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Découverte d'une molécule qui permet la lutte contre le paludisme

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 3 Février 2016, 13:05pm

Catégories : #Sciences

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Une information sort discrètement dans les machines à bruits et les canards laquais : le brevetage par un institut public de recherche français, l' « Institut de recherche et développement » (IRD) d'une molécule issue d'un petit arbre des forêts de Guyane, le Quassia amara. Molécule permettant de lutter contre ce fléau qu'est le paludisme. On pourrait dire bravo et merci à ces chercheurs. Sauf que...

Sauf que les chercheurs de l'IRD n'auraient rien trouvés s'ils n'avaient pas interrogés les communautés guyanaises Palikur et Kali'na pour connaître leurs remèdes traditionnels, leurs modes d'emplois, leurs effets. Sans les indigènes, qui aurait pensé à cette plante, et qui aurait compris son potentiel ? Les « chercheurs » ont pourtant« oublier », pour breveter ces savoirs, de demander l'autorisation des peuples premiers et, évidemment de les associer de quelques manières que ce soit aux bénéfices de ces brevets. Bonjour l'éthique ! Si ce n'est pas du vol, ça y ressemble.

Nous sommes dans un cas d'école d'accaparement de savoirs ancestraux et de ressources biologiques « puisés » pour ne pas dire volés à des peuples autochtones par des firmes pharmaceutiques ou cosmétiques. Parce que les vertus médicinales et insecticides des feuilles de Quassia amara sont connues et utilisées depuis longtemps par les peuplades amérindiennes d'Amérique latine, notamment contre le paludisme ! C'est la Fondation France Liberté qui a soulevé le lièvre en faisant opposition auprès de l'Office européen des brevets.

Mais les spoliés n'ont pas l'intention de se laisser faire. Mardi 26 janvier, le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre dit avoir appris « avec grand étonnement », le dépôt d’un brevet sur une « espèce typique de la pharmacopée traditionnelle locale » et dénonce « l’absence totale d’éthique de la part de ces chercheurs ».

La méthode est bien rodée pour piller les savoirs autochtones. Sous couvert de recherches scientifiques, une entreprise – institut comme l'IRD, laboratoire pharmaceutique, firme cosmétique, etc. - envoie une équipe étudier une communauté indigène, en Amazonie, en Afrique, à Bornéo, etc. Les « explorateurs » font ami-ami puis s'intéressent de près à l'utilisation des plantes, de la pharmacopée locale. Ils rapportent des échantillons et les confient aux techniciens et laborantins maisons. Ceux-ci extraient le principe actif, isolent la molécule efficace possédant les vertus recherchées. La firme élabore alors un produit à partir de ce rincipe actifs et dépose un brevet. S'accaparant dès lors sous forme de « royalties » tous les bénéfices de la plante en question. En fait, elle n'a rien « découvert », elle n'a rien inventé, elle a volé un savoir ancestral. Les firmes biopirates s'appuient sur le flou juridique actuel autour de l’autorisation ou non de breveter le vivant. La situation actuelle oblige les peuples détenteurs des savoirs et utilisateurs des ressources à apporter la preuve qu'ils utilisaient et connaisaient les principes actifs des plantes avant le dépôt du brevet ! Bonjour l’escroquerie...

Ça devrait changer. En effet, les sénateurs ont votés, le 26 janvier, une « loi bio diversité. » Il s'agit en fait de transcrire dans la loi française le « protocole de Nagoya » visant à encadrer l'exploitation des ressources génétiques naturelles et de lutter contre la biopiraterie. Il serait temps. En effet, si 90 % de la biodiversité se trouve dans les contrées du Sud, 90 % des brevets correspondants à l'utilisation des substances issues de cette biodiversité « sudiste » appartiennent aux Etats-Unis et à moindre titre à l'Europe et au Japon. Ceci à travers ces « grands altruistes » que sont les firmes agrochimiques, biotechnologiques, pharmaceutiques, semencières, cosmétiques...

Aux voleurs !

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