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Syngenta mis à nu dans un livre noir!

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 4 Mai 2016, 08:38am

Catégories : #Société

Ueli Gähler (Multiwatch) et Celso Barbosa (Mouvement des sans-terre du Brésil) unis face à Syngenta. CKR

Ueli Gähler (Multiwatch) et Celso Barbosa (Mouvement des sans-terre du Brésil)

unis face à Syngenta. CKR

Monsanto a un frère jumeau en Suisse. La firme Syngenta s'attire les mêmes critiques que son aîné, et collectionne des « affaires », désormais réunies dans un livre noir. 

Ce n'est pas un polar mais il en partage la noirceur. L'imposant ouvrage de 300 pages Le livre noir de Syngenta (1), rédigé par la coalition d'ONG et de syndicats Multiwatch (2), passe en revue les activités contestées de la multinationale domiciliée à Bâle. Ainsi que nombre d'affaires dans lesquelles s'est illustré ce champion de l'agroindustrie. 

Parmi d'autres : la production de pesticides toxiques, dont le redoutable Paraquat, et leur impact sur la santé et l'environnement, son recours systématique au travail temporaire, sa responsabilité dans l'assassinat d'un paysan au Brésil (lire ci-dessous), son implication supposée dans le coup d'État de 2012 au Paraguay et son rôle probable dans l'hécatombe des abeilles en Europe et aux États-Unis (3). 

C'est aussi à un portrait de la firme auquel se sont livrés les nombreux auteurs ainsi qu'à une histoire des résistances à ce mastodonte de la chimie agricole et des OGM. Si la propriété de la multinationale va prochainement passer aux mains de la firme chinoise Chemchina, pour un montant de près 44 milliards de francs, le siège de Syngenta devrait rester en Suisse. Le point avec Ueli Gähler, l'un des auteurs du livre pour Multiwatch, qui protestait encore mardi dernier à l'occasion d'une manifestation organisée pendant l'assemblée générale du groupe. 

Comment définiriez-vous brièvement Syngenta? 

Ueli Gähler : Une firme domiciliée en Suisse qui est devenue dans les années 2000 le premier producteur de pesticides au monde et le troisième fabricant de semences. Avec Monsanto, elle est le symbole de l'agriculture industrielle, et, pour nous, l'ennemi juré de la souveraineté alimentaire. Les trois quarts environ de ses activités sont consacrées aux produits phytosanitaires, un quart aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle a désormais pour premier objectif de disséminer les OGM et leurs pesticides associés à la Chine et à l'Afrique. 

Qu'est ce qui vous semble le plus préoccupant dans les activités de la firme?

Ce sont les patentes sur la vie qui me scandalisent le plus. Il ne s'agit pas seulement de brevets des inventions techniques, mais aussi des plantes déjà existantes. Nous assistons à l'appropriation de la nature par des multinationales dans le but de constituer des monopoles sur le marché des semences. Avec pour effet d'obliger les paysans à acheter des graines qu'ils produisaient auparavant eux-mêmes librement, ce qui provoque souvent leur faillite. Et de réduire drastiquement la biodiversité avec tous les risques écologiques que cela représente. La préservation des variétés de graines est indispensable pour faire face aux maladies des plantes, aux parasites et au changement climatique.

L'effet des pesticides sur la santé des travailleurs et des populations riveraines des champs et l'environnement est aussi documenté. 

Oui, de nombreux cas de leucémies, problèmes respiratoires et de peau, malformations congénitales et affections du foie ont été constatés chez les paysans et dans les zones d'habitations proches des plantations arrosées par les pesticides. Le plus dangereux est Paraquat, un herbicide interdit dans 32 pays dont la Suisse, mais toujours commercialisé dans de nombreux pays du Sud (lire ci-dessous, ndlr). 

Syngenta minimise la toxicité de ses produits. Pis, lorsque les collectivités locales essaient de protéger leurs populations, la multinationale leur met des bâtons dans les roues. Nous avons reçu en Suisse des représentants de communautés de l'île de Kauai, de l'archipel d'Hawaï, qui sont venus nous informer. Sous pression des habitants, leur parlement a décidé en 2014 d'imposer une zone tampon de 100 mètres entre les champs d'expérimentation OGM de Syngenta et les hôpitaux et les écoles ainsi que d'obliger la firme à dévoiler la nature et la quantité des pesticides. Syngenta a fait recours, n'hésitant pas à mettre en péril la santé des habitants. Or nous savons que la concentration des pesticides à cet endroit est particulièrement élevée. 

Les agissements de géants comme Syngenta peuvent avoir des conséquences politiques de premier ordre. Quel a été le rôle de la firme Suisse dans le coup d'État au Paraguay? 

Nous n'avons pas de preuve d'une participation directe au putsch de 2012. En revanche, il a été démontré que les organisations patronales paraguayennes y ont joué un rôle direct. Or, Monsanto et Syngenta en font partie et sont les premiers bénéficiaires du renversement du président Fernando Lugo, lequel voulait freiner les OGM dans son pays. Cette technologie concerne surtout le maïs et le soja qui sont produits en grande quantité pour être exportés afin de nourrir les animaux d'abattage ou de produire des agrocarburants. Il ne sert pas à alimenter les populations locales. 

Vous dites que Syngenta fait elle-même de la politique. Comment ? 

Premièrement, la firme finance les campagnes électorales de certains partis. C'est très clair aux États-Unis et à Hawaï. Ses activités de lobbying sont aussi importantes. A Bruxelles, elle dispose de cinq employés dédiés à cette tâche qui ont leurs entrées à la Commission européenne. Un autre dispositif qui me paraît redoutable, c'est le « revolving doors » (pantouflage) : Syngenta, comme d'autres multinationales, embauche de nombreux haut fonctionnaires ou responsables politiques quand ils en viennent à quitter leurs fonctions publiques. Un moyen de s'assurer de leurs appuis lorsqu'ils sont aux affaires. 

Au-delà du cas Syngenta, c'est tout le système agro-industriel que vous remettez en cause, pourquoi? 

Les désastres pour la nature, la santé et les paysans sont gigantesques. De surcroît, ce système n'a pas pour objectif de fournir des aliments, mais de créer davantage de profits pour les détenteurs de capitaux, En revanche on sait désormais que l'agroécologie peut répondre aux besoins de l'humanité. En 2008, un rapport de 500 scientifiques mandatés par les Nations unies et la banque mondiale4 a montré les progrès incroyables de cette nouvelle science écologique. Les travaux de l'entomologiste Miguel Altieri, de l'Université de Berkeley, qui préface notre livre, sont très encourageants. 

Syngenta a été rachetée. Que cela change-t-il pour votre lobby en Suisse la concernant ? 

Si Syngenta quitte la bourse suisse, nous aurons moins d'accès à l'information. Car c'est grâce aux rapports remis aux actionnaires que nous sommes mis au parfum des données internes à l'entreprise. Il est un peu tôt pour se prononcer car les effets concrets de ce rachat sur Syngenta restent à déterminer. Cela fait déjà un moment que ce n'est plus une entreprise suisse. La majorité des actions était déjà détenue par des investisseurs institutionnels étasuniens et anglais et non par des capitaux suisses.

 

« Halte au Paraquat! » 

Cela fait bientôt quinze ans qu'une coalition internationale d'ONG s'égosille à réclamer l'inscription du Paraquat de Syngenta sur la liste des produits chimiques dangereux de la Convention de Rotterdam. Seuls le Guatemala et l'Inde bloquent encore cette possibilité. Un pesticide qui rappelons-le, fait des centaines de milliers de victimes dans les rangs des paysans et des ouvriers agricoles. Altération des fonctions pulmonaires, dermatose de la peau, maladies neuro-dégénératives sont légions. Avec, à la clef, trop souvent la mort. Pour la Déclaration de Berne, qui a demandé un avis de droit en 2011, Syngenta viole les principes des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits humains. Premièrement parce qu'elle ne communique pas suffisamment sur les mesures de protections que doivent utiliser les travailleurs mais aussi parce qu'elle ne met en place aucun mécanisme pour indemniser les victimes. 

Au-delà, considérant qu'il est irréaliste de penser que tous les paysans pauvres et analphabètes auront accès rapidement à des mesures de protection, les ONG réclament à Syngenta l'arrêt total de la commercialisation de ce produit. CKR
« Qu'ils cessent de propager leur poison au Brésil! » 

Ne lui proposez pas d'aller prendre une bière. « Je suis le seul Brésilien à ne pas boire », rigole Celso Ribeiro Barbosa, militant du Mouvement des sans-terre (MST). Depuis qu'il a été intoxiqué par les herbicides qu'il utilisait dans ses pâtures, l'éleveur doit porter une attention particulière à son alimentation. Son foie a été endommagé de manière irrémédiable. Alors aujourd'hui, il n'a qu'un mot pour désigner les produits phytosanitaires chimiques : « veneno » (poison). 

Celso Barbosa vient de Santa Teresa do Oeste, dans l'État du Paraná. Il y a dix ans, il participait à l'occupation de terres que Syngenta avaient ensemencées illégalement avec des organismes génétiquement modifiés (OGM). Ces champs destinés à la recherche se situaient dans la zone tampon adjacente au parc national naturel d'Iguaçu où la culture d'OGM est strictement interdite par la loi. Pour faire pression sur la firme et les autorités, le MST et le mouvement international Via Campesina avaient décidé d'y planter leurs tentes. Avec succès: dans un premier temps la justice condamne Syngenta à une forte amende, puis le gouverneur du Parana décrète l'expropriation de la multinationale. Mais de recours en recours, l'affaire s'enlise. 

Lors d'une seconde occupation des lieux par les sans-terre en 2007, une entreprise de sécurité privée, NF Seguridad, cofinancée par Syngenta, ouvre le feu sur les paysans. Un agriculteur Valmir Motta de Oliveira, dit « Keno », est tué, et une femme, grièvement blessée, perd un œil. Un des hommes venus prêter main forte à NF Seguridad est également touché par balle et décède à son tour. On accuse le MST. Mais après enquête, la police détermine que cet homme a été pris par le feu de son propre camp, à longue distance, dans ce qui ressemble au résultat de la confusion d'une opération non cordonnée. 
Quant à la justice civile brésilienne, elle a déclaré Syngenta coresponsable de la mort de Keno et l'a condamnée, le 17 novembre dernier, à verser des réparations aux familles des victimes. 

Le juge Pedro Ivo Moreira a établi les faits : il n'y a pas eu de « confrontation » entre les gardes privés et le MST, comme l'avaient prétendu NF Seguridad et Syngenta. « Il s'est agit en réalité d'un massacre déguisé en reprise de possession du terrain », écrit le juge. Mais à nouveau, la firme conteste sa responsabilité. Elle a fait recours. « Je suis venu en Suisse pour demander que Syngenta paie ce qu'elle doit à nos camarades », indique Celso Barbosa, qui a pu déployer son drapeau du MST devant l'assemblée des actionnaires de la firme à Berne. 

Le regard du paysan va toutefois plus loin : « Syngenta occupe la première place des ventes de l'agro-industrie au Brésil. Nous voulons qu'elle cesse de propager son poison chez nous.» L'éleveur montre l'exemple puisqu'il a reconverti son exploitation à l'agroécologie depuis plus de quinze ans. Il y a surtout été poussé par la nécessité économique: «Nous ne pouvons plus tenir face à la concurrence des grandes exploitations. L'agroécologie est la seule solution car nous pouvons vendre 30% plus cher sur un marché où la demande de produits sains dépasse l'offre », explique-t-il. Le MST lui-même s'est mis au défi de convaincre ses membres d'abandonner la chimie. Un tiers d'entre eux ont déjà franchi le pas, assure Celso Barbosa. Christophe Koessler.

Notes : 

1. Multiwatch réunit une quinzaine d'organisations, dont la Déclaration de Berne, Alliance Sud, Swissaid, le CETIM, le SIT, Unia Berne, Attac, Solidar. 

2. Le livre n'est pour l'instant disponible qu'en allemand sous le titre Schwarzbuch Syngenta, dem Basler Agromulti auf der Spur, Editions 8, 2016. Il sera traduit en anglais, puis en français. Peut être commandé au travers de la page Internet: www.multiwatch.ch 

3. Syngenta produit des pesticides contenant des néonicotinoïdes, reconnus notamment par la revue Science en 2012 pour nuire aux abeilles. 

4. Le rapport s'intitule «Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement».

Christophe Koessler

Le courrier

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christiane 07/05/2016 09:49

vient le temps ou ces gens vont etre poursuivis pour crimes, manipulations et mensonges envers l'homme et la nature car les degats sont irreversibles ou catastrophiques au niveau de la nature ;l'homme fait parti de cette chaine : dans ce temps il est imperatif de boycotter leurs produits mortiferes sous risque d"etre leurs complices si on soutien ce genre de degenerescence humaine

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