines des citoyens. Ces résultats laissent penser qu’une proportion importante de la population

pourrait avoir du glyphosate dans le corps. Par contre, on ne sait pas de façon précise d’où il

provient. Bien que le glyphosate soit l’herbicide chimique le plus vendu au monde et que les

herbicides à base de glyphosate soient les plus utilisés en Europe, il a été procédé à très peu

d’analyses pour rechercher les résidus de glyphosate dans les aliments – à destination des

humains ou des animaux – et dans l’eau. Aucune analyse n’est effectuée pour rechercher le

glyphosate dans le corps.

 

Les Amis de la Terre veulent savoir :

Pourquoi les gens ont-ils du glyphosate dans leurs urines ? D’où provient-il ?

Pourquoi les autorités de contrôles n’ont-elles procédé à aucune recherche de résidus de

glyphosate chez les humains ?

Pourquoi les aliments à destination humaine ou animale (comme le soja importé) et l’eau

potable sont-ils si rarement analysés pour rechercher le glyphosate ?

Quels sont les effets sur notre santé du glyphosate présent dans notre corps? Est-il

certain que les résidus de glyphosate sont entièrement éliminés ? Et si ce n’est pas le

cas, que se passe-t-il avec les résidus qui restent dans notre corps ?

Pourquoi n’y a-t-il eu aucune étude à long terme sur l’ingestion chronique ou répétée de

glyphosate chez les humains ?

Pourquoi les limites maximales de résidus (LMR) pour le glyphosate dans les aliments à

destination humaine et animale ont-elles été constamment revues à la hausse ?

Qui profite de l’utilisation accrue du glyphosate ?

Pourquoi les autorités de contrôle sont-elles en train d’examiner des demandes

d’autorisation pour des OGM agricoles tolérants au glyphosate en Europe ?

D’un côté, nous ne savons pas comment le glyphosate pénètre dans nos corps, de l’autre, il est

nécessaire de diminuer au maximum, notre exposition à ce produit. C’est pour cela que les Amis

de la Terre exigent :

Que l’union européenne et les gouvernements nationaux mettent immédiatement en

place un programme de surveillance du glyphosate dans l’alimentation (humaine et

animale), y compris dans les importations de plantes destinées à l’alimentation des

animaux, notamment le soja GM ; que soit mise en place une surveillance des niveaux de

glyphosate (et de l’AMPA, produit de dégradation du glyphosate) dans l’environnement,

qui inclut les systèmes aquatiques et les sols ; que ces programmes de surveillances

soient exhaustifs et les résultats accessibles au public sans délai.

Que les gouvernements nationaux introduisent un programme de réduction du

glyphosate ; qu’ils interdisent immédiatement la dessiccation (traitement des cultures

juste avant la récolte) ; que tous les autres usages du glyphosate soient évalués d’ici

2015 ; que les limites maximales de résidus (LMR) soient réévaluées et qu’il ne soit plus

procédé à de nouvelles augmentations de celles-ci.

Qu’aucune plante modifiée génétiquement pour tolérer les glyphosate ne soit autorisée

dans l’Union européenne.

Que toutes les entreprises de transformation alimentaire et tous les distributeurs

demandent des produits sans glyphosate à leurs fournisseurs, afin de minimiser

l’exposition de leurs clients aux résidus de glyphosate ; qu’ils étendent leur programme

de surveillance des pesticides et incluent le glyphosate dans les contrôles de routine.

 

Références

iHoagland RE & Duke SE (1982). Biochemical effects of glyphosate. In: Biochemical Responses Induced by Herbicides;

Moreland DE, St. John JB & Hess FD (Eds.) ACS Symposium Series 181 pp. 175-205. American Chemical Society,

Washington DC, USA.

ii Kishore, G.M. & Shah, D.M. (1988). Amino acid biosynthesis inhibitors as herbicides. Annual

Review of Biochemistry, Vol 57 pp 627-663.

iii Andras Szekacs and Bela Darvas (2012) Forty Years with Glyphosate, Herbicides - Properties, Synthesis and Control

of Weeds, Dr. Mohammed Nagib Hasaneen (Ed.), ISBN: 978-953-307-803-8, InTech, Available from:

http://www.intechopen.com/books/herbicides-properties-synthesis-and-control-of-weeds/forty-years-withglyphosate

iv Farm Chemicals International, crop protection database: Glyphosate. http://www.farmchemicalsinternational.com/cropprotection-

database/product/brief/203900 accessed 09 Jan 2013.

v Glyphosate’s Great Rebound: Glyphosate Market Update Farm Chemicals International 1 October 2012.

http://www.farmchemicalsinternational.com

vi Monsanto International and Monsanto Europe (2010) The agronomic benefits of glphosate in Europe- benefits of

glyphosate per market use REVIEW p 1-82

vii Monsanto International and Monsanto Europe (2010) ibid

viii Garthwaite DG et al (2010) Pesticide Usage Survey Report 235: Arable Crops In The United Kingdom 2010 Food &

Environment Research Agency, DEFRA, UK. Table 5

ix Miljostyrelsen, Danish Ministry of the Environment (2010) Annual Pesticides Statistics 2009. Available at

http://www.mst.dk/English/Pesticides/Pesticides+statistics/Farmers+etc/

x Steinmann HH, Dickeduisberg M & Theuvsen L (2012) Uses and benefits of glyphosate in German arable farming Crop

Protection Vol 42 pp 164-169

xi www.glyphosate.eu/pre-harvest-applications-weed-control-and-desssication Accessed 13/3/2013

xii Garthwaite DG et al (2008) Pesticide Usage Survey report 225: Orchards & fruit stores In Great Britain 2008 Food &

Environment Research Agency, DEFRA, UK

xiii CCM International (March 2011). Outlook for China Glyphosate Industry 2012-2016

xiv Sansom M (2012) Glyphosate use in the amenity sector. Presentation by Monsanto to the Amenity Forum. Available at

www.amenityforum.co.uk

xv Global Industry Analyst Press Release 10 October 2011. Global Glyphosate Market to Reach 1.35 Million Metric Tons

by 2017, According to a New Report by Global Industry Analysts, Inc.

xvi ISAAA (2012) Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops: 2011 ISAAA Brief 43-2011

Executive Summary

xvii Benbrook CM (2012) Glyphosate tolerant crops in the EU: a forecast of impacts on herbicide use. Greenpeace

International

xviii Monsanto International and Monsanto Europe (2010) op cit 6

xix Benbrook C (2009) Impacts of Genetically Engineered Crops on Pesticide Use in the United

States: The First Thirteen Years The Organic Centre www.organic-centre.org

xx Bindraban PS et al (2009) GM-related sustainability: agro-ecological impacts, risks and opportunities of soy production

in Argentina and Brazil. Plant Research International, Wageningen University Report No 259

xxi Riesemberg A, Silva M (2009) Nota Técnica: Reflexos Associados ao Cultivo de Plantas

Trangênicas no Estados Paraná SEAB, Department of Agriculture and Supply in Paraná.

xxii International Survey of Herbicide Resistant Weeds database. Available

athttp://www.weedscience.org/summary/MOASummary.asp Accessed 25 January 2013

xxiii BASF press release 24 April 2012 Farmers plan to update weed control management in 2012

xxiv Benbrook C (2012) op cit 17

http://www.amisdelaterre.org

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