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Repenser la grille de lecture du cancer : entretien avec le chercheur Laurent Schwartz

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 19 Janvier 2016, 12:53pm

Catégories : #Santé

 

Cancérologue et chercheur à Polytechnique, Laurent Schwartz est l’auteur de  » Cancer : guérir tous les malades. Enfin ?  » (Éditions Hugo & Cie). Propos recueillis par Manon Dampierre

 

En quoi consiste l’approche métabolique que vous défendez ?

Laurent Schwartz : Dans les années 1930, une équipe de prix Nobel allemands, dont Otto Warburg, a établi que le cancer était un mode de fermentation : les cellules captent du glucose en grande quantité qu’elles ne parviennent pas à brûler. Donc, elles grossissent et essaiment, pour des raisons purement mécaniques. Considérer le cancer comme une maladie métabolique proche du diabète ouvre le champ des possibles : celui d’une prise en charge rapide des malades à partir de thérapies simples et bon marché, basées sur une combinaison de molécules déjà présentes dans notre pharmacopée. J’ai commencé à publier des articles scientifiques autour de cette hypothèse dès les années 2000. Aujourd’hui, je propose un traitement gratuit à une centaine de patients diagnostiqués comme incurables. Nos résultats cliniques combinés à ceux d’autres équipes suggèrent une forme d’efficacité, marquée par un ralentissement de la progression de la maladie. Mais nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements.

 

La recherche a-t-elle fait fausse route en misant sur la génétique ?

Aujourd’hui, nous continuons à traiter le cancer sur la base d’une idéologie guerrière écrite dans les années 1910-1920, opposant les bons (notre système immunitaire) et les mauvais (les cellules cancéreuses). L’objectif : éradiquer l’ennemi par des frappes chirurgicales et l’usage d’armes chimiques (chimiothérapie) ou nucléaires (radiothérapie). Des projets « Manhattan » [NDLR : du nom du programme américain qui donna naissance à la bombe atomique], coûteux, se sont multipliés sans entraîner de révolutions. Depuis quarante ans, la recherche en cancérologie s’est orientée vers la génétique pour comprendre pourquoi les cellules devenaient « méchantes » et comment les tuer grâce à des thérapies ciblées, moins toxiques que la chimiothérapie. Or, le nombre de morts du cancer par tranche d’âge pour 100 000 habitants n’a que peu diminué depuis soixante ans. Alors que les progrès de la médecine ont permis de vider les sanatoriums, les résultats des traitements contre le cancer restent limités. Face à ce piétinement, deux possibilités : continuer à étudier les anomalies du génome ou repenser et par là simplifier la grille de lecture du cancer.

Selon moi, la recherche s’est focalisée sur le détail alors que la maladie recèle un dysfonctionnement plus simple : un problème de digestion du sucre. Je suis persuadé que nous avons plus à gagner en nous concentrant sur ce qui est invariant entre les cancers plutôt que sur ce qui les différencie. Le monde de la cancérologie est traversé par des conflits idéologiques et des phénomènes de mode qui ont mis la génétique au premier plan. Mais aujourd’hui, l’étude du métabolisme est en train de devenir l’idéologie dominante.

 

Gardez-vous espoir d’éradiquer ce fléau ?

La société s’est progressivement habituée aux nombreux morts causés par le cancer et aux souffrances, physiques et psychologiques, qui l’accompagnent. À l’inverse de maladies plus récentes comme le sida ou Ebola, il existe une forme de résignation, qui s’explique par le fait que l’épidémie progresse implacablement mais lentement. Il faut arrêter de considérer le cancer comme une fatalité, une maladie mystérieuse et incompréhensible. Dans le domaine de la recherche, les choses peuvent évoluer rapidement. Tout est une question de volonté et d’absence de peur. Aujourd’hui, l’approche métabolique commence à gagner les cercles scientifiques. Le temps du cancéreux n’est pas celui de la recherche institutionnelle : de leur côté, les patients déploient une énergie impressionnante et se mobilisent pour tester de nouveaux traitements. Ceci est possible car de nombreux médicaments sont déjà prescrits dans d’autres indications comme le diabète. Les vraies révolutions surviennent quand on ne les attend pas.

Association contre le cancer

(Photographie de Vanda Spengler)

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