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Saumon transgénique : après la bataille des OGM, celle des AGM

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 7 Décembre 2015, 14:18pm

Catégories : #Santé

Un animal génétiquement modifié (AGM) a été autorisé pour la première fois à la consommation humaine aux Etats-Unis. Il s’agit d’un saumon transgénique. On pourrait entrer ainsi dans une nouvelle ère, car d’autres autorisations sont attendues d'ici peu… Mais aussi une multiplication des oppositions rappelant la "bataille des OGM".

Atlantico Green

 Saumon transgénique : après la bataille des OGM, celle des AGM
 

Le 19 novembre dernier, l’agence fédérale des médicaments et de l’alimentation des Etats-Unis (FDA, Food and Drug Administration) a autorisé pour la première fois l’élevage, la commercialisation et la consommation d’un animal génétiquement modifié. Cet animal transgénique est un saumon de l’Atlantique, appelé AquAdvantage, qui est développé depuis deux décennies par l’entreprise de biotechnologie américaine AquaBounty Technologies. Cette autorisation a cependant été très compliquée à obtenir puisque cela fait exactement 20 ans que la demande a été effectuée par l’entreprise. En Europe, la commercialisation d’un animal génétiquement modifié n’est pas autorisée.

Cependant, une autre affaire récente, avec cette agnelle transgénique qui s’est retrouvée « par erreur » dans la chaîne alimentaire en France au mois de juin, a relancé indirectement le débat sur le recours à la génétique, via la transgénèse ou la mutagénèse, pour améliorer la production.

Un saumon transgénique à croissance plus rapide que les saumons non transgéniques

Les animaux génétiquement modifiés (AGM) sont élaborés sur la base de la « technologie de l’ADN recombinant » (rADN). Elle consiste, selon l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), à « introduire de nouvelles caractéristiques dans des micro-organismes, des plantes et des animaux ». Cela se traduit par « la modification du matériel génétique du micro-organisme de la plante ou de l’animal concerné en ajoutant, modifiant ou supprimant certaines séquences d’ADN afin de modifier les caractéristiques de l’animal ou d’introduire une nouvelle caractéristique – par exemple la résistance à une maladie ou une croissance accélérée – de façon prédéterminée ». Le premier animal génétiquement modifié a été une souris qui, au début des années 1980, est parvenue à sécréter une grande quantité d’hormones de croissance au point d’atteindre la taille d’un petit rat.

Le projet de créer un saumon transgénique a été initialement imaginé par des chercheurs d’une université canadienne, l’université Memorial de Terre-Neuve. Mais c’est l’entreprise américaine AquaBounty Technologies qui a développé ce projet appelé AquAdvantage. Il s’agit d’un saumon de l’Atlantique qui a été modifié génétiquement de sorte à ce que sa croissance soit bien plus rapide que celle des saumons d’élevage ou a fortiori des saumons sauvages. Deux gènes ont été introduits dans ce saumon. Le premier est un gène de l’hormone de croissance d’un saumon Chinook du Pacifique, qui est le plus grand des cinq espèces de saumons. Il peut ainsi atteindre sa taille adulte en 18 mois, au lieu de 3 ans environ pour le saumon d’élevage et de 4 ans pour le saumon sauvage. Le saumon transgénique a donc une taille démesurée par rapport aux saumons non transgénique du même âge. Le second gène introduit dans ce saumon est celui d’une loquette d’Amérique, un poisson ressemblant à une anguille qui peut vivre dans des eaux très froides. Ce gène permet à l’hormone de croissance d’être insensible au froid. Le poisson peut ainsi grandir y compris en hiver alors que, dans la nature, l’hormone de croissance est inactive durant cette période.

 

Pas d'étiquetage spécifique

Le saumon transgénique n’est pas élevé en pleine mer, mais à terre, dans des bassins d’éclosion fermés, au Canada et au Panama, car la FDA n'autorise pas qu’il soit élevé en mer, mais aussi aux Etats-Unis. Les œufs sont produits et élevés au Canada avant d’être envoyés au Panama dans une installation de grossissement qui est située en altitude, à 1 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le saumon est euthanasié lorsqu’il atteint un poids de 1 à 3 kg pour être ensuite transformé dans une usine de transformation en vue d’être vendu au détail. Par ailleurs, seules des femelles stériles devraient être élevées pour éviter tout risque de « contamination » dans le cas où un poisson se retrouverait dans la nature par accident.

Ce saumon génétiquement modifié a été autorisé par la FDA car l’autorité américaine considère qu’il est « aussi sain et nourrissant » que les saumons atlantique non transgéniques et qu’il n’aura pas d’« impact significatif sur l’environnement des Etats-Unis ». Elle en conclut que « le poisson est sans danger pour l’alimentation des humains et des animaux, la construction rADN est sans danger pour l’animal et sa croissance plus rapide a été confirmée ». Par ailleurs, il ne fera pas l’objet d’un étiquetage spécifique car d’après la FDA, il n’existe pas de « différence matérielle » entre le saumon transgénique et le saumon naturel.

En 2010, la FDA avait déjà autorisé le processus de transgénèse et d’élevage du saumon transgénique et trois ans plus tard, un organisme officiel canadien, Pêches et Océans Canada (MPO), a autorisé AquaBounty à élever des œufs dans une écloserie au Canada pour les exporter ensuite au Panama (dans la limite de 100 000 par an) en estimant que le risque global pour la santé humaine et pour l’environnement était faible.

Un intérêt avant tout économique

L’intérêt de cette technologie est bien évidemment avant tout de nature économique à partir du moment où ce saumon transgénique consomme, selon AquaBounty, 25 % de nourriture en moins qu’un saumon d’élevage non transgénique pour atteindre sa taille adulte. Son prix serait ainsi abordable pour le consommateur. En outre, sa production sur le sol américain – ce qui n’est pas encore possible à ce stade – permettrait de réduire la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis des importations de saumon, alors que plus de 97 % du saumon atlantique commercialisé outre-Atlantique est importé.

Mais l’entreprise américaine avance aussi d’autres types d’arguments pour promouvoir cette technologie : un argument de nature gustative puisque, selon AquaBounty, la saumon transgénique serait « nourrissant, délicieux et frais », ou de nature sanitaire étant donné que « le saumon de l’Atlantique est l’une des nourritures les plus saines au monde » contenant peu de calories et de graisses saturées et « source de protéines, de vitamines essentielles, de minéraux et d’omega 3 ». Enfin, de façon un peu plus surprenante, l’entreprise américaine met l’accent sur le bénéfice environnemental du développement de cette technologie en estimant qu’AquAdvantage est « le saumon le plus durable du monde », avec notamment une faible émission de CO2 à partir du moment où ce saumon peut être élevé sur terre à proximité des lieux de consommation, ce qui réduit les émissions de CO2 liées aux transports, et qu’il peut contribuer à alléger la pression exercée sur les stocks de poissons sauvages par la pêche intensive.

Les partisans de cette technologie, tout comme ses opposants, tendent à estimer que la décision de la FDA n’est qu’un début et qu’elle va en entraîner d’autres. Cela paraît d’autant plus probable qu’AquaBounty attend des autorisations de mise sur le marché de son saumon transgénique de la part d’autres pays, comme le Canada, l’Argentine, le Chili ou encore la Chine.

Des insectes génétiquement modifiés contre le paludisme

En outre, les projets d’animaux génétiquement modifiés sont très nombreux. Ils sont généralement développés dans un cadre de recherche scientifique ou de production de médicaments. Ainsi, l’une des priorités pour les chercheurs depuis plus d’une dizaine d’années est de créer des insectes génétiquement modifiés résistants au parasite du paludisme pour lutter contre la maladie qui est transmise à l’homme par des piqûres de moustiques femelles infectés. Récemment, des progrès importants ont été annoncés de ce point de vue. Des chercheurs de l’université de Californie ont introduit dans l’ADN des moustiques des gènes d’anticorps bloquant le parasite qui est le principal responsable du paludisme en Asie. Ces gènes sont alors transmis aux descendants des moustiques avec des taux de transmission de cette modification génétique proches de 100 %. Ces moustiques sont donc censés ne plus transmettre la maladie.

Même si les chercheurs disent qu’il ne s’agit là que d’une première étape, cette technique soulève néanmoins beaucoup d’espoir dans la lutte contre l’une des maladies les plus graves dans les pays pauvres alors que, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de la moitié de la population mondiale est exposée au risque de contracter le paludisme. Sur les neuf premiers mois de l’année 2015, l’OMS a évalué à 214 millions le nombre de cas de paludisme dans le monde et à 438 000 le nombre de décès, qui concernent en premier lieu les jeunes enfants et les femmes enceintes.

... Et d'autres AGM pour la consommation alimentaire

Des animaux génétiquement modifiés sont également de plus en plus expérimentés pour la consommation alimentaire. Cela concerne d’autres espèces de poissons transgéniques, mais aussi d’autres animaux, tels que des vaches, des poulets, des porcs ou des chèvres. Le projet Enviropig de l’université de Guelph au Canada a ainsi permis de « créer » un porc transgénique. Celui-ci présente la particularité d’avoir des excréments qui produisent moins de phosphore que les porcs non transgéniques, et qui limitent par voie de conséquence la prolifération des algues vertes. En Grande-Bretagne, une équipe de biologistes de l’université d’Edimbourg a créé un poulet transgénique qui résiste à la grippe aviaire. Des vaches transgéniques en Argentine peuvent produire du lait maternel. On pourrait ainsi multiplier les exemples.

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quelquun 09/12/2015 14:56

Je ne suis pas pour les OGM.. après tout, nous ne savons pas réellement quel est l'impact environnemental. Bien-sûr, les développeurs de ce programme ne s’intéressent qu'a l’argent, le reste ne les intéresse pas. Pourquoi iraient-ils s’embêter à PENSER aux conséquences?.. D moment qu'ils empochent..

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