Le Nouveau Paradigme

Le Nouveau Paradigme

Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


Qui sont ces “guérilleros” qui veulent reverdir Paris ?

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 3 Juin 2016, 15:15pm

Catégories : #Partage

Quelques mètres carrés de terrain suffisent pour planter des salades en ville. (capture d'écran)

 

Ils ratissent, bêchent, sèment, plantent dans des lieux parisiens abandonnés. Combattants discrets et pacifiques de la reconquête sur le béton, ils plaident pour la réappropriation de l’espace public. Bienvenue à la Guérilla Gardening.

Le quai de Valmy ne dort jamais tout à fait, et surtout pas le soir. Les clapotis  et la cacophonie des transports se mêlent à une musique soul. Un ballon fend le ciel pour venir mordre la poussière. L’endroit fait office de terrain de foot improvisé. Assis au bord du canal Saint-Martin, plusieurs jeunes sont engagés dans une discussion animée. Baptiste, Julie, Gaby ont tous moins de 30 ans et déjà des années de militantisme à leur actif. Ils sont membres de la Guérilla Gardening. La Guéri… quoi ? La Guérilla Gardening, un mouvement d’activisme environnemental. Pour comprendre l’affaire, il faut remonter plus de 40 ans en arrière, en 1972, de l’autre côté de l’Atlantique.

Des racines new-yorkaises 

New York est alors embourbé dans une crise économique. Des propriétaires sur la paille se révèlent contraints de laisser leur terrain à la municipalité. Cette dernière manque aussi de ressources. Les terrains sont abandonnés à leur triste sort. De cette morosité ambiante est née la Green Guerilla : des particuliers qui se sont simplement mis en tête de reverdir la ville et les cœurs. Le terme de guérilla peut paraître incongru alors que les membres de ce mouvement sont totalement pacifiques mais il est parlant.

Presque un demi-siècle plus tard, ces jeunes assis au bord de l’eau reprennent le flambeau en France, au cœur d’un Paris pollué. Gaby et d’autres participants se retrouvent dans des endroits délaissés de Paris et prennent possession des lieux pour planter des arbres ou des plantes, sous le regard curieux mais généralement bienveillants des passants. En mai, par exemple, ils ont planté de petits arbres vers le quartier de Belleville.

 

Toutefois, ces militants se montrent peu, fuient la médiatisation et ne cherchent pas à se mettre en avant. Les rencontrer n’est pas chose aisée. Pourtant, Gaby Bonnefille, participant depuis 2009, se montre prolixe quand il s’exprime sur les valeurs qu’il cherche à véhiculer par son engagement. “Nous défendons les jardins destinés à être urbanisés. Pour nous, la terre et l’espace publics sont à tout le monde. “, soutient ce jardinier de formation, en buvant une gorgée de bière.

Un avis partagé par Julie, participante du mouvement depuis deux ans. La jeune femme maîtrise le sujet, elle a fait des études en sociologie de l’urbanisme. La réappropriation de l’espace public comme bien commun à tous est un thème qui lui tient à cœur. “J’ai découvert la Guérilla Gardening par le biais d’un réseau qui s’appelle Villes en transition. Pour moi, c’est important d’avoir une action directe sur notre cadre de vie“, juge-t-elle.

Julie vient de la campagne du nord de Lyon, d’un village de 800 habitants. La confrontation avec l’urbanisme galopant des grandes villes a été un déclencheur pour elle. “J’étais affligée par cette pollution et aussi par cette misère. Les riches dans des super appartements d’un côté, les pauvres de l’autre”, constate-t-elle. Alors, depuis qu’elle a découvert la Guérilla Gardening, elle participe ponctuellement à des actions. Pour chaque plante qui prend racine, c’est une victoire sur le béton omniprésent.

“Le jardinage parle à tout le monde”

Tout le monde, même les novices, peut s’essayer à cette pratique: “Le jardinage parle à tout le monde, affirme Gaby. Jeunes comme vieux, riches comme pauvres. Et on ne fait pas des ‘trucs de fou’, mais des gestes simples.”

Au quai de Valmy, ces guérilleros jardiniers ont réussi à créer un jardin. A quelques mètres de Gaby Bonnefille, des plantes foisonnantes ont repris leur droit sur la ville. Mais des déchets les étouffent. canettes de bière vides, plastiques, carton viennent gâcher le décor bucolique. ”C’est un endroit très squatté. On enlève les déchets mais dès que l’on revient, il y en a toujours autant. ”, regrette-t-il.

Publicite, fin dans 10 secondes
 
 

Et d’ajouter en pointant du doigt une de leurs dernières plantations : “Nous avons mis des chardons comestibles ici.” Des chardons qu’on peut manger, drôle d’idée a priori. Mickael, jeune brun à la barbe de trois jours, se réjouit d’être venu : “Tu vois, si je n’étais pas venu ce soir, je n’aurais jamais su ça“. Mickael a implanté Nuit debout à Evry. Très intéressé par l’écologie, il a souhaité rencontrer Gaby pour voir comment fonctionne la Guérilla Gardening. Il se retrouve dans les idées diffusées par le mouvement.

La Guérilla Gardening s'est aussi implantée en Autriche, ici dans la ville de Graz. (capture d'écran)

Le rejet de l’instrumentalisation politique 

Néanmoins, pour lui, la Guérilla Gardening pèche dans la communication. Ou plutôt dans son absence. Il imagine ainsi des pancartes dans les jardins pour expliquer leurs actions, quels végétaux sont plantées, si ils sont comestibles. “Je m’investis déjà beaucoup pour la Guérilla Gardening, sur mon temps libre. Je ne vois pas faire ça en plus, je ne me vois pas mettre des panneaux pour chaque fleur“, rétorque Gaby.

Les guérilleros jardiniers ne démarchent pas activement les passants ou potentiels participants. Ils attendent que ces derniers viennent à eux. “Les gens sont toujours d’accord avec ce qu’on fait, ils trouvent ça bien. Personne ne se plaint qu’on plante des fleurs“, sourit Baptiste, jeune participant. Mais entre soutenir, s’intéresser et participer, il y a un fossé.

Les municipalités se montrent également curieuses de ces jardiniers volontaires. Selon Gaby, elles cherchent souvent à instrumentaliser le mouvement, pour s’approprier la thématique écologique et gagner des voix aux élections. “On ne veut pas être repris par la mairie. Certains élus se mettent maintenant à parler de permis pour végétaliser, alors qu’ils n’ont rien inventé“, déplore le jeune homme. Le mouvement souhaite dès lors se tenir aussi loin que possible des hommes politiques. Les membres œuvrent tous bénévolement, aucun ne gagne quoi que ce soit. Pas de subventions à l’horizon non plus.

Des guérilleros jardiniers au Canada.

Se mettre en avant permettrait certainement à la Guérilla Gardening de se faire mieux connaître du public. Mais cela irait contre l’essence même de leurs valeurs. “Je ne crois pas trop aux pétitions, ça sert juste à montrer qu’on est nombreux“, note Gaby. Baptiste, de son côté, se montre optimiste. Il pense que la majorité des gens ouvre petit à petit les yeux : “Nous sommes en train de pourrir la terre. Il faut énormément de temps pour réaliser mais je crois que les gens se mettent à comprendre.”

Une illégalité acceptée de facto

L’autre problème évident de la Guérilla Gardening réside dans son illégalité. Le mouvement prône l’utilisation de terrain délaissés, “d’espaces qui sont des rebuts des villes“, mais sans attendre l’autorisation des mairies. “Ce qu’on fait dans les espaces publics est considéré légalement comme de la dégradation“, remarque Gaby. En revanche, entrer sur le terrain d’un particulier relève de la violation dudroit de propriété. En France, le droit de propriété est très très puissant“, renchérit le jeune homme qui ne croit pas si bien dire puisque ce droit se trouve dans l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Gaby n’a cependant jamais eu de problèmes. Mais il connaît d’autres guérilleros qui en ont eus. Très souvent, la police ne les appréhende pas. Difficile d’arrêter des personnes pacifiques qui plantent des fleurs. Pas trop de soucis à se faire donc. La Guérilla Gardening peut continuer à planter des tomates sans prendre de prunes.

Commenter cet article

mamie 03/06/2016 19:46

c'est avec des méthodes simples que l'on pourrait améliorer l'assainissement de l'air.
alors j'espère que ce groupe peut faire réfléchir ceux qui gouvernent ou administrent nos villes.
Je leur souhaite beaucoup de bénévoles et les remercie pour leurs gestes.

Nous sommes sociaux !

Articles récents