Le Nouveau Paradigme

Le Nouveau Paradigme

Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


Le pangolin, un mammifère protégé trop apprécié des cuisines chinoises

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 23 Décembre 2015, 11:43am

Catégories : #Environnement

Il n’est pas très beau, caché sous ses écailles épaisses, mais il est très prisé des gourmets chinois : le pangolin, un fourmilier écailleux doté d’une langue plus longue que son corps, est en voie de disparition en raison d’une demande irraisonnée des consommateurs chinois pour ce petit mammifère pourtant protégé.

Un restaurateur cantonais confie le servir en fricassée, en soupe ou en ragoût : « Mais c’est braisés dans la sauce soja qu’ils ont le meilleur goût ! » Pourtant, nulle trace de cet animal sur la carte du restaurant, qui sert aussi du serpent et toutes sortes d’étranges crustacés… Il faut dire que le pangolin, vendu plus de 300 euros la livre, est une espèce en voie de disparition, protégée par un traité international sur le commerce des espèces sauvages.

Les douanes chinoises estiment cependant que plus de dix mille pangolins sont vendus illégalement chaque année, mais les défenseurs des animaux estiment que le chiffre serait plus proche de cent mille. Pékin a pourtant adopté plusieurs lois interdisant le trafic de dizaines d’espèces, dont le pangolin, interdit depuis 2000. Mais leur application s’est toujours heurtée à une très forte demande des consommateurs chinois.

Réseaux de trafic démantelés

En 2014, le Parlement national a approuvé une nouvelle interprétation de ces lois, qui permettrait de condamner les consommateurs et vendeurs d’espèces menacées à des peines allant jusqu’à dix années d’emprisonnement. A la même époque, des réseaux de trafic d’énormes quantités d’animaux rares étaient démantelés. Aux frontières de Canton, la police a retrouvé près d’un millier de pangolins congelés.

La saisie à Hongkong de plus de cinquante boîtes de viande de pangolin la semaine dernière, pour une valeur supérieure à 15 000 euros, rappelle que le mammifère est toujours en danger. « L’application de la loi doit être améliorée, et l’information du public considérablement renforcée », explique Jill Robinson, directrice de l’ONG Animals Asia, sise à Hongkong.

Le commerce illégal d’animaux rapporterait 19 milliards de dollars, selon plusieurs ONG. On trouve le pangolin en Asie du Sud-Est, en Indonésie, mais c’est surtout en Afrique équatoriale et en Afrique centrale que les contrebandiers s’approvisionnent. Le pangolin géant vit beaucoup en Ouganda, en Tanzanie et dans l’ouest du Kenya, mais aussi dans les déserts africains. Solitaire et vulnérable, il est une proie facile pour les chasseurs.

Vertus médicinales

Mais plus que sa viande, ce sont les vertus médicinales que l’on prête à ses écailles et à son sang qui causent sa perte. Les jeunes mères chinoises utilisent ses écailles pour leurs effets prétendus bénéfiques sur la production de lait. Son sang bu tiède dans un verre d’alcool de riz aurait des effets toniques pour le cœur, et il est très prisé comme aphrodisiaque. Les chasseurs africains toucheraient moins de 20 euros le kilo de pangolin, revendu dix à quinze fois plus à des réseaux chinois. En Afrique, le pangolin mort suit ainsi les mêmes routes que le trafic de drogue ou le trafic d’armes, et ce sont les fameuses triades hongkongaises, 14K et Wo Shing, qui se chargent du transport et de la revente.

Ces deux groupes mafieux hongkongais se rendent directement en Afrique du Sud et au Kenya pour acheter leurs marchandises, parfois en échange de produits chimiques qui servent sur le continent à fabriquerdes méthamphétamines et toutes sortes de drogues artificielles.

Le pangolin n’est d’ailleurs pas le seul concerné par ces trafics : la poudre de cornes de rhinocéros, la peau, les organes et les os des fauves, les serpents, les ailerons de requin et même les célèbres ormeaux beiges sud-africains sont transportés jusqu’à Hongkong par les triades qui les écoulent ensuite auprès de restaurateurs et de pharmaciens cantonais qui raffolent de cette cuisine qualifiée de « sauvage ».

Sébastien Le Belzicà Hongkong


lemonde.fr/

Commenter cet article

Nous sommes sociaux !

Articles récents