Le Nouveau Paradigme

Le Nouveau Paradigme

Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


L’effet boomerang du glyphosate

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 21 Avril 2016, 21:16pm

Catégories : #Environnement

Puissant herbicide, le glyphosate n'est pas seulement « cancérogène probable » : son utilisation réintroduit dans l’environnement des pesticides interdits depuis une trentaine d’années, comme le DDT.

La commission européenne doit décider aujourd’hui du renouvellement de l’autorisation d’un des herbicides les plus utilisés au monde, le glyphosate. Mais sa décision pourrait être retardée. En cause : les débats autour de la dangerosité de ce produit. Si l’Autorité européenne de sécurité des aliments a déclaré qu’il était improbable qu’il soit cancérogène, le Centre international de recherche sur le cancer, l’agence de l’OMS, l’estime « probablement cancérogène » pour l’homme. 
Mais les méfaits du glyphosate ne s’arrêtent pas là. Pierre Sabatier et son équipe, de l'Université Savoie-Mont Blanc, révèlent ce mois-ci dans La Recherche que son utilisation favorise la remobilisation d’anciens pesticides aujourd’hui interdits, comme le DDT. 

La pollution a parfois des effets boomerang inattendus. En 1972, les autorités françaises interdisent l'utilisation du DDT, un puissant insecticide, cancérigène et qui affecte la reproduction humaine. On espérait alors éliminer définitivement le danger. Il n'en est rien. Ce produit utilisé massivement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s'est accumulé dans les sols viticoles. Nous montrons aujourd'hui que l'usage intensif de désherbants a favorisé l'érosion des sols dans lesquels le DDT était stocké, avec pour conséquence le relargage dans la nature de ce dangereux pesticide, près de vingt ans plus tard.
[…]
En réalisant des analyses sédimentologiques et géochimique sur des carottes, prélevés dans le lac savoyard de Saint-André (alimenté par des eaux provenant d'un bassin-versant de 48 ha), nous avons caractérisé les différentes sources de sédiments et quantifié les substances actives des pesticides et les éléments-traces métalliques (cuivre, plomb...) présents. En parallèle, ces sédiments ont été scrupuleusement datés à l'aide de radioéléments possédant de courtes périodes de désintégration : le plomb 210 (210Pb), radioélément naturel, avec une demi-vie de 22,3 ans, a ainsi été utilisé comme chronomètre, et le césium 137 (137Cs), comme marqueur temporel.
[…]
Nous avons alors constaté que le DDT utilisé sur les vignes, autour du lac de Saint-André, jusqu'au début des années 1970 se retrouvait en quantité importante dans des sédiments datant... des années 1990, soit plus de vingt ans après son interdiction ! Plus surprenant encore, ce pic de DDT des années 1990 est nettement supérieur à celui enregistré dans les années 1970, juste avant qu'il soit interdit. Pourtant, à partir de 1972, on peut observer une diminution de la quantité de DDT se déversant dans le lac, sans qu'il disparaisse complètement du fait de sa forte persistance dans l'environnement. Des exemples similaires ont été observés dans le nord de l'Italie, dans la région des grands lacs, et en Suisse. Ils avaient été jusqu'à présent attribués à la fonte des glaciers contenant ces pesticides, ce que nous remettons en question.

 

Edit du 9/03 : ajout de la mention du lac de Saint-André

 

Retrouvez cet article en intégralité dans le dossier Pesticides et santé du numéro 509 de La Recherche.

Commenter cet article

Nous sommes sociaux !

Articles récents