Le Nouveau Paradigme

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L’Injustifiable Calendrier Vaccinal Calédonien

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 21 Mars 2016, 07:15am

Catégories : #Santé

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La Nouvelle-Calédonie est un territoire français compétent en matière de santé : il établi son propre calendrier vaccinal, avec les vaccinations obligatoires et recommandées. Notre stratégie vaccinale, qui est officiellement établie selon notre contexte épidémiologique et les recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), est l’une des plus lourdes qui existent. 10 maladies sont ainsi obligatoirement soumises à la vaccination, c’est 7 de plus que dans l’hexagone national. Notre calendrier vaccinal, qui ne laisse pratiquement aucune chance aux libertés individuelles, nous est imposé sans explication. Les autorités compétentes peinent à justifier leurs choix, et se réfugient dans un silence dérangeant. La transparence scientifique et politique n’est visiblement pas l’apanage de nos décideurs. Faut-il se faire vacciner contre tout et n’importe quoi ?

La vaccination, ça se discute (et se justifie surtout) !

Me voilà parti pour la première fois sur le sujet délicat de la vaccination en Nouvelle-Calédonie, et j’imagine déjà les commentaires qui vont fuser en me traitant « d’anti-vax » de première catégorie (le célèbre terme du moment), de rétrograde, de représenter un danger pour les populations, les enfants et les séniors ou bien même d’appartenir à une secte vantant les terribles dangers de la vaccination…

Il n’en est rien. Comme tous les sujets relatifs à la santé et à la prise de médicament avec des effets secondaires, la vaccination est un sujet qui DOIT ABSOLUMENT être discutée, débattue sereinement afin de peser le pour et le contre de cet acte intrusif, comme le souligne très justement Thierry Souccar de Lanutrition.fr.

L’obligation vaccinale, ou l’obligation de soins de manière générale, est une restriction des libertés individuelles qui doit impérativement s’appuyer sur des « arguments très solides d’urgence sanitaire », comme le souligne l’un de mes correspondants médecin sur ce sujet.

Nous sommes aujourd’hui à l’aube d’un débat national sur la vaccination en France. Un débat tout d’abord verrouillé par Marisol Touraine, puis finalement accepté et annoncé publiquement, car c’est un débat nécessaire.

Cette discussion nationale va uniquement se pencher sur trois maladies à vaccination obligatoire en France, le DT-Polio (ou plus simplement DTP), alors qu’en Nouvelle-Calédonie, un territoire français, nous avons un calendrier vaccinal fortement contraignant, qui limite le plus notre liberté fondamentale de disposer de notre corps.

Alors avec ce billet, je vais me permettre d’ouvrir le débat sur la vaccination obligatoire en Nouvelle-Calédonie, une situation que de nombreuses personnes jugent extrême.

Par exemple, le médecin Marc Girard n’y va pas avec le dos de la cuillère sur notre calendrier, qui serait selon lui « fixé au jugé, généralement par des gens incompétents et sans la moindre évaluation épidémiologique sérieuse… ».

Voilà qui est dit.

L’incroyable situation calédonienne

BCG (contre la tuberculose) et Hépatite B dès la naissance, une seconde injection contre l’hépatite B un mois plus tard, avec un nouveau vaccin à l’âge de deux mois : un pentavalent (qui agit contre cinq maladies) pour la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite (le fameux DTP), la coqueluche acellulaire et l’haemophilus b [1]. Un mois plus tard, seconde injection du pentavalent, et rebelote le mois suivant.

Dès l’âge d’un an, le petit calédonien aura déjà reçu 8 injections contre 10 maladies, sans avoir la possibilité de choisir. Si les parents décident de suivre en plus les vaccins recommandés, et qu’ils tombent malheureusement durant une période à risque, ce sera 12 injections pour 12 maladies. Finalement on pourrait rajouter une 13ème injection, celle contre les papillomavirus responsables du cancer du col de l’utérus, dès 12 ans. On n’est pas trop mal là non ?

Le calendrier vaccinal calédonien mérite donc amplement sa place dans le Guinness Book des records. Mais n’avons-nous pas là un triste record ? Dangereux peut-être, ou bien inutile, est-ce que tout cela est-il bien justifié ?

La mise en place du calendrier vaccinal calédonien

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D’après les informations officielles délivrées par la Direction des Affaires Sanitaires et sociales (DASS), le calendrier vaccinal est entériné par le législateur aux Congrès de la Nouvelle-Calédonie selon deux délibérations :

N°21/CP du 4 mai 2006
N°45/CP du 20 avril 2011
D’après mes informations, un comité d’experts regroupant des professionnels de la santé (médecins, virologues, infectiologues, etc.) se réunirait une fois par an pour donner son avis sur le caractère obligatoire ou recommandé des vaccins, qui sera ensuite soumis aux élus.

A la DASS, trois personnes sont responsables de défendre le calendrier vaccinal actuel :

Mme Pfannstiel (médecin responsable de la vaccination)
Mme Chantoiseau (pharmacienne)
Mme Ducrocq (pharmacienne)
J’ai par la passé envoyé plusieurs e-mails à Mme Pfannstiel pour lui poser des questions sur le calendrier vaccinal local, sur le nombre légèrement élevé de vaccins et de maladies obligatoires et sur mes doutes quant aux conseils de certaines institutions sérieusement plombées par les conflits d’intérêts de ces membres.

Toutes mes demandes sont restées lettres mortes, et cela serait normal selon les dires d’une jeune journaliste qui a pu interviewer nos trois professionnels de la DASS, car ces questions nécessitent l’accord de la hiérarchie pour y répondre.

Heureusement pour moi, cette fameuse journaliste a publié une interview sur son blog personnel et nous permet d’en savoir un peu plus sur les arguments de nos décideurs en matière de santé publique et de vaccination.

Vous allez découvrir par vous-même que les arguments avancés sont parfois très limites, parfois déconcertants, et bien souvent en dehors de toute réalité scientifique et objective.

L’inexistante justification du calendrier vaccinal local

Ainsi, selon Anne Pfannstiel, notre « calendrier vaccinal serait vraiment simplifié pour se rapprocher le plus possible du calendrier métropolitain », soulignant « quelques particularités » qui ressembleraient plus aux « DOM TOM comme Mayotte ou la Guyane ».

Est-ce que par « simplifié » Mme Pfannstiel veut dire que l’on a décidé de tout rendre obligatoire pour faciliter à la fois la vie des futurs vaccinés et celle des professionnels de la santé ?

N’est-il pas plutôt étrange de dire dans la même phrase que l’on désire se rapprocher le plus possible du calendrier vaccinal métropolitain (avec un seul vaccin obligatoire, le DTP) quand on rend obligatoire sept vaccins de l’autre côté ?

Finalement n’est-il pas un peu étrange d’ajouter des « particularités » au grès des envies et d’autres exemples sur d’autres territoires pour justifier un calendrier vaccinal extrêmement lourd ? Voire.

La doctoresse de la DASS termine sans laisser le moindre doute :

« Tous les vaccins, à part le DTP également obligatoire en Métropole, sont justifiés par notre épidémiologie locale »

Justifié par notre épidémiologie locale ?

A ma demande, j’ai fait analyser nos données épidémiologiques locales par une professionnelle de la question basée en métropole, qui a notamment rédigé un ouvrage sur la vaccination, et qui m’indique qu’il n’existe pas en Nouvelle-Calédonie d’arguments solides justifiant un calendrier vaccinal aussi lourd.

Selon elle, « cette obligation n’est jamais un signe de bonne santé démocratique » et si l’on regarde les données épidémiologiques, « il n’y a pas, à priori, un taux plus important pour les maladies à prévention vaccinale en Nouvelle Calédonie qu’en métropole depuis le début des années 2000. »

Cette situation extrêmement intrigante en Nouvelle-Calédonie, si j’ose dire, a beaucoup perturbé la Ligue Nationale Pour la Liberté des Vaccinations que j’ai contacté pour avis, et qui ont tout simplement cru que je me trompais sur le calendrier vaccinal local et que je confondais vaccination obligatoire et recommandée… Bref, j’ai dû abandonner.

J’ai bien entendu contacté, et a plus de quatre reprises, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) pour avoir son avis officiel sur la situation néo-calédonienne, puisqu’il aurait donné à priori des recommandations à nos experts locaux. Nul besoin de vous préciser que je n’ai jamais reçu de réponse, malgré les demandes répétées et pas loin d’un an d’attente.

J’en reviens donc aux Trois Dames de la vaccination calédonienne, qui peine à justifier le calendrier vaccinal, en avançant des arguments émotionnels ou des comparaisons douteuses :

« En Afrique ils subissent toujours la polio […] »

Ou bien :

« Les gens oublient qu’on vient de très, très loin. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas connu les épidémies, la poliomyélite etc. Pour les adultes qui ont connu ça, ça leur parait impensable de ne pas se faire vacciner. »

A propos de la tuberculose, le docteur Pfannstiel se justifie :

« Ici les gens vivent en tribu, il y a de la promiscuité : c’est d’autant plus important de les vacciner ».

Finalement, nos trois spécialistes justifient l’obligation du ROR (cf. rougeole, rubéole et oreillon) à cause d’une épidémie survenue en 1989…

Aucun autre vaccin obligatoire n’est justifié comme il devrait l’être au cours de cette interview très instructive.

Qu’en est-il de l’hépatite B pourtant obligatoire ?

Selon les professionnels indépendants que j’ai sollicité « la Nouvelle Calédonie suit les recommandations de l’OMS (vaccination à la naissance dans tous les pays) qui ne se justifient franchement pas dans des pays où la prévalence de l’hépatite B chronique est faible et où on a les moyens de faire une sérologie hépatite B aux femmes pendant la grossesse ».

Toujours selon ce professionnel, les risques peuvent facilement se prévenir par une « prophylaxie à la naissance, comme cela se pratique systématiquement en France », alors qu’une transmission verticale de la mère à l’enfant « est très rare ».

Pour ce qui est précisément de la vaccination contre l’hépatite B, le docteur Marc Girard qui s’est montré très dur sur notre calendrier vaccinal, et qui est l’un des professionnels les plus au fait du rapport bénéfice/risque de ce vaccin, nous indique que nous avons des « idées très vagues sur la durée de protection qu’il confère ».

Vraisemblablement il n’est pas certain que les nourrissons vaccinés qui arriveront à l’âge supposé à risque seront « effectivement immunisés ».

J’ai confronté les données épidémiologiques de la Nouvelle-Calédonie à l’analyse du docteur Girard, et ses conclusions sont limpides.

Sur les chiffres présentées, le docteur insistent qu’ils « ne disent absolument rien sur la gravité des hépatites ainsi déclarées », et rajoutant que « dans l’immense majorité des cas (plus de 95%), l’hépatite B est une maladie bénigne, spontanément résolutive ».

Le spécialiste complète que « compte tenu de l’efficacité parfois problématique du vaccin, il convient donc de se demander combien de cas graves sont évités par une vaccination obligatoire ». Toujours selon le Dr. Girard, « pas beaucoup, à l’évidence. »

Dans la lignée du docteur Girard, les informations que j’ai obtenu de la part d’un autre spécialiste nous éclairent davantage sur le rôle de cette vaccination obligatoire. Ainsi, l’Italie s’est pliée « très rigoureusement » aux recommandations de l’OMS en la matière, avec une couverture vaccinale proche de 100% pour les nourrissons.

Malgré cette forte couverture vaccinale, la prévalence de l’hépatite B (de 1 à 2 pour 100.000 personnes) étaient la même qu’en France, ne bénéficiant que d’une couverture vaccinale de 40% environ (en 2008).

Autre élément intéressant et important, et selon un document fourni par le groupe d’experts de l’OMS en charge des questions de l’hépatite, il n’existerait pas d’étude qui démontre « la persistance de la protection vaccinale au-delà de l’âge de 15 ans chez un nourrisson vacciné pendant les premiers mois de vie ».

Nous avons donc un vaccin obligatoire avec possiblement une efficacité toute relative, un manque flagrant de données épidémiologiques sérieuses et précises, tout en exposant une large partie de la population « aux complications de la vaccination », selon le docteur Marc Girard.

Avant de passer sur les risques potentiels pour la santé des nourrissons, et notamment à cause de l’écotoxicité de l’aluminium contenu dans certains vaccins est aujourd’hui avérée (à vérifier ICI, ou encore LA, ou bien LA), on va se plonger sur d’autres vaccins obligatoires.

La coqueluche, obligatoire pour les bébés calédoniens !

Selon les informations que j’ai pu recueillir auprès des spécialistes de ce sujet, le vaccin contre la coqueluche ne bénéficierait que de « peu de données sur la durée de protection » contre cette maladie.

Le vaccin anti-coquelucheux acellulaire aurait démontré « sa faible efficacité, qui va en décroissant au fur et à mesure des rappels, ce qui a notamment été mis en évidence aux Etats Unis lors d’épidémies en Californie et à Washington, où l’on a pu constater que des enfants entièrement vaccinés étaient infectés par la coqueluche, ce qui a donné lieux à des publications peu discutables dans des journaux prestigieux » [2] [3].

Malheureusement, ce point majeur soulevé par le professionnel de la santé que j’ai contacté est soutenu par plusieurs études récentes qui pointent du doigt l’efficacité décroissante du vaccin [4], ou bien pour contrôler les épidémies de coqueluches [5].

Est-ce que cette littérature scientifique a été étudiée par nos responsables locaux et le comité d’experts ? Permettez-moi de douter.

ROR, une autre obligation vaccinale discutable ?

Dans cette partie, je vais principalement discuter le cas de la rougeole, incluse dans ce vaccin trivalent (avec les oreillons et la rubéole).

D’après le document fourni par la DASS, il n’y a eu aucun cas de rougeole depuis les années 2000.

Voici ce qu’il faut retenir à propos de cette vaccination, et d’après le très long document extrêmement bien fourni d’une spécialiste de la rougeole :

La rougeole est une maladie bénigne pour l’immense majorité des personnes en bonne santé qui ne présentent pas un terrain favorable à la maladie.
Les cas graves liés à la rougeole, impliquant des hospitalisations et parfois des décès se rencontrent principalement chez les personnes immunodéprimées (immunodépression congénitale ou acquise), chez les adultes, ou dans les cas graves de malnutrition
Le taux de létalité (ou de mortalité) de la rougeole est inférieur à celui de la grippe, de l’ordre de 1 pour 10.000 cas.
L’immunité conférée par le vaccin contre la rougeole est limitée dans le temps pour une durée de 25 ans environ.
La vaccination contre la rougeole, une maladie bénigne pour rappel, possède des effets indésirables (parfois graves), des contre-indications et des précautions d’emplois qui invitent fortement à raisonner son utilisation
Parmi ces effets indésirables, nous avons des urticaires, l’œdème de Quincke, des sifflements respiratoires ainsi que des réactions allergiques sévères. D’autres cas plus rares mais graves comme la diminution des plaquettes sanguines, l’encéphalopathie, ou les convulsions fébriles ont également été reportés pour ce vaccin.
Malgré une couverture vaccinale optimale, comprise entre 85 et 95%, les populations locales ne sont pas à l’abri des épidémies localisées de rougeole à cause des personnes non vaccinées (même à 90% de couverture vaccinale).
Pire encore, une couverture vaccinale trop élevée empêche la libre circulation du virus « sauvage » qui provoque dans la majorité des cas des infections asymptomatiques et qui confère une immunité supérieure dans le temps et dans la qualité comparée aux personnes vaccinées.
Cette vaccination massive en Nouvelle-Calédonie peut déplacer l’âge de la survenue de la maladie où l’on observe les complications les plus graves et où le vaccin devient inefficace, rendant ainsi la population locale de plus en plus dépendante du vaccin.
Selon toutes les données sérieuses sur ce sujet, le rappel de la rougeole est inutile et n’apporte pas de protection supplémentaire, contrairement à ce que semble croire les responsables de la DASS sur la vaccination.

Finalement, et selon les commentaires des spécialistes sollicités, est-ce qu’il faut poursuivre cette campagne de vaccination lourde, avec des effets indésirables parfois graves et documentés, pour une maladie bénigne dans un territoire développé, au risque de rendre tout une partie de la population sujette à des cas graves de rougeole ?

Plus précisément, et selon les dires de la spécialiste Michal-Teitelbaum, « est-ce qu’une politique de contrôle, centrée sur la protection des personnes fragiles, ne serait pas plus raisonnable ? ».

Que faut-il penser du BCG anti-tuberculeux ?

Le vaccin Bacille Calmette et Guérin (BCG) est obligatoire en Nouvelle-Calédonie dès la naissance pour lutter contre la tuberculose. En 2013 l’incidence de la tuberculose était de 17,7 cas pour 100.000 personnes, avec notamment une incidence moindre (11,5) en Province Sud et encore plus faible dans les îles.

D’après nos responsables de la DASS, le BCG serait obligatoire en Nouvelle-Calédonie principalement à cause du mode de vie en tribu et à la promiscuité liée, ainsi qu’à cause d’une incidence jugée élevée où la vaccination serait fortement recommandée.

Sommes-nous dans une « situation sanitaire d’urgence », si je reprends les termes du docteur Michal-Teitelbaum, qui nécessite que l’on vaccine tous les nouveau-nés contre la tuberculose ?

D’après les chiffres officiels de l’Atlas de Nouvelle-Calédonie, 2/3 des calédoniens vivent en zone urbaine, plus précisément dans l’agglomération du Grand Nouméa alors que seulement 23% de la population vivraient tribu. Moins d’un quart donc.

Selon les données de la Banque Mondiale, l’incidence de la tuberculose (toujours pour 100.000 personnes) serait en France de 9, de 6 an Australie ou encore de 12 au Royaume-Uni en 2014. Dans ces trois pays, et malgré une incidence très proche au Royaume-Uni, le BCG n’y est plus obligatoire.

L’Australie de son côté estime que la vaccination obligatoire contre la tuberculose se justifie dans les pays où l’incidence est élevée, supérieure à 50 cas pour 100.000 personnes. Des chiffres étonnamment éloignés de ceux que l’on retrouve en Nouvelle-Calédonie.

Cette situation démographique et épidémiologique, qui ne traduit vraisemblablement pas d’urgence sanitaire (au vu de l’incidence faible et de la minorité de la population vivant en tribu) doit être relativisée par l’efficacité du vaccin BCG.

Malheureusement, le BCG n’est pas un modèle d’efficacité pour lutter contre les formes graves de la tuberculose. Selon la synthèse scientifique la plus récente sur l’efficacité du vaccin, les auteurs indiquent que dans la majorité des cas, le BCG confère une protection pendant seulement 10 à 15 ans [6].

Toujours selon ces chercheurs de l’université de Columbus aux Etats-Unis, l’efficacité du vaccin serait au maximum de 80%, avec parfois des taux très bas selon les populations (27% par exemple, [7]).

Une récente méta-analyse et synthèse de la littérature publiée en 2014 par le Centre de Surveillance et de Contrôle des Maladies Infectieuses indique une protection globale de 19% chez les enfants, lorsque toutes les études sont prises en compte [8]. L’efficacité du vaccin BCG augmente quand les chercheurs prennent en compte des études avec le suivi de la tuberculose.

Sans entrer plus longuement dans les détails, nous pouvons d’ores et déjà nous poser de la question de la légitimité de cette vaccination obligatoire en Nouvelle-Calédonie. Ce point est d’autant plus important que les trois responsables de la DASS semblent justifier l’obligation vaccinale car « la population adhère beaucoup plus facilement » selon Laurence Chantoiseau. Toujours selon la pharmacienne inspectrice, « quand on dit aux gens que le vaccin est recommandé, donc qu’ils ont le choix, ils commencent à avoir un doute ».

Doit-on rendre tous les vaccins obligatoires pour enlever le « doute » à la population calédonienne ? N’est-ce pas là un raisonnement un peu étrange. A vous de juger.

Le cas du pneumocoque et du papillomavirus
Selon l’interview accordée à la jeune journaliste disponible sur la toile, la DASS projetterait de rendre un énième vaccin obligatoire, celui contre le pneumocoque, ainsi que d’abaisser l’âge de la vaccination contre les papillomavirus à 11 ans.

Pour le vaccin anti-pneumocoque (Prevenar), son intérêt réside principalement dans la lutte contre les infections graves que l’on appelle les infections invasives à pneumocoque (IIP), principalement représentées par les méningites à pneumocoques et les bactériémies.

Les méningites représentent les formes les plus graves, pouvant entraîner une mortalité comprise entre 8 et 10% chez les enfants touchés de moins de deux ans. Les séquelles en revanche concerneraient 20% des cas.

En Nouvelle-Calédonie, et d’après les chiffres officiels fourni par la DASS, nous avons en moyenne 8 cas de méningites à méningocoque par an. Ces chiffres nous permettent d’estimer une prévalence de la maladie d’environ 3 cas pour 100.000 personnes, tandis que la métropole arbore 1 seul cas, voire un peu moins, pour 100.000 personnes.

Nous avons donc en Nouvelle-Calédonie une prévalence des méningites à méningocoques plus élevée qu’en métropole, mais est-ce que cette prévalence locale, qui est manifestement faible, justifie de rendre ce vaccin obligatoire ?

Selon les spécialistes que j’ai contacté, à priori non, mais encore faudrait-il que la DASS mette à disposition du public des chiffres plus précis sur la nature exacte des méningites à méningocoques.

Cette question est d’autant plus importante, que dans le cadre d’une vaccination obligatoire avec le Prevenar, nous soumettons plusieurs générations d’enfants à un produit dont « les effets indésirables sont mal connus », selon la doctoresse Claudina Michal-Teitelbaum.

Toujours selon ce médecin, dès le début de la commercialisation du vaccin, « les pédiatres ont relevé l’équivalent de 5 effets graves pour 100.000 doses de vaccin effectué seul ». Parmi ces effets indésirables, nous retrouvons des thrombopénies, également des infections par pneumocoque (principalement à cause d’une modification des sérotypes exercé par le vaccin), jusqu’à la mort du nourrisson.

Le point noir de ce vaccin résiderait selon Mme Michal-Teitelbaum sur l’augmentation paradoxale des décès dus au pneumocoque (notamment enregistré en Australie) tandis que les cas d’infections diminuent [9]. Des résultats similaires ont été retrouvés en Espagne, où l’on observait une augmentation de cas d’IIP d’autres sérotypes chez les enfants [10].

Le vaccin anti-HPV recommandé uniquement ?
En ce qui concerne le vaccin anti-HPV qui doit permettre de lutter contre le cancer du col de l’utérus en luttant contre certaines souches de papillomavirus qui peuvent déclencher les cancers, nous sommes dans une situation où nos instances locales suivent les recommandations officielles.

J’ai déjà traité en détail la question de cette vaccination, qui à ce jour ne devrait pas être recommandé car n’étant pas un problème majeur de santé publique. Je vous invite à lire mes deux billets sur ce sujet, avec notamment une analyse de la pétition du Pr Joyeux, du rapport de l’HCSP et de l’intérêt (vain) de cette vaccination.

Toutefois, j’aimerais rajouter un détail très important que j’ai obtenu de la part de mes contacts professionnels dans le domaine. Selon la doctoresse Michal-Teitelbaum, le vaccin anti-HPV (Gardasil) a bénéficié d’une procédure de mise sur le marché accélérée, un fait « éthiquement inacceptable » selon un billet du Dr. Michal-Teitelbaum.

Cette « procédure accélérée » entraîne avec elle des conséquences potentiellement graves en termes de santé publique, à cause d’une évaluation clinique incomplète du vaccin.

Cette situation inexplicable ne garantit plus l’objectivité dans le report des cas indésirables graves et dans la mesure de l’efficacité réelle du vaccin, et jette encore plus le doute sur un vaccin qui n’a pour le moment jamais démontré son efficacité sur les cancers du col de l’utérus.

Conflits d’intérêts : la naïveté des responsables locaux

Fait majeur à prendre en considération dans l’obligation vaccinale et dans la question des produits pharmaceutiques de manière générale, ce sont les conflits d’intérêts qui gangrènent horriblement les instances décisionnelles, les comités d’experts publics ou bien les groupements scientifiques en charge de réaliser des études pour obtenir des autorisations de mise sur le marché.

Dans l’interview accordée à la jeune journaliste d’un journal local calédonien, les responsables du calendrier vaccinal calédonien ne semblent pas connaître les liens d’intérêts qui unissent une partie importante, et réellement dérangeante, des experts des comités officiels français avec les sociétés pharmaceutiques.

Ainsi, Frédérique Ducrocq, pharmacienne en charge de la vaccination à la DASS défend dans l’interview que le « Haut Conseil de la Santé Publique n’a pas de lien avec des industriels de la santé ».

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Illustration: extrait de mon billet publié sur les conflits d’intérêts des comités de l’HCSP et des groupes d’experts en charge de donner des recommandations de santé.

Cette affirmation démontre malheureusement avec brio la douce naïveté de nos responsables qui imaginent peut-être que nos instances sont totalement indépendantes et que les décisions qui y sont prises sont forcément le reflet d’une analyse objective et d’une collégialité impartiale.

Non, non et non. J’invite fortement les responsables de la DASS à lire l’une de mes enquêtes sur le HCSP et notamment sur ces positions quant aux vaccins anti-HPV.

Dans cet article, je révélais que sur les 47 experts des deux comités en charge de traiter le sujet de la vaccination (CTV et CSMT), seulement 17 experts sont indépendants, tandis que les 27 autres présentaient des conflits d’intérêts avec les firmes pharmaceutiques produisant des anti-HPV.

Plus grave encore, d’après une récente veille sur les conflits d’intérêts de l’HCSP que j’ai réalisé il y a quelques mois sur l’ensemble des membres (48 membres cette fois-ci), 32 experts présentent des liens d’intérêts avec des firmes pharmaceutiques de tout bord.

Nous sommes toujours dans une proportion où 2/3 des experts ne sont pas indépendants.

Comment nos responsables locaux peuvent-ils encore penser que nos collèges d’experts, et le sacro-saint HCSP qui donne des recommandations, puissent être 100% indépendants et donc fiables ?

Même si les liens d’intérêts n’expliquent pas tout, et qu’il faut savoir les relativiser et les comprendre à leurs justes valeurs, ce point ne doit pas être ignoré par nos responsables locaux.

L’obligation vaccinale : le résumé d’un acte politique ?

Les experts que j’ai sollicité sont unanime sur ce point : le calendrier vaccinal et les obligations de soins qui s’y référent sont résolument des actes et des décisions politiques, plus que des décisions scientifiques.

Nous l’avons vu, plus ou moins en détail pour chaque vaccin, l’obligation vaccinale généralisée en Nouvelle-Calédonie n’est pas pleinement justifiée par notre fameuse épidémiologie locale, et soumet la population a des risques non négligeables pour la santé, a des coûts pour les systèmes de remboursement de santé, mais surtout a une restriction majeure de la liberté de disposer de son corps.

Les responsables de la DASS doivent impérativement être en mesure de justifier pleinement et scientifiquement le calendrier vaccinal opérant en Nouvelle-Calédonie. Les arguments du type « quand c’est obligatoire, la population adhère beaucoup plus facilement » ne sont pas recevables dans un débat de cette importance.

Nos responsables doivent mesurer toutes les conséquences qu’implique la vaccination, et doivent impérativement raisonner en termes d’urgence sanitaire.

Bien évidemment, les autorités sanitaires doivent impérativement être plus transparentes quant aux prises de décisions des groupes d’experts, ainsi que leurs liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique, un point majeur dans ce délicat sujet.

De nombreuses maladies manquent d’informations pour comprendre pleinement les enjeux de la vaccination en Nouvelle-Calédonie.

Une dimension politique en lien avec des intérêts privés sur le territoire pourrait exister, et pourrait influencer le calendrier vaccinal vers une obligation de soin généralisée. Etant encore préliminaire, cette partie de l’enquête très explosive doit être approfondie avant d’être mise sur la place publique.

Le débat est maintenant ouvert.


Références

[1] L’haemophilus influenzae de type b (Hib) pour être précis est une bactérie présente dans les voies respiratoires supérieures (nez, gorge, oreilles) et pouvant infecter le liquide céphalo-rachidien. Cette bactérie peut provoquer des affections plus graves comme des méningites, surtout chez les enfants de moins de 18 mois.
[2] Klein, N. P., Bartlett, J., Rowhani-Rahbar, A., Fireman, B., & Baxter, R. (2012). Waning protection after fifth dose of acellular pertussis vaccine in children.New England Journal of Medicine367(11), 1012-1019.
[3] Baxter, R., Bartlett, J., Rowhani-Rahbar, A., Fireman, B., & Klein, N. P. (2013). Effectiveness of pertussis vaccines for adolescents and adults: case-control study.
[4] Koepke, R., Eickhoff, J. C., Ayele, R. A., Petit, A. B., Schauer, S. L., Hopfensperger, D. J., … & Davis, J. P. (2014). Estimating the effectiveness of tetanus-diphtheria-acellular pertussis vaccine (Tdap) for preventing pertussis: evidence of rapidly waning immunity and difference in effectiveness by Tdap brand. Journal of Infectious Diseases210(6), 942-953.
[5] Klein, N. P., Bartlett, J., Fireman, B., & Baxter, R. (2016). Waning Tdap Effectiveness in Adolescents. Pediatrics, peds-2015.
[6] Moliva, J. I., Turner, J., & Torrelles, J. B. (2015). Prospects in Mycobacterium bovis Bacille Calmette et Guérin (BCG) vaccine diversity and delivery: Why does BCG fail to protect against tuberculosis?. Vaccine, 33(39), 5035-5041.
[7] Aronson, N. E., Santosham, M., Comstock, G. W., Howard, R. S., Moulton, L. H., Rhoades, E. R., & Harrison, L. H. (2004). Long-term efficacy of BCG vaccine in American Indians and Alaska Natives: a 60-year follow-up study. Jama, 291(17), 2086-2091.
[8] Roy, A., Eisenhut, M., Harris, R. J., Rodrigues, L. C., Sridhar, S., Habermann, S., … & Abubakar, I. (2014). Effect of BCG vaccination against Mycobacterium tuberculosis infection in children: systematic review and meta-analysis.
[9] Lehmann, D., Willis, J., Moore, H. C., Giele, C., Murphy, D., Keil, A. D., … & Richmond, P. (2010). The changing epidemiology of invasive pneumococcal disease in aboriginal and non-aboriginal western Australians from 1997 through 2007 and emergence of nonvaccine serotypes. Clinical Infectious Diseases, 50(11), 1477-1486.
[10] Muñoz-Almagro, C., Jordan, I., Gene, A., Latorre, C., Garcia-Garcia, J. J., & Pallares, R. (2008). Emergence of invasive pneumococcal disease caused by nonvaccine serotypes in the era of 7-valent conjugate vaccine. Clinical Infectious Diseases, 46(2), 174-182.

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Jeremy Anso

http://www.dur-a-avaler.com/

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Tonton Marcel 21/03/2016 11:28

Heu ben y'a pas que la vaccination qui est complètement décalée en Nouvelle-Calédonie (qui entre parenthèse n'est pas un territoire, mais un pays français d'Outre-Mer...). Mais la liste des "anomalies" de ce pays serait beaucoup trop longue à établir et lasserait les lecteurs... Juste pour info on doit être un des rares pays au monde (sinon le seul) à avoir pour l'instant 2 et bientôt 3 cartes d'électeurs distinctes...

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