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Des anticorps en plastique pour combattre les odeurs corporelles

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 9 Juin 2016, 14:05pm

Catégories : #Sciences

Les coupables derrière les mauvaises odeurs corporelles sont principalement des acides organiques volatils malodorants issus de leurs précurseurs inodores, dégradés par des bactéries résidant sur la peau. Comme solution, les industries cosmétiques proposent des déodorants à base de sels d'aluminium ou d'antibactériens pour limiter la prolifération de ces bactéries mais qui peuvent à la longue perturber la microflore de la peau. Des chercheurs de l'Université de technologie de Compiègne, en collaboration avec L'Oréal, ont trouvé une solution plus saine en utilisant un anticorps en plastique pour piéger les précurseurs, empêchant ainsi les bactéries de les transformer en molécules puantes. Ce nouveau concept de déodorant est publié dans la revue Angewandte Chemie.
 


Figure 1: Formation par une enzyme bactérienne de molécules malodorantes à partir de leurs conjugués inodores.
© Karsten Haupt


Quand on parle d'odeur corporelle, on pense surtout à l'odeur qui émane des aisselles. Effectivement, cette partie du corps constitue une bonne niche pour attirer des bactéries, qui peuvent atteindre un million de cellules par cm2, car c'est un endroit chaud et humide avec une "nourriture" abondante (acides aminés, vitamines, etc. sécrétés dans la sueur) pour leur prolifération. La sueur fraîchement sécrétée est inodore mais c'est par l'action de ces bactéries, résidant naturellement sur la peau, que certaines molécules sont dégradées en acides malodorants (Fig.1). Pour combattre ces mauvaises odeurs, les industries cosmétiques utilisent des parfums associés à des antibactériens à spectre large (triclosan, chlorhexidine, etc.) ou des antiperspirants sous forme de sels d'aluminium qui bloquent les canaux des glandes sudorales et empêchent la transpiration. Aucun de ces produits n'est vraiment idéal car l'utilisation répétée de bactéricides peut irriter la peau et perturber les microorganismes de la flore cutanée dont l'effet 'barrière' nous protège contre des pathogènes; à la longue ceci peut même conduire à l'apparition de bactéries résistantes. En même temps, il y a de plus en plus de pression sur l'industrie cosmétique pour fournir des déodorants sans sels d'aluminium qui depuis ces dernières années ont acquis une mauvaise réputation (problème de toxicité, possible cause de cancer, etc.). Bien qu'il n'existe pas suffisamment de preuves scientifiques rigoureuses concernant les effets néfastes des sels d'aluminium, ces molécules restent très préoccupantes pour la santé et l'environnement et la demande de leur suppression par les consommateurs demeure massivement transmise par les médias et sur la toile.

 

 


Figure 2: Schéma d'un MIP piégeant un précurseur d'odeur, empêchant la bactérie de le transformer enmolécule malodorante.
© Karsten Haupt

C'est là que les "anticorps en plastique" élaborés par les chercheurs de l'équipe Génie Enzymatique et Cellulaire de l'Université de Technologie de Compiègne, rentrent en jeu car ils peuvent apporter une solution plus saine. Les "anticorps en plastique" sont des polymères à empreintes moléculaires (MIP pour Molecularly Imprinted Polymer) qui sont des récepteurs synthétiques possédant des cavités leur permettant de reconnaître et adsorber spécifiquement une molécule cible ("antigène"). Les MIPs ont une affinité et une spécificité comparable à celles des anticorps naturels, d'où leur surnom "d'anticorps en plastique". Ce sont donc des matériaux bio-inspirés et biomimétiques, qui sont fabriqués par un procédé de moulage du polymère autour de la molécule cible, à l'échelle moléculaire. En collaboration avec des chercheurs de L'Oréal*, ils ont incorporé des MIPs dans une formulationcosmétique, pour piéger sélectivement les précurseurs d'odeurs dans la sueur humaine. Par conséquent, ces molécules ne sont plus disponibles pour générer les odeurs désagréables (Fig. 2).

C'est la première fois que des MIPs sont appliqués comme principe actif en cosmétique. Ceci pourrait conduire à de meilleurs déodorants, sans perturber l'écosystème de la peau, comme indiqué par des travaux préliminaires de ces chercheurs. De plus, les MIPs sont peu coûteux et stables, et peuvent être synthétisés facilement et rapidement, un avantage non négligeable pour les industries cosmétiques. Bien qu'à l'heure actuelle, ces travaux restent encore au niveau laboratoire, ils sont néanmoins très encourageants et apportent une nouvelle dimension pour l'application et la commercialisation des MIPs en dehors de leur utilisation traditionnelle en chimie et biochimie analytique.

 

 

 
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Source: CNRS-INSB

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nina 10/06/2016 08:47

heu...autrement y'a un autre truc ça s'appelle le savon.

Bichon 09/06/2016 23:39

Pourquoi perdre son temps à chercher toujours plus compliqué alors que depuis bien longtemps le bicarbonate de soude fait très bien l'affaire ? Je fabrique mon déo depuis que j'ai lu cet article et je n'ai plus envie d'en changer : http://www.bioconsomacteurs.org/agir/agir-au-quotidien/trucs-et-astuces/deodorant-maison-d-une-simplicite-deconcertante

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