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Tension entre Russie et Turquie : « Un événement incontrôlé peut provoquer un basculement »

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 16 Février 2016, 22:24pm

Catégories : #Nouvel ordre mondial

L'escalade verbale de ces derniers jours suscite des inquiétudes concernant la possibilité d'une confrontation directe entre Moscou et Ankara. L'analyse du politologue turc Ahmet Insel.


© Fournis par Le Figaro Des tanks turcs, stationnés à Kilis, près de la frontière syrienne, le 16 février 2016.

Les relations se tendent, une nouvelle fois, entre la Turquie et la Russie. Le premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu a dénoncé avec véhémence, mardi matin, les bombardements aériens menés par la Russie, soutien du régime de Damas, en Syrie.

«Depuis le mois de septembre, ces avions barbares, lâches et cruels, bombardent la Syrie sans faire aucune distinction entre les civils, les enfants et les militaires», a lancé Ahmet Davutoglu lors de sa harangue hebdomadaire devant les députés de son parti. Le politologue turc Ahmet Insel*, qui livre au Figaro son analyse sur la situation géopolitique de la région, estime «l'escalade est déjà en cours» entre les deux pays.

Le Figaro. - Aujourd'hui, le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a dénoncé les frappes menées en Syrie par la Russie. Quelle est la position globale de la Turquie vis-à-vis des actions menées dans ce pays déchiré?

AHMET INSEL. Ce matin (mardi - Ndlr) effectivement, la Turquie a vivement critiqué la stratégie de Moscou. Toutefois, depuis près de trois jours, les Turcs bombardent des positions Kurdes. Des frappes ont notamment eu lieu, ce matin, sur des territoires contrôlés par le YPG, les unités de protection du peuple (la branche armée du Parti de l'union démocratique kurde syrien, ndlr).

Donc quand Ahmet Davutoglu critique ces bombardements, il y a une certaine ambiguïté puisque la Turquie n'en fait pas moins avec les Kurdes, d'une certaine manière. Toutefois, il est nécessaire de préciser que les frappes de l'armée turque font peu de morts et sont moins efficaces. Il y a plus de bruit que de résultats.

Vis-à-vis de la coalition internationale, la Turquie a ouvert une base aérienne pour permettre aux différents pays engagés contre Daech de faire des frappes en Syrie. A priori, le pays soutien ces bombardements sans toutefois agir. Et ce, pour une bonne raison: la Turquie n'a aucune possibilité de faire voler des avions sur l'espace syrien à cause de la menace russe. Depuis que la Turquie a tiré sur des avions russes, ces derniers ont mis en place des fusées air-sol le long de la frontière .

Que tente de faire la Russie?

Manifestement, Moscou souhaite annihiler toute présence rebelle dans le nord de la Syrie. Cela passe par des bombardements sur des hôpitaux, comme hier à Marat Al-Numan, des écoles, des lieux publics. Les Russes veulent rendre la région invivable pour les rebelles.

L'armée syrienne bombarde aussi. Sa stratégie est assez similaire: il s'agit de vider de la région les forces de l'opposition pour créer une sorte de “no man's land” et éventuellement de laisser les forces kurdes prendre le contrôle de ces zones. Cette possiblité rend totalement nerveuse la Turquie.

Se dirige-t-on vers une escalade des tensions entre la Turquie et la Russie?

L'escalade est déjà en cours. Les mots sont de plus en plus forts, Davutoglu a fait une sortie très violente ce matin sur la Russie, l'accusant de se livrer à des crimes de guerre. En même temps, Moscou et Bachar el-Assad ont déposé, auprès du conseil général de l'ONU, une plainte contre la Turquie après les bombardements dans des zones kurdes. Le risque d'un basculement dans la guerre n'est plus totalement exclu. Si la Turquie n'était pas membre de l'Otan, une confrontation directe avec la Russie aurait déjà pu avoir lieu. On est très proche d'un conflit, il peut y avoir, à tout moment, un basculement à cause d'un événement incontrôlé.

*Ahmet Insel est politologue en Turquie et vice-président de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il est l'auteur de La nouvelle Turquie d'Erdogan (La Découverte, mai 2015).

 

Commenter cet article

emilien 17/02/2016 12:53

l'huile sur le feu =USA

la pie qui chante 17/02/2016 08:59

La création d un etat reconnus et legitime des Kurdes les genent, non la Turquie ne reprendras jamais sa place passé au moyen orient, les temps change et leur menaces et provocations sont justes puérils et pathethique la Turquie est juste dangereuse....

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