Le Nouveau Paradigme

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Les plus beaux rendez-vous astronomiques en juin

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 1 Juin 2016, 13:50pm

Catégories : #Espace

Au programme : l’opposition de Saturne, le retour des nuages noctiluques, Mercure à l’aube et la pleine lune des fraises.

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Un portrait exceptionnel de Saturne, réalisé le 21 mai dernier par Jean-Luc Dauvergne et François Colas avec le télescope de 1 m de diamètre de l’observatoire du pic du Midi (Emil Kraaikamp a participé au traitement et à l’assemblage des images brutes). En cette période d’opposition, la planète aux anneaux est observable durant toute la nuit : elle se situe au sud de la constellation d’Ophiuchus et passe à une vingtaine de degrés de hauteur au-dessus de l’horizon sud vers minuit aux latitudes européennes. Cet astre éclatant est bien visible à l’œil nu, mais il faut un instrument optique grossissant une trentaine de fois au minimum pour commencer à distinguer les merveilleux anneaux de cette géante gazeuse.
© Jean-Luc Dauvergne/François Colas/Emil Kraaikamp/S2P/IMCCE/OMP

 

Opposition de Saturne en juin 2016Saturne passe à l’opposition le vendredi 3 juin, c’est-à-dire que le Soleil, la Terre et Saturne sont alignés dans l’espace. Elle parcourt la voûte céleste du crépuscule à l’aube et nous sommes donc au cœur de la meilleure période de l’année pour admirer ce corps distant de 1,35 milliard de kilomètres et profiter de la vision saisissante de ses anneaux. Dans l’hémisphère Nord, les nuits sont courtes à l’approche du solstice d’été et la position de Saturne au sud de la constellation d’Ophiuchus l’empêche de grimper très haut au-dessus de l’horizon sud ; les conditions d’observation sont meilleures sous les tropiques et dans l’hémisphère Sud. En France métropolitaine, elle ne dépasse pas 25° de hauteur à minuit, soit un peu plus que la hauteur de votre main grande ouverte bras tendu. La turbulence et la pollution lumineuse peuvent donc constituer une gêne pour les observateurs soucieux d’obtenir des images à très haute résolution, mais que cela ne vous décourage pas de chercher cette pépite planétaire. Je le rappelle : les anneaux de Saturne ne sont pas visibles à l’œil nu ou dans des jumelles, à l’exception de quelques modèles de très haut de gamme absolument hors de prix. Pour distinguer les merveilleux anneaux qui ceignent la deuxième géante gazeuse du Système solaire, il faut utiliser une lunette ou un télescope avec un grossissement de 30 fois au minimum. Ne vous attendez pas alors à voir Saturne comme sur l’image qui ouvre ce billet, mais plutôt comme la miniature cristalline visible dans le petit encart circulaire. Plus l’instrument utilisé est imposant, plus il permet d’augmenter le grossissement et plus des détails peuvent apparaître si la turbulence n’est pas trop forte. Il est alors possible d’admirer des bandes nuageuses sur le disque de Saturne ; elles rappellent celles de Jupiter, mais leur coloration ocrée est moins contrastée. De fines divisions noires apparaissent également dans la structure des anneaux – la plus épaisse est la division de Cassini – et les petits points de nombreuses lunes, dont Titan, agrémentent le voisinage de la planète.

 

Les phases de la Lune
La Lune est nouvelle le 5 dans le Taureau, elle atteint son premier quartier le 12dans le Lion, elle est pleine le 20 dans le Sagittaire et au dernier quartier le 27dans les Poissons.
Consultez également la page des phases lunaires pour l’année 2016.

Cartes du ciel
Cartes du ciel visible en juin 2016 vers la fin du crépuscule et à l’orée de l’aube à la latitude de la France métropolitaine. Cliquez sur les cartes pour les afficher en grand et les imprimer pour votre usage personnel. La position des planètes est bonne pour le milieu du mois.

Carte du ciel
Carte du ciel
© Guillaume Cannat

Ces cartes peuvent être utilisées en Europe et dans le monde à l’intérieur d’une bande s’étendant de 38° à 52° de latitude nord. Si vous êtes à plus de 45° nord, l’étoile Polaire sera plus haute dans votre ciel et, le soir, la constellation d’Hercule sera d’autant plus proche de l’horizon sud. Si vous êtes à moins de 45° nord, l’étoile Polaire sera plus proche de l’horizon nord et Hercule sera plus éloignée de l’horizon sud.

Attention, ces cartes ne sont pas à l’envers ! Elles représentent simplement les astres qui sont situés au-dessus de nos têtes. Si vous vous allongiez avec la tête vers le nord et les pieds vers le sud, l’est serait bien à votre gauche et l’ouest à votre droite.

Utilisez ces cartes en les imprimant et en les faisant tourner de telle sorte que le nom de la direction dans laquelle vous observez soit écrit à l’endroit. Les constellations et les étoiles que vous retrouverez dans la portion du ciel qui vous fait face sont toutes celles dont le nom est lisible sans trop pencher la tête. Les noms des constellations et de leurs principales étoiles sont indiqués, ainsi que le tracé des constellations les plus importantes ; ce tracé est parfois incomplet lorsque la figure est en partie cachée sous l’horizon. La partie la plus dense de la Voie lactée est dessinée, mais vous ne distinguerez cette bande irrégulière et fantomatique que dans un ciel suffisamment protégé de la pollution lumineuse. En ville ou en milieu périurbain, seuls les astres les plus brillants parviendront à s’imposer.

Les rapprochements entre les planètes, la Lune et les étoiles que je décris peuvent être admirés pratiquement partout sur la Terre (sauf précision contraire dans le texte), mais les dates et les heures indiquées, ainsi que les positions relatives des astres sur les illustrations ne sont précises que pour la France métropolitaine.

Illustrations © Guillaume Cannat

Le vendredi 3 juin à l’aube, une quarantaine de minutes avant l’arrivée du disque solaire, Mercure et un mince croissant lunaire ont rendez-vous au ras de l’horizon est-nord-est. Autant le signaler tout de suite, les conditions d’observation sont particulièrement délicates : le ciel est déjà bien éclairé et coloré par l’aube ; Mercure n’est pas très brillante, sa magnitude est proche de 0,7 ; elle se situe au sud de l’écliptique et cette ligne, qui matérialise la trajectoire du Soleil sur la voûte céleste, est fortement inclinée et la maintient à proximité du sol et des obstacles visuels naturels ou artificiels ; enfin, nous sommes à une période où l’horizon matinal est régulièrement brumeux. Bref, cela ne sera pas facile à voir ! Pourtant, rien que pour le plaisir de se retrouver sous la voûte étoilée en fin de nuit et d’écouter le monde avant la cohue du jour, cela vaut la peine d’essayer. Prenez des jumelles avec vous par sécurité et commencez votre recherche juste après le lever de Mercure et du croissant, soit une cinquantaine de minutes avant l’apparition du Soleil.

3 juin 2016
Vendredi 3 juin 2016 à l’aube, une quarantaine de minutes avant le lever du Soleil, Mercure et le mince croissant de la vieille Lune vous attendent au ras de l’horizon est-nord-est. Leur écart étant d’un peu plus de 3 degrés, ces deux astres tiennent aisément dans le même champ de jumelles.

Début juin, nous entrons dans la bonne période pour guetter l’apparition des nuages noctiluques à la fin du crépuscule et à l’orée de l’aube. Les nuages noctiluques apparaissent autour du solstice d’été, lors d’une période d’autant plus longue que vous vous trouvez au-delà de 50° de latitude nord, et jusqu’à 65° nord (réciproquement pour l’hémisphère Sud). Ces dernières années, de très beaux nuages noctiluques ont été observés et photographiés dans la moitié nord de la France et j’en ai personnellement observé quelques-uns dans le sud du pays en 2008, en 2010 et en 2012. En pratique, il faut que le Soleil se situe entre 6° et 16° sous l’horizon ; l’atmosphère qui vous surplombe est alors plongée dans l’ombre de la Terre, mais, si vous observez vers l’horizon sous lequel roule le disque solaire, vous pouvez, s’il y en a, admirer des nuages noctiluques. Leur très grande altitude – 75 à 90 km – leur permet en effet de bénéficier alors de l’éclairage direct du Soleil ; ils ressemblent à de vastes ondulations plus claires que le fond du ciel et une photographie de quelques secondes souligne leur belle coloration bleutée. Dans l’hémisphère Sud, la saison d’observation des noctiluques se produit entre mi-novembre et mi-février.
À lire également : Les nuages noctiluques mettent-ils en évidence le réchauffement climatique ?

Nuages noctiluques
Les ondulations langoureuses de nuages noctiluques photographiés depuis la Station spatiale internationale.
© NASA
Nuages noctiluques fin mai 2016
Depuis le 25 avril 2007, le satellite américain AIM (Aeronomy of Ice in the Mesosphere) traque les nuages noctiluques, appelés également nuages polaires mésosphériques puisqu’ils apparaissent dans la mésosphère, cette couche de notre atmosphère, située entre la stratosphère et la thermosphère, au sein de laquelle la température baisse fortement avec l’altitude. L’avantage de la présence et du bon fonctionnement du satellite AIM est qu’il permet des observations continues de l’évolution de la couverture de nuages noctiluques. En consultant la dernière image disponible sur un site comme Spaceweather.com, vous pouvez anticiper vos chances de voir et de photographier des noctiluques en fonction de votre position géographique.
© NASA/AIM/CIPS/LASP

Le jeudi 9 juin au crépuscule, une heure après le coucher du Soleil, reconnaissez les taches sombres des mers lunaires à l’œil nu ou avec des jumelles. La mer de Humboldt est bien visible au nord-est du limbe du croissant et la mer des Crises est superbement éloignée du limbe oriental. Les mers Marginale et de Smyth révèlent joliment leurs étendues lisses et d’un gris très dense. Entre la mer de Smyth et la mer des Crises, deux petites mers peu connues sont également observables dans un instrument, même modeste : la mer des Ondes et la mer Écumante. Au sud du croissant, la mer Australe se profile sur le limbe.

Lune du 9 juin 2016
© NASA’s Scientific Visualization Studio

Le samedi 11 juin vers la fin du crépuscule, plus de deux heures après le coucher du Soleil, le quartier lunaire brille juste en dessous de Jupiter. Les deux astres sont installés à l’est du Lion et ils surplombent l’horizon ouest d’une vingtaine de degrés. La planète est à 2 degrés du limbe boréal de Séléné et vous pouvez la voir à l’œil nu sans difficulté, même dans un environnement urbain, car son éclat est toujours puissant. Celle que vous ne pourrez pas voir à l’œil nu, ni d’ailleurs avec une lunette ou un télescope, c’est la comète 67P Churyumov-Gerasimenko qui circule à 5 degrés sur la gauche de Jupiter. Dix mois après son passage au plus près du Soleil, son éclat est infime et, si je vous en parle, c’est uniquement parce que, à la fin de l’été, l’orbiteur de la mission européenne Rosetta devrait se rapprocher progressivement du noyau sur lequel repose déjà le module Philae. Le but de cette manœuvre est de mettre un point final à une mission déjà exceptionnelle en posant l’orbiteur sur le noyau en septembre. Il n’a pas été conçu pour cela et il se brisera certainement en touchant la surface, mais, jusque-là, ses caméras pourront nous faire parvenir des images d’une résolution inégalée !

11 juin 2016
Samedi 11 juin 2016 à la fin du crépuscule, plus de deux heures après le coucher du Soleil, le quartier lunaire et Jupiter sont à 2 degrés d’écart à l’est du Lion. Ce couple domine l’horizon ouest d’une vingtaine de degrés.

Du dimanche 12 au mercredi 15 juin à la fin du crépuscule, deux heures après le coucher du Soleil, vous pouvez suivre la traversée de la constellation de la Vierge par une lune gibbeuse croissante. À une trentaine de degrés de hauteur au-dessus de l’horizon sud-ouest, notre satellite semble marquer un arrêt quotidien à côté de la plupart des étoiles brillantes de cette grande figure céleste. Cela commence le dimanche par une pause à moins de 1 degré de Zavijava, une étoile qui se situe juste à côté de la frontière avec le Lion ; elle n’est pas très brillante et, en ville, son éclat peut être gommé par la pollution lumineuse. Le lundi 13, Séléné fait un saut jusqu’à Porrima, qui brille à un peu plus de 1 degré au nord de son limbe. L’éclatante Spica est survolée le mardi 14, à plus de 4 degrés. En observant la Lune et Spica, vous pouvez matérialiser l’écliptique qui passe à mi-distance entre elles et part en direction de Zavijava vers l’ouest et de Saturne vers l’est. Le mardi 15, c’est au tour de Kappa Virginis d’accueillir la Lune et leur rapprochement est tellement serré qu’il se produit même une occultation en début de nuit. De magnitude 4,1, cette étoile n’est pas visible sans instrument au ras de la Lune, mais des jumelles vous permettent de suivre son occultation.

12 au 15 juin 2016
Du dimanche 12 au mercredi 15 juin 2016 à la fin du crépuscule, deux heures après le coucher du Soleil, la Lune gibbeuse croissante parcourt la constellation de la Vierge et nous désigne ses principales étoiles.

Du jeudi 16 au samedi 18 juin au crépuscule, une heure et demie après l’enfouissement de notre étoile, c’est une lune gibbeuse croissante imposante qui s’avance au-dessus de l’horizon sud. Alors que la nuit monte peu à peu, épuisant les couleurs du ciel, quelques astres ont déjà fait leur apparition par ordre d’éclat. Mars et Saturne, bien sûr, mais également Antarès et Graffias du Scorpion, Sabik d’Ophiuchus, Zubenelgenubi et Zubeneschamali de la Balance. Jeudi 16, la face sélène ovalisée luit généreusement entre ces deux dernières, à plus de 30 degrés de hauteur. Elle glisse entre Mars et Graffias, que l’on appelle parfois aussi Acrab, le vendredi 17. La planète rouge est encore éclatante (magnitude – 1,7) et vous pouvez la voir bien plus aisément que Graffias dans un ciel dégradé par un éclairage artificiel mal maîtrisé. Le samedi 18, le globe lunaire est presque circulaire lorsqu’il croise Saturne à moins de 3 degrés. Son éclat est de plus en plus éblouissant et il efface la plupart des étoiles que vous pouvions voir les jours précédents. Antarès résiste et vous pouvez comparer son scintillement enthousiaste à la stabilité apparente de Saturne ou de Mars.

16 au18 juin 2016
Du jeudi 16 au samedi 18 juin 2016 au crépuscule, une heure et demie après le coucher du Soleil, la Lune gibbeuse croissante trace son chemin de la Balance à Ophiuchus et rend visite à Mars et à Saturne au-dessus de l’horizon sud.

En Amérique du Nord, on surnomme pleine lune des fraises la pleine lune de juin, mais elle porte aussi parfois le nom de pleine lune rose ou de pleine lune de la chaleur, car elle ouvre la saison chaude dans l’hémisphère Nord. Elle se produit cette année le lundi 20 et notre satellite naturel est alors à 395 000 kilomètres de nous. Le dimanche 19, la Lune gibbeuse croissante, pleine à 99,4 %, est visible au-dessus de l’horizon sud-est dès le coucher du Soleil. Le globe lunaire passe toute la nuit au sud d’Ophiuchus et, le 20 à l’aube, nous le retrouvons au-dessus de l’horizon sud-ouest : il se couche juste après l’apparition du Soleil de l’autre côté du ciel. Le lundi 20, le disque sélène tangente l’horizon est-sud-est au coucher du Soleil ; il est dans le Sagittaire et passe le méridien à moins de 30 degrés de hauteur. Lorsque le temps est au chaud au moment du solstice d’été, il n’est pas rare que l’éclat lunaire soit filtré comme celui du Soleil au ras de l’horizon et la pleine lune exhibe alors une coloration rouge ou orange splendide.

À lire également : La Pleine Lune du vendredi 13 sera-t-elle rouge comme une fraise ?

Pleine lune des fraises
Lever de la pleine lune des fraises en juin 2014.
© Guillaume Cannat

Et pour conclure, à la fin du mois, deux heures après le départ de l’astre du jour, si vous avez la chance de vous trouver sous un beau ciel, admirez le lever du cœur de la Voie lactée au-dessus de l’horizon sud-est. Voici une ambiance crépusculaire photographiée l’an dernier dans les Pyrénées, au-dessus du lac des Bouillouses que l’on voit luire sous la pollution lumineuse en contrebas.

La Voie lactée en juin
© Guillaume Cannat

 

Ciel à lire
Mon nouveau livGuide du Ciel 2016-2017re est à présent en librairie : il s’agit de la 22eédition du Guide du Ciel qui vous présente tous les rendez-vous astronomiques observables à l’œil nu et avec des instruments (jumelles, lunette, télescope) entre juin 2016 et juin 2017. Il déborde de cartes, de photographies du ciel et de schémas explicatifs. Je conçois le Guide du Ciel comme une caisse à outils pour les astronomes, quel que soit leur niveau de connaissances et de pratique. Il y a des outils que vous utilisez très régulièrement – les phases lunaires, les grandes conjonctions, les positions des planètes –, d’autres dont l’usage est plus occasionnel – les éclipses ou le passage d’une belle comète – et certains que vous n’avez encore jamais utilisés mais que vous êtes heureux de posséder au cas où, comme ces possibles occultations d’étoiles par des astéroïdes ou, plus extraordinaire encore, les heures précises des transits de quelques exoplanètes devant leur étoile !

Ciel à écouter
Pour prolonger ce billet sur les plus beaux rendez-vous astronomiques, je vous invite à écouter le podcast d’éphémérides que j’enregistre avec mes confrères David Fossé et Jean-Luc Dauvergne sur Ciel & Espace Radio. Nous parlons pendant une vingtaine de minutes des phénomènes visibles à l’œil nu et avec des instruments plus ou moins importants, en agrémentant notre conversation de conseils pratiques pour les observer et les photographier.


Guillaume Cannat (pour être informé de la parution de chaque nouvel article, suivez-moi sur Twitter, sur Facebook ou sur Google+)

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