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Nouvelle carte bleue sécurisée

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 1 Janvier 2016, 13:55pm

Catégories : #Economie-politique

Les nouvelles cartes bleues arrivent. En toile de fond toujours la même rengaine : toujours plus de sécurité pour les banques, mais aussi pour l'usager. Mais les innovations ciblent avant tout à prévoir les petits délits. Ce n'est pas encore le cas des plus gros...

 

Nouvelle carte bleue sécurisée : pourquoi les banques ciblent particulièrement la petite délinquance

En quoi la nouvelle génération de carte bancaire apporte-t-elle un supplément de sécurité sans pour autant tout résoudre ?

Michel Ruimy : Rappelons le contexte. La carte bancaire est le moyen de paiement préféré des Français, qui n’hésitent plus à user de ce support pour acheter sur l’Internet (Le chiffre d’affaires estimé du commerce en ligne devrait atteindre 65 milliards d’euros en 2015) et pour payer dans les commerces de proximité. Mais, revers de la médaille, la fraude prospère malgré d’incessantes innovations techniques. 840 000 personnes en ont été victimes, en 2014, pour un montant de près de 500 millions d’euros, dont 153 millions pour la fraude sur l’Internet, essentiellement basée sur l’usurpation du cryptogramme (numéro à trois chiffres se trouvant au verso de la carte, permettant de sécuriser un paiement sur l’Internet).

Aujourd’hui, afin de mieux lutter contre la fraude à la carte bancaire, les plus grands fabricants de cartes (Gemalto et Oberthur) ont lancé, ces derniers mois, un système visant à rendre éphémère le cryptogramme de sécurité, actuellement gravé et définitif. La nouveauté réside en un petit écran de quelques millimètres affichant un code, automatiquement modifié périodiquement (toutes les 20 minutes). Cette carte est ainsi équipée d’une horloge interne. On passe, par là même, d’un cryptogramme visuel gravé et définitif à une version, dynamique et éphémère.

Ces nouvelles cartes bancaires sont déjà en phase de test auprès de certains clients de la plupart des grands réseaux bancaires. Si, sur la carte elle-même, le changement est minime (même largeur, agilité, finesse, robustesse, touché), l’avantage incontestable est qu’en cas de vol de données, sur l’Internet par exemple, l’usurpateur n’aura que quelques minutes pour faire des achats.

 

Quels sont, en quelques mots, les avantages concrets pour le consommateur d'avoir cette nouvelle carte ? 

Tout d’abord, cette solution est d’autant plus intéressante qu’elle ne modifie en rien les usages traditionnels de la carte tant pour le consommateur que pour le commerçant.

Ensuite, tout le monde a à y gagner. Pour les commerçants et les sites de vente en ligne, les consommateurs, même les plus frileux, se sentiront plus en sécurité et devraient donc acheter plus aisément. Les banques y gagneraient aussi : lors de piratage informatique de leurs clients, elles s’engagent à indemniser leurs clients. Si le système est sécurisé, il devrait y avoir moins de clients piratés et, en définitive, plus d’économies pour les établissements.

Notons, toutefois, que les établissements financiers s’accordent un délai de réflexion pour le développement à grand échelle de cette carte bancaire plus sécurisée. La seule question qui se pose alors, est celle de savoir sur qui sera répercuté le coût de cette nouvelle technologie ? Les banques ? Les commerçants ? Les clients ? Les banques doivent trancher rapidement. Les associations de consommateurs se méfient déjà car cette carte serait l’occasion d’imposer des charges financières supplémentaires à l’utilisateur.

Quels sont, concrètement, les risques qui demeurent ou se rajoutent à cette nouvelle carte bancaire ?

« Lutter contre la fraude » est le leitmotiv des banques françaises qui mettent en place cette carte bancaire « nouvelle génération ». Grâce à cette innovation, les fraudeurs auront plus de mal à récupérer les données bancaires. En ce sens, les nouvelles cartes bancaires sont une avancée car le développement de cryptogramme éphémère est une solution d’authentification forte.

D'autres technologies sont à l'étude. Des Fin Tech (entreprises spécialisées dans la technologie financière) étudient notamment la possibilité de passer, pour ce qui concerne la sécurité des paiements, par une authentification biométrique (identification par empreinte digitale ou encore par reconnaissance faciale via le téléphone mobile). Mais ce type d’innovation se heurte, pour l’instant, à une autorisation de la Cnil (Commission nationale informatique et libertés). Ainsi, la carte bancaire du futur n’est pas le seul moyen de paiement à l’étude pour lutter plus efficacement contre la fraude.

Mais, il faut reconnaître qu’il n’existe pas de recette miracle pour empêcher la fraude, quel que soit le domaine car, en la matière, l’inventivité humaine est infinie.

Ces innovations ne centrent-elles pas les efforts plus sur la petite délinquance que sur la grande délinquance ?

A une époque où la cyber-sécurité devient un enjeu de plus en plus important, les banques misent sur la technologie pour faire face à la fraude en masse. La carte bancaire de demain sera ainsi de plus en plus truffée de technologies, aussi innovantes que révolutionnaires… jusqu’à ce qu’elle soit remplacée.

Dans cet environnement, les établissements financiers doivent arbitrer entre une fraude de faible valeur unitaire mais de grand volume et celle de grand montant mais de faible fréquence. En plus, ils sont confrontés à la gestion d’une population d’utilisateurs, observant parfois peu les règles de prudence en matière d’usage de carte bancaire alors que la fraude de grand montant nécessite une plus grande expertise à laquelle ils savent faire face. La nouvelle technologie s’inscrit dans cette démarche : limiter la petite délinquance qui, au final, lui coûte beaucoup.

Michel Ruimy
Atlantico 

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