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Ne manquez pas la comète de Pâques

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 25 Mars 2016, 23:11pm

Catégories : #Espace


© Le Monde

En quelques jours, l’éclat de la comète 252P Linear a été multiplié par 200 et celle qui devait traverser notre ciel incognito est maintenant visible à l’œil nu à l’aube.

Le ciel nous réserve parfois de bonnes surprises. La comète 252P LINEAR, découverte en avril 2000 et qui parcourt une orbite elliptique autour du Soleil en 5,3 années, était de retour à proximité de l’astre du jour le 15 mars dernier. En se basant sur son comportement lors de ses passages précédents, les astronomes avaient annoncé que son éclat serait très faible, proche de la magnitude 10,4 sur l’échelle utilisée pour mesurer la brillance des astres. Je rappelle que plus la magnitude est petite, voire négative, plus l’astre est lumineux, et que dans un ciel bien noir, loin des lumières artificielles, un observateur peut espérer voir des astres jusqu’à la magnitude 6 à l’œil nu. Une comète annoncée à la magnitude 10,4, soit près de 60 fois moins brillante que l’astre le plus faible visible à l’œil nu, n’avait donc pas beaucoup de chances de retenir l’attention des observateurs.

Le 21 mars, 252P LINEAR est passée à 5,3 millions de kilomètres de la Terre, un jour avant une autre petite comète – P/2016 BA14 PanSTARRS – passée, elle, à 3,5 millions de kilomètres de nous. Les spécialistes pensent que ces deux astres pourraient être des fragments d’un noyau cométaire qui se serait cassé lors d’un ancien passage au plus près du Soleil, il y a plus d’un siècle.

Le message envoyé à un groupe d’observateurs cométaires le 19 mars par Michael Mattiazzo, un astronome amateur australien réputé, a donc surpris tout le monde : il venait d’observer 252P LINEAR à l’œil nu ! Rapidement, d’autres observateurs ont confirmé ce sursaut d’éclat exceptionnel : la magnitude de 252P LINEAR était brusquement montée de 10,4 à 4,6, soit une multiplication par 200 de sa luminosité. Ce sursaut n’est pas encore expliqué, mais une nouvelle portion de la surface, riche en glace d’eau et en poussière, a dû être exposée lors du périhélie (passage au plus près du Soleil). Certains ont évoqué une nouvelle fragmentation du noyau, cependant, jusqu’à présent, aucune observation n’est venue confirmer cette hypothèse.

Le 19 mars, 252P LINEAR n’était pas encore arrivée dans le ciel de l’hémisphère Nord, elle se promenait à proximité du pôle céleste austral. Mais sa course furieuse l’amène à présent à portée de nos yeux puisqu’elle se hisse chaque matin un peu plus haut au-dessus de l’horizon sud, dans les constellations du Scorpion puis d’Ophiuchus. Si les conditions météo sont favorables, essayez de la repérer durant le week-end de Pâques.

Vous devez choisir un site offrant un horizon sud bien dégagé et, surtout, vous devez vous éloigner des sources les plus intenses de pollution lumineuse. Si vous restez en milieu urbain, vos chances de parvenir à voir cette comète sont pratiquement nulles. Rejoignez votre site d’observation près de deux heures avant le lever du Soleil (attention au changement d’heure dimanche 27 mars) et repérez les planètes Mars et Saturne, ainsi que l’étoile principale de la constellation du Scorpion, Antarès. Ces astres dominent l’horizon sud d’une quinzaine de degrés durant l’aube et ils sont parfaitement visibles à l’œil nu. Il faut ensuite descendre vers l’horizon pour tenter d’accrocher l’éclat de la comète. Le problème est le suivant : plus l’heure passe, plus la comète s’élève, mais plus le fond du ciel s’éclaircit. C’est une course contre la montre et, selon la limpidité de votre ciel et la pollution lumineuse de votre site, vous aurez plus ou moins de facilité à repérer la petite tache de la comète 252P LINEAR. Si vous en possédez, je vous conseille de vous munir de jumelles pour vous aider lors de votre recherche. Ne vous attendez pas à voir une grande comète avec une immense queue de gaz lumineuse. Non ! D’après les premières photographies prises par les amateurs, 252P LINEAR ressemble à une grosse boule cotonneuse avec une région centrale plus lumineuse et aucune queue n’est visible.

Le samedi 26 mars à l’orée de l’aube, soit un peu moins de deux heures avant le lever du Soleil, la comète 252P LINEAR brille (magnitude 4,8 environ) à seulement 5° de hauteur, c’est-à-dire la hauteur de votre pouce bras tendu devant vous. Heureusement, 252P LINEAR se déplace rapidement d’un jour à l’autre et, dimanche 27 mars au matin, elle est déjà à près de 10° de hauteur, presqu’au même niveau que l’étoile Antarès. Le lundi de Pâques, elle atteint 15° de hauteur au début de l’aube. La mauvaise nouvelle, c’est que, fin mars, la Lune va circuler dans la même région du ciel et sa luminosité va certainement empêcher le repérage de la comète 252P LINEAR, en tout cas à l’œil nu. Mercredi 30 mars au matin, une lune gibbeuse décroissante sera même stationnée à moins de 2° de la comète. La Lune s’éloignera ensuite et la comète poursuivra sa route en grimpant sur la voûte céleste dans la grande constellation d’Ophiuchus, mais son éclat devrait également diminuer et un instrument optique (jumelles ou lunette) deviendra indispensable pour l’observer, sauf si ce vagabond céleste nous réserve encore quelques surprises.

Si vous possédez un appareil photographique numérique, vous pouvez essayer de garder un souvenir de 252P LINEAR. Depuis un site suffisamment préservé de la pollution lumineuse, cadrez le Scorpion avec les planètes Mars et Saturne, et réalisez une série de poses d’une durée de 5 à 30 secondes avec une sensibilité de 800 ISO ; ouvrez le diaphragme de votre objectif au maximum. Cela devrait mettre en évidence la petite tache cotonneuse de cette comète. L’essentiel est de fixer votre appareil sur un support stable durant la pose et de vérifier que la mise au point est bien sur l’infini. La couleur verte de cette tache vous permettra de la reconnaître sans ambiguïté sur vos images, elle provient de la fluorescence des molécules de carbone diatomique (C2) présentes dans la chevelure de la comète sous l’action du rayonnement solaire ultraviolet.

N’hésitez pas à m’envoyer vos images à l’adresse suivante (2 fichiers jpeg de 1 Mo maximum par message) : autourduciel@gmail.com ; je publierai les plus belles dans ce billet au fil des jours.

Guillaume Cannat

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