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ZIKA: la microcéphalie et le Guillem Barré scientifiquement reconnus

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 6 Mars 2016, 14:56pm

Catégories : #Santé

© AFP PHOTO / Christophe SIMON
Au Brésil, Matheus et Kleisse s'occupent de leur fils de deux mois, Pietro, atteint de microcéphalie

Une étude, publiée ce vendredi, établit la preuve d'un lien, jusqu'alors soupçonné, entre le virus Zika et la microcéphalie du fœtus. 

Zika attaque et détruit des cellules cérébrales humaines en développement, ont démontré des chercheurs en laboratoire, établissant la première preuve scientifique d'un lien entre ce virus et la microcéphalie du fœtus, selon une recherche publiée vendredi. Jusqu'alors, cette relation de cause à effet n'avait pas été prouvée scientifiquement, mais le virus était fortement soupçonné d'être à l'origine des nombreux cas de microcéphalies - une taille anormalement petite du crâne et du cerveau des nouveau-nés - observés en particulier au Brésil où sévit l'épidémie. Cette malformation, grave et irréversible, se caractérise par une taille anormalement petite du crâne et du cerveau des nouveau-nés. 

Près d'un tiers des cellules détruites 

Les chercheurs ont travaillé avec des cellules souches humaines cultivées in-vitro, et leur résultat a été publié dans la revue américaine Cell Stem Cell. Ils ont déterminé que le virus infecte de façon sélective les cellules souches qui forment le cortex cérébral les empêchant de se diviser normalement pour former de nouvelles cellules ce qui entraîne leur destruction.

"Les études menées sur des fœtus et des nouveaux-nés atteints de microcéphalie dans les zones géographiques touchées par l'infection de Zika, avaient mis en évidence des anomalies dans le cortex et le virus avait aussi été découvert dans des tissus fœtaux", relève dans un communiqué Guo-li Ming, professeur de neurologie à L'Institut d'ingénierie cellulaire à l'Université John Hopkins dans le Maryland, co-auteur de cette étude.

Pour ces expériences, les scientifiques ont exposé trois types de cellules humaines au virus Zika. Comme anticipé, le virus Zika a attaqué les cellules neuronales progénitrices humaines et après trois jours, 90% étaient infectées et près d'un tiers ont été détruites. Certaines cellules infectées ont été aussi utilisées par le Zika pour produire de nouvelles copies de lui-même. De plus, les gènes qui normalement se mobilisent pour combattre des agents viraux envahisseurs n'ont pas fonctionné ce qui est très inhabituel, soulignent ces scientifiques. 

En revanche, les deux autres types de cellules humaines testés dans cette expérience de laboratoire (cellules-souches et neurones) ont largement été épargnées par le virus. 

 

Activation avérée du syndrome neurologique Guillain-Barré


Il s'agit de "la première démonstration d'un lien entre le virus Zika et le syndrome de Guillain-Barré", souligne le professeur Arnaud Fontanet, responsable de l'unité d'Épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur à Paris, qui a coordonné l'étude publiée mardi dans la revue médicale The Lancet. 

L'étude a été réalisée à partir de données recueillies en Polynésie française, où une épidémie Zika, entre octobre 2013 et avril 2014, a touché les deux-tiers de la population. 

La maladie provoque, dans 20 à 30% des cas une défaillance respiratoire et, dans les pays riches, environ 5% de décès. Ce syndrome neurologique rare est observé à la suite d'autres infections virales (grippe, dengue, virus du Nil occidental...) mais également de façon non négligeable, à la suite d'une infection bactérienne (Campylobacter). Avec plus de 1,5 million de cas au Brésil, et plusieurs milliers ailleurs, dont déjà plus de 40.000 cas en Colombie, les chercheurs mettent en garde sur les risques de voir les capacités de soins intensifs dépassées, en particulier en dehors des cités urbaines. 

"Dans les zones qui vont être touchées par l'épidémie de virus Zika, il faut penser, quand c'est possible, à renforcer les capacités en soins intensifs parce qu'on sait qu'un certain nombre de patients vont développer un SGB et parmi eux, 30% vont en avoir besoin, notamment pour une assistance respiratoire", dit à l'AFP le Pr Fontanet. 

Toutefois dans la grande majorité des cas, l'infection par le virus Zika, contre laquelle il n'existe ni vaccin, ni traitement curatif, est bénigne, rappelle l'épidémiologiste. 

Le syndrome de Guillain-Barré (SGB), pouvant entraîner à la fois une paralysie des membres et une atteinte respiratoire, a été diagnostiqué chez 42 patients, dont 16 sont passés en réanimation pour avoir une assistance respiratoire. Aucun n'est mort. 

"Le risque de développer un syndrome de Guillain-Barré a été estimé à 2,4 pour 10.000 infections par le virus Zika", note le Pr Fontanet. 

Trois évidences 

Les chercheurs estiment avoir écarté un rôle de la dengue dans la survenue de ces atteintes neurologiques. Ils relèvent également qu'une infection par la dengue dans le passé n'augmente pas le risque de faire un SGB parmi les patients infectés par le virus Zika. Une crainte qui a été exprimée car les régions touchées par Zika le sont souvent aussi par la dengue. Pour le Pr Fontanet, les liens sont aussi forts que lorsque l'on dit que "le tabac cause le cancer du poumon", même si l'étude ne permet pas d'expliquer le mécanisme par lequel le virus entraîne le syndrome neurologique. 

L'affirmation repose sur trois évidences, dit-il, citant l'augmentation des cas du syndrome pendant l'épidémie polynésienne - leur nombre a été multiplié par vingt par rapport aux taux habituels -- et les signes évocateurs d'infection Zika une semaine avant le début des signes neurologiques. 

Et, ajoute-t-il, parce qu'"on a retrouvé la présence récente du virus Zika chez 100% des patients atteints de Guillain-Barré" avec des tests sanguins à la recherche d'anticorps et "que chez 93% de ces patients, ces anticorps étaient d'apparition récente". L'étude est salué par certains experts. "Cette étude fournit la preuve la plus convaincante à ce jour d'un lien causal entre l'infection par le virus Zika et le syndrome neurologique de Guillain-Barré", déclare Jeremy Farrar, directeur du Wellcome Trust en Grande-Bretagne. 

"L'ampleur de la crise qui se déroule en Amérique latine nous a tous pris par surprise, et nous devons être prêts à faire face à d'autres complications imprévues... dans les semaines et les mois à venir", a-t-il dit. D'autres sont plus circonspects, jugeant que les résultats ne sont pas concluants et ne peuvent s'appliquer directement à d'autres régions touchées. "Il faudra encore beaucoup travailler avant que les mêmes conclusions puissent être étendues à l'épidémie Zika en Amérique du Sud", selon Peter Barlow, porte-parole de la British Society for Immunology.
 

 

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