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La Tunisie en guerre contre un insecte tueur de palmiers

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 10 Mars 2016, 23:59pm

Catégories : #Environnement

La Tunisie en guerre contre un insecte tueur de palmiers
 

Actions de terrain, campagnes de sensibilisation, lancement d'un numéro vert: la Tunisie, un des principaux exportateurs de dattes au monde, est en guerre contre un insecte tueur de palmiers dont la propagation constituerait une catastrophe économique et environnementale.

Originaire d'Asie, le charançon rouge a été observé pour la première fois il y a trois ans dans la banlieue nord de la capitale, après l'importation de palmiers d'ornement infestés, selon des experts. Le coléoptère ne mesure que quelques centimètres mais a déjà infecté des centaines de pieds sur les quelque 30.000 de l'agglomération.

Cet insecte tropical s'attaque au c?ur du palmier qui, après infestation, dépérit irrémédiablement. Lorsque les palmes virent au brun et s'aplatissent, il est souvent trop tard. Du centre-ville à la banlieue huppée de La Marsa, au nord-est de Tunis, il suffit de lever les yeux pour constater les ravages: une enfilade de stipes décapités, au gré de sa propagation.

Avec plus de 100.000 tonnes de dattes exportées chaque année pour 200 millions d'euros, la grande crainte est de voir l'insecte gagner le sud et ses 40.000 hectares de palmiers-dattiers.

"C'est un véritable fléau qui s'attaque à plus d'une vingtaine de variétés", relève Mohamed Habib Dhouibi, un expert choisi par les autorités pour piloter la riposte scientifique.

Celle-ci consiste, "en premier lieu, à traiter pendant 24 à 48 heures le palmier avant son élimination, afin d'éviter la dispersion du charançon", explique M. Dhouibi, en marge d'une action de terrain près de Tunis.

Une autre action fondamentale consiste en la mise en place d'un cordon sanitaire.

"On a acheté 10.000 pièges à phéromones pour les installer tout autour (du Grand Tunis). (...) Avec ça on peut arriver à éradiquer le charançon. Mais il faudra du temps - trois, quatre, cinq ans - et de la persévérance", prévient l'expert.

- 'Patrimoine végétal' -

Ce plan, approuvé en septembre par le gouvernement, comprend également la mise en place d'un numéro vert afin de permettre aux habitants de signaler tout pied suspect.

Son coût total atteint 4,2 millions de dinars (environ deux millions d'euros), selon le ministre de l'Agriculture Saad Seddik.

Défenseur de l'environnement, Boubaker Houman se réjouit qu'on "mette le paquet depuis quelques semaines". Ce président de l'"Association des amis du Belvédère", du nom du principal parc de Tunis, déplore toutefois les dégâts déjà causés et craint de voir disparaître une partie du "patrimoine végétal" de la ville.

"Si vous vous baladez dans le parc, vous verrez des palmiers centenaires hauts de 20 à 30 mètres. Comme l'olivier, ils sont un élément structurant du paysage méditerranéen", fait-il valoir.

Mohamed Habib Dhouibi regrette qu'il ait fallu attendre trois ans pour prendre des mesures drastiques: "On a d'abord essayé de préserver les palmiers d'ornement. Ce n'était pas la bonne stratégie. (...) Notre capital, c'est le palmier-dattier", avance l'expert.

L'industrie phoenicole constitue la deuxième activité agricole du pays après l'huile d'olive. Ce secteur est vital alors que l'économie souffre déjà d'une chute des revenus touristiques, du fait des attentats de 2015.

Président de l'association des producteurs de dattes de la région de Tozeur (au sud-ouest de Tunis), Anis Hassen fait visiter sa propriété dans la douceur grise de la fin d'hiver. "Tous ceux qui travaillent dans le domaine parlent du charançon rouge", dit-il à l'AFP.

"On est effrayé, certainement. C'est pour ça qu'on a les yeux tout le temps grands ouverts", poursuit le quadragénaire, selon qui des séances de sensibilisation sont organisées sous l'égide du ministère de l'Agriculture.

"Notre activité fait travailler des dizaines de milliers de personnes. Je vous laisse imaginer le nombre de familles (...) On espère que les autorités ont les moyens de lutter avant qu'il ne soit trop tard", dit-il.

D'ici le printemps, les autorités auront fait "ce qu'elles ont à faire", assure Saad Seddik. "Nous n'avons pas de crainte pour les palmiers-dattiers. La zone de production est à 500 km" des zones infestées, argue le ministre.

Par Wissal AYADI | AFP 

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