On peut tout acheter sur internet, comme en témoigne le site leboncoin. Avec son annonce choc de vendre leur ferme pour 1 euro symbolique, une habitante de Saint-Laurent-des-Autels dans le Maine-et-Loire, Mélissa Chevalier, s’en est servie comme d’une tribune. « À vendre dans quelques mois non pas pour cause de retraite, ni de maladie mais pour ma survie et celle de mes enfants », peut-on lire. Elle y décrit également les prix bas, les contraintes financières mettant en difficulté l’exploitation laitière de son mari Arnaud, 32 ans, installé depuis 5 ans avec ses parents. « La France arrivera à faire mourir de faim ceux qui la nourrissent », ajoute-t-elle encore.

La semaine dernière, Arnaud a menacé de tout arrêter, de vendre, quitte à chercher un travail d’ouvrier, mais surtout pas dans l’agriculture. « Ce métier c’est sa passion, il sera malheureux s’il change. Et surtout, la ferme c’est une histoire de famille. Elle a appartenu à son grand-père, à son père. Il ne peut pas être responsable de cet échec, alors qu’il a de très bons résultats laitiers, qu’il a fait des investissements raisonnables… », prévient Mélissa.

Une preuve d’amour

Dans cette volonté d’abandon, elle ne reconnaît pas son mari,« d’habitude très positif, engagé ». Il est président de la Cuma (coopérative d’utilisation de matériel agricole) de la commune et a participé à toutes les manifestations agricoles dont les blocages de centrales d’achat du secteur, y compris mardi dernier.

 

Cette annonce sur leboncoin est aussi une belle preuve d’amour.« Je l’ai fait pour lui, pour lui montrer qu’il n’était pas tout seul ».« Sans que je le sache. Elle se préoccupe de moi, de la situation. J’ai été très touché », confirme Arnaud, encore ému. Et de préciser aussitôt, « ça ne me gêne pas de me lever tôt le matin, de bosser le week-end, je le savais quand je me suis installé. J’aime bien travailler mais pas pour la gloire. » Son épouse de 29 ans s’excuse presque que la famille (ils ont trois enfants) ne soit pas « dans une situation hyper critique, car heureusement j’ai un travail à côté ». Sauf que la ferme survit grâce « à la trésorerie », à l’argent mis de côté les années précédentes, mais qui « fond comme neige au soleil ».

« Tiens bon mon gars »

Les réactions suite au passage de l’annonce ne se sont pas faites attendre. Qu’autant de monde soit réceptif les a surpris. « 2 000 l’ont lu dès le premier jour et 28 000 en une semaine. Surtout on a reçu près d’une cinquantaine de mails de soutien », détaille Mélissa « Je suis de tout cœur avec vous » ; « On a été comme vous dans la galère avec les quotas, mais on est content d’être encore debout » ; « Ça va changer, ça va bouger » ; « Tiens bon mon gars, on est dans la même galère, garde le moral ». « J’ai pris le temps de les lire dimanche et ça m’a fait du bien », confie Arnaud.

Pour l’heure, il ne veut pas vendre. Il cherche plutôt un associé, car son père est en arrêt maladie et ne reprendra probablement pas le travail. Quant à sa mère, elle sera à la retraite en janvier prochain.« Je cherche un jeune qui veut s’installer, précise Arnaud. Et qui serait suicidaire », ajoute-t-il en plaisantant.

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