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Malala, résistante à rude école

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 29 Mars 2016, 17:53pm

Catégories : #Société

La jeune Pakistanaise en 2011, alors âgée de 14 ans.

 

 

A 11 ans, elle bluffait le monde entier en dénonçant les exactions des talibans et vient de se déclarer “dévastée” par l'attentat de Lahore. Depuis, la Pakistanaise Malala Yousafzai n'a jamais abandonné son combat pour le droit à l'éducation. Mais d'où lui vient cette détermination ? L'Américain Davis Guggenheim a mené l'enquête.
 

Son discours à la tribune des Nations unies le 12 juillet 2013 a fait date. Malala Yousafzai y martelait qu'« un enfant, un enseignant, un livre, un stylo, peuvent changer le monde, [que] l'éducation est l'unique solution » face à l'obscurantisme. Neuf mois avant cette réception triomphale, personne ne savait si la jeune Pakistanaise survivrait. Car, le 9 octobre 2012, bien décidés à faire taire l'écolière qui n'avait de cesse de les défier, les talibans lui tiraient dessus à bout portant.

Diffusé sur France 5, Il m'a appelée Malala, du réalisateur américain Davis Guggenheim, dresse le portrait de la jeune femme. L'Occident, avide d'icônes, s'est enflammé pour le parcours hors du commun de cette enfant courageuse. Mais, plus avant, l'histoire de Malala illustre la complexité d'un pays aux prises avec une crise d'identité durable, où la société civile bataille face à la propagation d'un discours religieux extrémiste et aux métastases du conflit afghan.

Dans la vallée de Swat, où Malala a grandi, son père, Ziauddin Yousafzai, est une figure locale. Ce pédagogue passionné y a fondé une école, en disciple de Miangul Jahan Zeb, le dernier prince régnant sur la région. Un aristocrate iconoclaste partisan de l'éducation des filles. Lorsque en 2007 les talibans s'implantent dans la vallée, ils tentent, dans un premier temps, de se concilier les faveurs de la population.

Mais la phase de séduction ne dure pas. Ziauddin Yousafzai dénonce l'extrémisme et la vision étriquée de l'islam prônée par leur mollah, Maulana Fazlullah. En représailles, il est accusé d'être un agent de la CIA. En 2009, le mollah et ses hommes interdisent l'accès à l'école aux cinquante mille filles de la vallée.

Abdul Hai Kakar, journaliste à l'antenne ourdou de la BBC et ami de Zaiuddin, cherche une écolière pour décrire la vie quotidienne sous les talibans. Malala est choisie. « A 11 ans, elle avait une assurance rare dans notre société traditionnelle, où les enfants sont habitués à craindre l'autorité des anciens. Ses observations étaient fines et pleines d'esprit », se souvient Abdul Hai Kakar.

Durant trois mois, Gul Makai — fleur de maïs en pachtoun —, pseudonyme sous lequel Malala dissimule son identité, décrit les combats entre les talibans et l'armée pakistanaise, la dévastation de sa ville de Mingora. Ses remarques sont relayées par les commentateurs de la presse pakistanaise. Citer des passages de ce carnet intime muscle leurs arguments en faveur du droit à l'éducation. Car Gul Makai revient régulièrement sur sa tristesse d'être retenue à la maison, faute de pouvoir étudier.

Puis Gul Makai disparaît et Malala s'affiche au grand jour. Le New York Timesdiffuse un documentaire où elle témoigne à visage découvert avec son père. Elle dit son impatience de reprendre le chemin de l'école dès que l'armée aura repris le contrôle de la vallée et vaincu les talibans. Son combat trouve un écho aux Etats-Unis. Père et fille sont sollicités par les médias pakistanais et étrangers.

Ils apparaissent, ensemble ou séparément, et plaident avec ferveur pour la scolarisation des filles. La jeunesse, l'intelligence et la détermination de Malala impressionnent. L'histoire est si belle : une écolière courageuse s'élevant contre les extrémistes religieux. Le 19 décembre 2011, elle reçoit le premier prix de la jeunesse pour la Paix remis par le gouvernement pakistanais. Moins d'un an après, son sort bascule.

"Il m'a appelée Malala" mardi 29 mars à 20h45 sur France 5

Sa bravoure et son combat lui ont valu d'être nommée Prix Nobel de la paix en 2014. Depuis, telle une Mère Teresa de l'éducation, elle a créé une fondation destinée à financer des projets éducatifs dans plusieurs pays d'Afrique ou à secourir les réfugiés syriens installés au Liban. Inlassablement, elle milite pour que les Etats ­garantissent un minimum de douze années de scolarisation aux filles.

 

Malala Yousafzai (au centre) soutient des projets éducatifs grâce à sa fondation —ici, la construction d'une école pour des réfugiées syriennes dans la vallée de la Bekaa, au Liban.

 

 

 

Mais les critiques, aussi, se font jour. Certains l'accusent d'être un instrument dans les mains de son géniteur. Dans le documentaire de Davis Guggenheim, Malala admet qu'elle a échappé au destin habituellement réservé aux filles : « Si j'avais eu des parents ordinaires, aujourd'hui j'aurais deux enfants. » Et de revendiquer ses propres choix et d'assumer ses prises de parole téméraires.

Certains écoliers restent des cibles

Ont-elles pour autant changé les choses au Pakistan ? « L'impact de Malala demeure de l'ordre du symbole, estime la militante des droits de l'homme Asma Jahangir.Aller à l'école fait encore de certains enfants des cibles. » Ainsi, le 16 décembre 2014, cent quarante et une personnes dont cent trente-deux écoliers ont été tués dans l'école militaire de Peshawar. Les talibans visaient l'institution scolaire et l'armée, à la suite des offensives qu'elle avait menées contre leurs positions au Waziristan. Une tragédie qui a eu moins d'échos en Occident que l'extraordinaire guérison de Malala. A l'époque, plus de deux cent cinquante journalistes venus du monde entier avaient campé à son chevet à Birmingham, où elle était opérée pour des lésions au cerveau.

Désormais âgée de 18 ans, Malala envisage d'étudier à l'université de Stanford ou à celle d'Oxford et rêve de devenir Premier ministre du Pakistan. Son autobiographie best-seller, Moi, Malala, y a été interdite dans certaines écoles. 

http://television.telerama.fr/

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