A combien estimez-vous, en France, le nombre de personnes touchées par des effets secondaires ? 
Antoine Béguin : On estime à 150.000 hospitalisation et 15.000 décès par an le nombre de cas liés aux médicaments (mauvaise association, surdose, effets secondaires etc.). 

Les effets secondaires, ce n’est pas inhérent à la prise de médicaments ?
Jean- Christophe Brisard : Un médicament n’est pas un produit comme un autre. Il est potentiellement dangereux et la question du rapport bénéfices/risque se pose toujours. Le fond de la question pour ce qui concerne les effets secondaires est un problème de communication. Les labos et les autorités sanitaires ont tendance à minimiser cela mais le grand public est capable d’entendre qu’il prend un risque. Un médicament est utile mais potentiellement dangereux. Le risque c’est que, à force de mal informer, une partie de la population n’ait plus confiance dans le corps médical et dans la pharmacopée. On entre dans une nouvelle crise qui pourrait déboucher sur la résurgence de maladie. 
A.B. : S’il n’y a plus de confiance entre un patient et son soignant c’en est fini de la médecine et les gens iront s’informer ailleurs sur Internet ou autre avec les conséquences néfastes que cela suppose. 

Quel scandale médicamenteux a été selon vous le plus meurtrier ?
AB : La question ne se pose pas en ces termes car chaque scandale a son lot de victimes que ce soit des patients, des enfants ou des proches. La souffrance physique est réelle et bien souvent la vie sociale est détruite. Les labos n’ont pas les victimes en face d’eux, pour eux elles ne sont que des statistiques mais mettre des visages sur les effets secondaires change tout.

Est-il plus facile de réagir aujourd’hui avec les actions en justice collectives (les class action à la française) ?
AB
 : La class action, c’est un peu le miroir aux alouettes. On explique aux victimes qu’il faut se rassembler mais les règles de fond pour faire condamner les labos restent les mêmes. Prouver la responsabilité du labo est très difficile (on parle d’imputabilité). De plus avec la technique de la notice dite "parapluie", c’est-à-dire une notice dans laquelle la liste des effets secondaires potentiels est longue comme le bras, les labos parent à toute éventualité. On peut les faire condamner sur la base d’un effet secondaire non prévu mais en général les notices recouvrent tout ce qui pourrait arriver. On parle de gens en mauvaise santé à qui on demande de se lancer dans une véritable judiciaire !
JCB : La solution serait de créer un fond d’indemnisation automatique sur la base de ce qui a été fait pour les victimes des attentats.

 

Maitre Béguin, vous avez fait condamner un laboratoire dans l’affaire du Requip un médicament pour lutter contre Parkinson qui peut provoquer une hypersexualité ainsi qu’une addiction au jeu. Mais ce traitement est efficace dans la plupart du temps ? Alors que faire ?
AB : Le Requip est très utile et très efficace. Il faut maintenir les traitements mais il faut informer les patients pour que, dans le cas où ils viendraient à être témoin d’un changement d’attitude chez eux, ils puissent réagir. 

Labos, gouvernement, autorités sanitaires, agence du médicament… comment se compose la chaîne de responsabilité ? 
AB : La chaîne des responsabilités est complètement diluée. Mais on peut dire qu’il y a une caste, celle des scientifiques et que souvent, ces derniers refusent de remettre en question ce qu’ils ont appris et la façon dont ils se perçoivent. Les médecins ont une obligation d’informer mais certains ne s’y soumettent pas en partant du postulat que cela pourrait effrayer le patient pour pas grand chose. Dans certains cas, le corps médical se substitue au patient dans son choix et cela contribue au manque de transparence et donc à la rupture du lien de confiance.
JCB : D’autre part, les labos passent souvent directement vers l’agence européenne du médicament qui, si elle donne son aval, oblige les états membres à commercialiser le produit. La seule marche de manœuvre reste donc la fixation de son prix et son taux de remboursement et encore. Au final, dans certains cas, si la France veut s’opposer, elle n’y arrive pas.

Si on se pose des questions, qui doit être l’interlocuteur principal ?
AB : Cela doit toujours rester le médecin et on en revient encore au lien de confiance qui l’unit à son patient. Si cette confiance n’est pas là, il faut changer de praticien.

"Effets secondaires, le scandale français", Jean-Christophe Brisard et Antoine Béguin, éditions Firs