Le Nouveau Paradigme

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Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


La Grande Muraille verte avance!

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 20 Avril 2016, 15:02pm

Catégories : #Environnement

Comment endiguer la désertification, accentuée par le réchauffement climatique ? En Afrique, la solution passe par la Grande Muraille verte, une bande végétale que l'on plante en bordure du Sahara, à travers tout le continent.
 


LA GRANDE muraille verte traversera l'Afrique d'est en ouest,

 

La grande muraille verte traversera l'Afrique d'est en ouest, en passant par 11 pays (en vert foncé, le tracé prévu). Elle représente un ruban de 7 000 kilomètres de longueur et 15 kilomètres de largeur.

© Image NASA-MODIS, traitement Claire Marais-Sicre, CESBIO, Toulouse

En 2011, la COP17, qui se tenait à Durban, en Afrique du Sud, attirait l'attention sur les liens entre réchauffement climatique et désertification. De son côté, l'Organisation météorologique mondiale alerte sur les conséquences de la hausse des températures : le volume des précipitations augmentera aux hautes latitudes, mais il diminuera probablement dans la plupart des régions subtropicales, accentuant les sécheresses. Cet effet du réchauffement climatique s'ajoute à un processus en cours depuis plus longtemps : la surexploitation agricole qui conduit à l'appauvrissement drastique des terres cultivées ; elles sont alors abandonnées au vent, à la pluie et à d'autres phénomènes naturels qui achèvent de rendre stériles les sols, en supprimant la couche superficielle fertile. Cette conjonction de causes se renforçant mutuellement rend-elle inéluctable la désertification ?

L'Afrique est particulièrement touchée par ce phénomène. Selon certains, elle a perdu environ 650 000 kilomètres carrés de terres productives depuis 50 ans, soit l'équivalent d'un territoire grand comme la France. Depuis les années 1900, le désert du Sahara aurait progressé par endroits de 250 kilomètres vers le sud. Dès lors, la lutte contre la désertification constitue une priorité pour l'Union africaine, qui la traite dans le programme NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique), et pour la Communauté des États sahélo-sahariens. Malheureusement, ces organisations n'ont pas réussi à enrayer le phénomène, d'où la nécessité d'une nouvelle stratégie globale. Nous en testons une : la Grande Muraille verte.

Avant de voir de quoi il s'agit, rappelons que d'autres régions du monde sont touchées. Selon le Comité scientifique français de la désertification, 10 millions d'hectares de terres arables sont remplacés par le désert chaque année dans le monde. Outre l'Afrique, le phénomène menace une partie de l'Amérique du Sud et de l'Asie. Dans les pays riches, telle l'Australie, les agriculteurs ont les moyens d'endiguer la progression du désert, notamment via une irrigation contrôlée. Quelque 70 % des terres arides ou semi-arides (qui représentent 41 % de la superficie des continents) sont concernés et 480 millions de personnes risquent de devoir quitter leurs terres ou changer de mode de vie.

Un rempart végétal

Revenons en Afrique. L'Initiative africaine de la Grande Muraille verte (IAGMV) a été proposée en 2005 : l'idée est d'édifier un rempart végétal, large de 15 kilomètres, qui traverserait le continent et stopperait l'avancée du Sahara vers le sud. Ce rempart transcontinental relierait le Sénégal à l'Éthiopie, passerait par 11 pays et couvrirait une distance de 7 000 kilomètres . Il comprendrait des forêts (des plantations massives d'arbres sont prévues), mais aussi des cultures. Une grande partie du projet consiste à préserver de l'abandon les cultures déjà en place et qui sont menacées par la désertification, en améliorant leur productivité. Dans ce cadre, on cherche à développer et à diffuser de nouvelles techniques compatibles avec les pratiques et les savoir-faire traditionnels. Le projet de Grande Muraille verte a été précédé par de nombreuses actions restées infructueuses.

Depuis quelques décennies, la plupart des pays du Sahel ont consenti des efforts techniques, financiers et institutionnels importants. L'objectif était d'assurer la sécurité alimentaire de leurs populations (ainsi que la sécurité énergétique, via la production de bois de chauffage) et d'améliorer les conditions de vie des agriculteurs, tout en préservant la biodiversité. Cela s'est traduit par une diversification agricole, par la mise en place de bassins de rétention des eaux pluviales et par des actions contre la désertification et contre la dégradation des sols arables. Par exemple, on a mis en place des murets en terre en forme de demi-lunes sur les pentes érodées par des pluies violentes : ces structures retiennent la terre et constituent des réservoirs d'eau. On y concentre parfois les fertilisants, tels les excréments d'animaux, afin de ne pas disperser les ressources.

Certaines pratiques agricoles traditionnelles ont aussi été encouragées, telles que le mulch (couverture du sol par des ressources organiques, par exemple des résidus de culture) ou le zaï. Ce dernier consiste à creuser des microbassins d'environ un mètre de diamètre dans le champ et à y planter les graines . L'eau de pluie s'y concentre et des fertilisants organiques y sont répandus. En stimulant l'activité biologique dans les « points chauds » des bassins, le zaï aide à reconstituer les propriétés hydrophysiques des sols dégradés (stabilité, porosité, etc.) et à optimiser la productivité de l'agrosystème. Il nécessite cependant un important travail du sol et n'est donc intéressant que lorsque les précipitations sont faibles, inférieures à 300 millimètres par an.

Malgré leur promotion, ces pratiques restent peu répandues, principalement en raison du manque de ressources organiques. En effet, dans les régions arides, les résidus de culture servent surtout au fourrage destiné à l'élevage.

Globalement, les diverses initiatives n'ont pas donné les résultats escomptés. De nombreuses contraintes, essentiellement financières, limitent le développement de la plupart des pays sahéliens. Ce constat a conduit à l'adoption de nouveaux projets, tel celui de la Grande Muraille verte. Proposé lors du septième Sommet des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté des États saharo-sahéliens, qui s'est tenu les 1er et 2 juin 2005 à Ouagadougou, au Burkina Faso, ce projet a été approuvé deux ans plus tard par l'Union africaine. Il a d'abord été présenté comme une simple bande forestière, large de 15 kilomètres, qui traverserait le continent. Un certain scepticisme en a résulté, car cette conception de la lutte contre la désertification allait à l'encontre des acquis scientifiques et techniques.

En effet, des expériences sur des plantations arboricoles continues avaient déjà été tentées, mais elles avaient rencontré des problèmes. Ainsi, le projet du Barrage vert algérien, lancé dans les années 1970, visait à mettre en place une barrière végétale pour stopper l'avancée du désert vers le nord. Elle devait être large de 20 à 30 kilomètres et s'étendre sur 3 millions d'hectares, de la frontière est du pays jusqu'à sa frontière ouest. Or les premières plantations, qui comprenaient uniquement des pins d'Alep, ont été détruites en grande partie par des chenilles processionnaires. De façon générale, les monocultures sont plus vulnérables aux infections et aux insectes. À cela s'ajoutaient d'autres facteurs, telle la pression du pastoralisme : les troupeaux qui traversaient les plantations détruisaient les jeunes pousses. En conséquence, seuls 160 000 hectares ont été reboisés pour l'instant, soit 5 % de l'objectif initial. L'édification du Barrage vert algérien se poursuit, mais elle se fonde désormais sur plusieurs espèces d'arbres.

La Grande Muraille de Chine

Un projet similaire se déroule en Asie, avec la Grande Muraille verte de Chine. L'objectif est d'entourer le désert de Gobi d'une ceinture végétale, afin d'endiguer sa progression et de protéger les villes adjacentes des vents de sable. Comme en Algérie, une seule espèce a été utilisée initialement (un arbre exotique d'Australie), avant que les plantations ne se diversifient. Démarré en 1978, ce projet ne s'achèvera que dans plusieurs dizaines d'années, le coût prévu étant d'environ un milliard d'euros. Quelque 18 % de la ceinture sont aujourd'hui réalisés, et représentent déjà la plus grande forêt artificielle du monde.

Fort de ces expériences, le projet de la Grande Muraille verte n'a pas consisté en une monoculture continue, mais en un plan de développement complet d'une bande de territoire. Ce plan comprend la plantation d'espèces végétales présentant un intérêt économique et adaptées à la sécheresse, ainsi que la mise en place de systèmes agroforestiers (des associations d'arbres et de cultures). Il inclut aussi la réalisation de bassins de rétention, le développement d'autres activités économiques (artisanat, sculpture du bois, etc.) et l'amélioration de la gouvernance locale et des services socio-économiques.

La diffusion des bonnes pratiques s'appuie sur un réseau de Pôles ruraux de développement (PRD), composés de représentants du projet (fonctionnaires, ingénieurs, etc.) qui organisent des formations et des ateliers. De la sorte, on espère endiguer la fuite des populations qui conduit à l'abandon des terres et à la désertification. Selon un rapport de l'Observatoire du Sahara et du Sahel (une organisation internationale visant notamment à lutter contre la désertification) daté de 2008 : « La Grande Muraille verte n'est pas conçue comme un mur d'arbres courant de part et d'autre du désert, mais plutôt comme un ensemble d'actions et d'interventions multisectorielles de conservation et de protection des ressources naturelles à des fins de lutte contre la pauvreté. »

Les plantations d'arbres sont tout de même un élément essentiel de ce plan. En effet, l'arbre est un acteur majeur dans le bon fonctionnement des sols. Il est essentiel aux mouvements hydriques (de l'eau dans le sol) et aux principaux cycles géochimiques (la circulation des nutriments, tels que le carbone, le phosphore et l'azote), qui régissent durablement la fertilité des sols. Un acacia haut de 2 mètres, par exemple, plonge ses racines jusqu'à 4 mètres de profondeur, ce qui fait remonter de l'eau. Celle-ci passe dans l'atmosphère par un phénomène dit d'évapotranspiration. Les racines captent également les nutriments, utilisés pour produire des feuilles qui fertilisent les sols quand elles tombent. Le guano répandu par les oiseaux qui se perchent sur les arbres est un autre fertilisant. En outre, les arbres favorisent le développement de nombreux micro-organismes utiles aux cultures.

Trois espèces d'arbres

Trois principales espèces d'arbres locaux ont été choisies pour la Grande Muraille verte : l'acacia gommier (Acacia senegal), le dattier du désert (Balanites ægyptiaca) et le jujubier (Ziziphus mauritiana). La gomme de l'acacia est utilisée notamment pour l'alimentation, comme matériau de construction et comme additif dans les textiles. Le dattier du désert a aussi de multiples usages : pharmacologiques pour les feuilles et l'écorce (qui traite la diarrhée), alimentaires (les fruits sont comestibles et donnent du jus et de la crème). Quant au jujubier, il produit des fruits comestibles.

Pour l'instant, le Sénégal est le seul pays qui a commencé la mise en place de la Grande Muraille verte. Il a créé des pépinières forestières, où les arbres sont cultivés en pots pendant quatre mois avant d'être plantés dans la nature . Entre 2008 et 2010, près de 8 millions de plants ont été produits, plus de 16 000 hectares de forêt plantés et plus de 4 500 kilomètres de pare-feu creusés (les chiffres postérieurs à 2010 ne sont pas disponibles, mais le projet s'est poursuivi à un rythme comparable). En outre, des jardins ont été installés autour des villages, afin d'améliorer les revenus des populations locales. Des produits à haute valeur ajoutée, notamment maraîchers, y sont cultivés par des femmes. Le projet a été long à mettre en place, en particulier au niveau institutionnel, et les événements récents, tels que la guerre au Mali, l'ont ralenti, mais il devrait s'accélérer dans les prochaines années.

Une autre difficulté est que les arbres n'atteignent leur maturité qu'au bout de vingt à trente ans et ne commencent à avoir un effet sur les écosystèmes que dix ans après leur plantation. Il faut donc que les populations locales les protègent et les entretiennent pendant leur développement. De multiples recherches visent à accélérer ce développement, nous y reviendrons.

En 2009, l'Institut écologie et environnement du CNRS a créé un Observatoire hommes-milieux (OHMi) à Tessékéré, au nord-est du Sénégal, en collaboration avec plusieurs organismes. Il regroupe des laboratoires du CNRS et de l'IRD, ainsi que des universités du Sénégal et du Burkina Faso. Il mène des recherches dans plusieurs domaines, aussi bien biologiques qu'écologiques, culturels, sociaux, sanitaires et climatiques, afin d'analyser et d'optimiser la mise en place de la Grande Muraille verte.

En foresterie, par exemple, on cherche à améliorer la production de plants dans les pépinières, au travers de l'étude de graines de provenances diverses (certaines poussent plus vite et donnent des arbres plus grands, qui produisent plus de graines), de différents substrats (mélanges divers de sable et de matière organique) et de récipients variés (influence de la forme et du volume du pot sur la croissance de l'arbre). Nous avons par exemple breveté une technique consistant à réduire en poudre des termitières mortes et à les mélanger à la terre ; cette source de matière organique favorise la croissance des arbres.

Un autre domaine de recherche clé est la modélisation des systèmes socioécologiques, afin d'aboutir à une meilleure gouvernance. Les rivalités entre éleveurs et cultivateurs sont l'un des paramètres critiques pour la réussite de la Grande Muraille verte, comme l'a montré le cas algérien. Diverses solutions sont appliquées pour que ces rivalités ne soient pas rédhibitoires : des couloirs sont aménagés pour le passage des troupeaux, dont les périodes sont adaptées afin de ne pas nuire aux cultures, etc.

Dans le domaine sanitaire, on vérifie notamment que la mise en place de gros réservoirs d'eau ne favorise pas une pullulation d'insectes vecteurs de maladies dans les villages environnants. En termes de biodiversité, un programme vise à recenser les espèces d'oiseaux présentes et à suivre leur évolution à mesure que la Grande Muraille verte progresse et que les paysages se transforment. On cherche aussi à évaluer l'éventuel impact de la muraille sur le climat.

Des champignons pour réhabiliter les sols

De nombreuses études concernent les micro-organismes naturellement présents dans les sols, qui pourraient se révéler des auxiliaires précieux pour la mise en place de la Grande Muraille verte. Certains favorisent l'absorption de minéraux par les plantes et d'autres neutralisent les pathogènes ou les parasites. Dans ce domaine, des résultats potentiellement utiles dorment dans les laboratoires, parfois depuis plusieurs dizaines d'années, et n'ont jamais été exploités à grande échelle. L'un des objectifs de la structure constituée des Pôles ruraux de développement et de l'Observatoire hommes-milieu est de transférer les acquis de la recherche aux agriculteurs. À titre d'illustration, examinons le cas des champignons mycorhiziens, qui favorisent la nutrition des plantes cultivées, et celui des biopesticides utilisables contre les plantes phytoparasites du genre Striga.

Les champignons mycorhiziens sont des organismes microscopiques du sol très vulnérables à la désertification. Ils vivent en symbiose avec les racines de certaines plantes . Ce sont des éléments clés du fonctionnement du sol, en particulier dans les milieux arides et semi-arides. Ils sont impliqués dans les principaux cycles biogéochimiques assurant la fertilité des sols, tels ceux du phosphore, de l'azote et du carbone. La symbiose mycorhizienne accélère notablement la croissance de la plante, à laquelle les champignons fournissent des ressources minérales. En outre, ils fabriquent des substances toxiques pour les pathogènes.

On a longtemps considéré que l'impact du champignon sur le développement de la plante résultait uniquement des interactions des deux composantes de la symbiose (la plante et le champignon). On sait aujourd'hui que la symbiose modifie l'exsudat racinaire (un liquide excrété par les racines), influant ainsi sur l'abondance et la diversité de la microflore du sol qui s'en nourrit. À proximité des racines, voire à l'intérieur des cellules végétales, se développe une population microbienne spécifique, nommée mycorhizosphère. Celle-ci inclut des bactéries fixatrices d'azote, notamment du genre Azospirillum : ces bactéries établissent des endosymbioses (des symbioses où l'un des deux organismes est contenu dans l'autre) racinaires avec la plante, dont elles favorisent la croissance. Les plantes concernées sont par exemple les légumineuses (trèfles, fèves, lentilles, etc.) ou certains arbres, tels les aulnes.

Des pratiques culturales favorisant les symbioses mycorhiziennes seraient un atout pour la gestion durable des terres, car elles optimiseraient la croissance des plantes sans appauvrir les sols. Elles permettraient de résoudre un paradoxe apparent : les plantes manquent de phosphore, ce qui est l'un des principaux facteurs limitant leur croissance, et pourtant cet élément abonde dans le sol de ces régions. Le problème est qu'il est surtout présent sous forme de complexes chimiques insolubles, tel du phosphate d'aluminium ou de fer, que les plantes ne parviennent pas à exploiter. Les champignons mycorhiziens, eux, en sont capables, grâce à divers mécanismes. Ils extraient le phosphore et le transmettent à la plante, via leurs longs filaments qui pénètrent dans les cellules végétales.

Plusieurs techniques culturales assez simples, mais hélas peu répandues, sont possibles. On peut par exemple semer des plantes dites hypermycotrophes, telles des légumineuses, qui établissent facilement la symbiose et favorisent la multiplication du champignon dans le sol. Le sol s'enrichit ainsi durablement en propagules fongiques (les spores, à partir desquelles croissent de nouveaux champignons) qui bénéficieront aux cultures.

Autre possibilité : la diffusion massive de champignons sur le sol en une fois. On peut aussi adopter une stratégie combinée avec les pratiques culturales traditionnelles, tel le zaï. On concentrerait alors les micro-organismes dans les cuvettes où sont plantés les arbres ou les plantes cultivées, ce qui diminuerait les quantités nécessaires.

Dans les pépinières, on mélange des racines colonisées par des champignons à la terre du pot. Cette technique a été utilisée pour la première fois dans la Grande Muraille verte en juin 2012 sur des jujubiers. Après les quatre mois de culture en pots, ils étaient bien plus grands que des arbres cultivés sans champignons . Au bout d'un an, leur taille restait très supérieure et leur mortalité était moindre. L'impact sur la production de fruits, qui commence vers l'âge de 3 ans, pourra être déterminé dans un an ou deux.

D'autres plantations associant arbres mycorhizés et non mycorhizés sont prévues au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso. L'objectif est d'en faire des vitrines pour les populations locales, afin de montrer les effets bénéfiques des symbioses mycorhiziennes. On espère ainsi encourager les pratiques qui les favorisent et aboutir à leur exploitation à grande échelle.

Alerte au parasite

Un autre domaine où les micro-organismes du sol pourraient se révéler utiles est la lutte contre les phytoparasites. En Afrique subsaharienne, les céréales constituent la base de l'alimentation, mais certaines plantes parasites limitent fortement leur production. La pire est l'espèce Striga hermonthica, qui s'accroche à la racine de la céréale et pompe sa sève, au point qu'elle finit par dégénérer et mourir. Cette plante est abondante dans les sols dégradés des régions semi-arides, où elle entraîne des pertes de rendement considérables dans les principales cultures vivrières, à savoir le sorgho, le mil, le maïs, le riz et le fonio. Ces pertes varient entre 10 et 90 % des récoltes, pour une moyenne estimée à 40 % en Afrique subsaharienne (soit environ 8 300 000 tonnes de cultures vivrières). Ainsi, Striga hermonthica menace de famine plus de 300 millions d'habitants de l'Afrique subsaharienne.

Diverses méthodes ont été développées pour lutter contre cette plante parasite, telles que l'arrachage des plants, la sélection de variétés de plantes cultivées résistantes et l'application d'herbicides. Toutefois, les résultats ont été décevants. Striga hermonthica est difficile à éliminer, car même si l'on supprime les plants, les graines survivent pendant des dizaines d'années dans le sol.

Depuis plusieurs décennies, divers programmes de recherche tentent de trouver une parade, soit en inhibant la germination des graines ou le développement des plantules, soit en stimulant une germination « suicidaire » (les graines germent en l'absence de la plante hôte et n'ont aucune chance de survivre). On détruirait ainsi les graines existantes et on empêcherait la production de nouvelles graines. Certains micro-organismes fongiques ou bactériens indigènes, qui vivent dans le sol, fabriquent des substances ayant de tels effets. Il y a plus de dix ans, l'équipe de l'un de nous (René Bally) a par exemple découvert que des bactéries du genre Azospirillum sont des pathogènes redoutables pour Striga hermonthica. Elles synthétisent une molécule qui bloque sa germination à un stade précoce et entraîne la mort de la graine.

L'utilisation de tels micro-organismes constitue une option privilégiée, car ils sont déjà adaptés aux conditions du milieu. Ils commencent seulement à être incorporés dans de nouveaux biopesticides. Ainsi, une plateforme technique est en cours de création à Ouagadougou pour exploiter les bactéries du genre Azospirillum. Elle effectue aujourd'hui des démonstrations dans de petites exploitations pour montrer l'efficacité de son produit. L'utilisation de ces biopesticides est réalisable à court terme et facile à intégrer aux pratiques culturales traditionnelles de ces régions. Avec les champignons mycorhiziens, elle permettrait d'augmenter notablement la productivité des agrosystèmes, même en l'absence des engrais et des pesticides utilisés par les agriculteurs des pays développés.

L'ampleur de la désertification en Afrique a entraîné la mobilisation conjointe des décideurs politiques et des scientifiques. La Grande Muraille verte représente à la fois une vitrine et un terrain d'expérimentation pour les méthodes de lutte. Elle doit servir à concrétiser les résultats scientifiques, afin de réhabiliter les milieux dégradés et d'améliorer la qualité de vie des populations. Déjà, d'autres pays s'y intéressent : le Brésil participera ainsi au financement de la Grande Muraille verte, espérant s'inspirer de certains projets pour lutter contre la désertification qui menace les régions arides du nord-est du pays.

 

 

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TERRE VERTE 25/04/2016 08:30

Malheureusement ce n'est pas avec une corde en travers de la route qu'on retient un semi remorque en pleine vitesse ; il faut savoir d'où il vient et l'intercepter en amont pour l’arrêter à temps.

Colette Dufresne 25/04/2016 12:31

Tout est question de comment rêver notre réel : sans espoir et dans la critique et le dérisoire, dans le défaitisme ; ou en se donnant le droit de voir le monde tel qu'il peut être = beau, solidaire, sans limites. Alors je continuerai non pas à tendre des cordes en travers de la route, mais à penser-voir un chauffeur responsable, en conscience. Et à voir la terre refleurir. Pour l'humain, n'existe que ce qu'il est capable de penser : ma pensée est sans limites, comme l'âme incarnée que je suis. Découvrez Grigori Grabovoï, vous comprendrez. Belle journée verdoyante.

Colette Dufresne 20/04/2016 20:08

Qu'est devenu ce magnifique projet, depuis 2011 ? Où peut-on trouver des informations plus récentes ? Merci pour cet article.

TERRE VERTE 26/04/2016 08:59

OK, mais pour le même prix, autant faire des choses qui tiennent la route ; ou rattacher le rêve au réel pour en obtenir des résultats tangibles!

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