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Marché noir en Indonésie : extinction imminente de 13 espèces d’oiseaux

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 2 Juin 2016, 09:36am

Catégories : #Société

Si l’on connaît les effets dévastateurs du braconnage sur les espèces protégées telles que l’éléphant, le rhinocéros ou le tigre, dont les effectifs réduisent chaque année à cause du commerce illégal de peau et d’ivoire, il en est malheureusement de même pour nombre d’autres espèces moins connues à travers le monde. Le braconnage serait en effet le trafic le plus lucratif après celui de la drogue, des êtres humains et des armes. Ainsi, une récente étude a établi la liste de 13 espèces d’oiseaux proches de l’extinction, chacune comprenant plusieurs sous-espèces, et dont certaines auraient déjà entièrement disparu.

 

Célèbre pour abriter des millions d’espèces exotiques, allant du poisson au mammifère en passant par l’oiseau et l’invertébré, le Sud-Est de l’Asie, voit peu à peu sa biodiversité disparaître au fil des années. En Indonésie, tout particulièrement, de nombreuses espèces de vertébrés ailés sont tout simplement sur le point de disparaître de la surface de la terre. C’est le constat que vient de tirer une étude menée sur l’année 2015 et relatée récemment dans le journal ornithologique Forktail. En effet, si l’étude n’insiste pas sur les changements climatiques mondiaux et la déforestation globale jouant un rôle déterminant sur l’avenir de ces espèces, elle met l’accent sur une problématique trop peu médiatisée : le trafic d’oiseaux vendus à des fins domestiques aux particuliers à travers le monde.

Ce trafic est le plus souvent opéré par des mafias locales qui utilisent le manque d’encadrement juridique et de vigilance de l’État Indonésien pour s’enrichir en chassant, élevant, puis revendant des oiseaux exotiques. Ceux-ci sont en effet vendus à prix d’or sur le marché noir pour atterrir dans des boutiques qui ne respectent pas la législation ou sur des sites de vente sur internet. Par exemple, le Cacatoès Soufré, en danger critique d’extinction, est vendu en moyenne 885 euros l’unité. Toutes espèces confondues, le trafic d’animaux sauvages dépasserait les 20 milliards d’euros par an. Autant dire que le business est particulièrement juteux. Au delà des dangers liés à une modification de leur environnement, comme la déforestation ou une pluviométrie croissante observées ces dernières années, l’étude voit aujourd’hui le braconnage comme principale menace pour la pérennité de ces oiseaux.

Cacatoes_03Photo : asmporegon

En effet, l’étude observe que certains éleveurs et trafiquants n’hésitent pas à décimer des espèces entières d’oiseaux exotiques, en traquant par exemple les nids des Cacatoès (qui ne pondent qu’un ou deux œufs par an) afin de récupérer les oisillons. Non-sevrés, une grande partie de ceux-ci vont mourir, mais le prix par tête en vaut la chandelle. On a également pu observer des cas édifiants de dissimulation d’oiseaux lors du passage en douane, notamment avec la découverte l’année dernière de 24 Cacatoès Soufrés dissimulés dans des bouteilles en plastique afin d’être revendus à l’étranger. Malheureusement, ce fait divers serait loin d’être un cas isolé. Reste à pouvoir déterminer quels sont les acteurs qui répandent ces animaux illégalement sur le marché et si les consommateurs en sont informés.

L’étude précise que les dégâts pourraient être bien pires que ceux annoncés, car certaines espèces non-protégées disposent de peu de données scientifiques quant au nombre d’oiseaux commercialisés (légalement ou illégalement). On compterait donc au moins 13 espèces d’oiseaux désormais proches de l’extinction, chaque espèce comprenant des sous-espèces elles aussi en danger. Parmi elles, 5 sous-espèces d’oiseaux indonésiens auraient déjà entièrement disparu, précise le rapport. Alors que faire ?

Cacatoes_02CC0 Public Domain

Cette raréfaction de leur source de revenu est loin de dissuader les trafiquants dans le commerce d’oiseaux domestiques. Ceux-ci se tournent alors vers l’élevage de sous-espèces hybrides, censées opérer comme « substituts » aux yeux des acheteurs. Ils n’hésitent alors par à recréer par croisements les caractéristiques des oiseaux originaux recherchées par les acheteurs, parfois même en utilisant d’autres oiseaux ne provenant pas d’Indonésie. Ce manque de contrôle et de professionnalisme engendre la création d’espèces hybrides, parfois inadaptées au biotope local. Des espèces dangereuses pour l’environnement, qui, une fois relâchées dans la nature, ont tendance à s’attaquer et prendre la place des espèce originales, accélérant leur disparition.

Ce n’est que depuis quelques années que des chiffres peuvent appuyer le drame environnemental qui se produit ici. Les espèces peu ou non protégées avaient en effet été complètement délaissées d’un environnement juridique jusqu’ici. Aujourd’hui, si l’Indonésie peine toujours à mettre en place des mesures efficaces, des ONGs et associations militent pour un meilleur encadrement juridique et une sensibilisation à grande échelle autour de la préservation des oiseaux exotiques. Car la problématique va bien au delà de l’Asie, les oiseaux étant potentiellement revendus à l’étranger et un trafic similaire s’opérant en Europe sur des espèces locales. Un combat à ne pas perdre de vue, afin de préserver l’immense biodiversité qui fait la richesse de notre planète.

 


Sources : orientalbirdclub.org / especes-menacees.fr / iucnredlist.orgsciencesetavenir.fr 1 / sciencesetavenir.fr 2 / sciencesetavenir.fr 3

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