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Nucléaire français et Cattenom : la fuite qui dérange

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 18 Juillet 2016, 15:53pm

Catégories : #Environnement

Un technicien observant l'un des diesels de secours de la centrale de Cattenom. L'état de ces immenses groupes électrogènes fait polémique. (photo EDF)
Un technicien observant l'un des diesels de secours de la centrale de Cattenom. L'état de ces immenses groupes électrogènes fait polémique. (photo EDF)

Pour éviter un accident nucléaire majeur, toutes les centrales nucléaires françaises disposent de groupes électrogènes de secours. Mais ceux-ci seraient dans un état «dégradé», voire «inacceptable», a révélé le Journal de l’énergie, grâce à des lanceurs d’alertes. À Cattenom, le directeur déplore cette polémique. Explications.

 
 

« On a mis sur la place publique qu’un des éléments les plus importants pour la sûreté nucléaire des réacteurs était mal entretenu. Et ça, EDF aura du mal à le contester », nous explique Martin Leers. Ce qui rend ce journaliste français si confiant, ce sont plusieurs documents internes provenant du géant français de l’électricité EDF.

En mars dernier, il a publié une enquête dans le Journal de l’énergie , un média français en ligne indépendant, qui pointe un élément crucial de sécurité  : les diesels de secours. Présents dans toutes les centrales nucléaires françaises, ces immenses moteurs doivent, en cas de coupure du réseau électrique national, fournir aussitôt l’électricité vitale au refroidissement du cœur nucléaire et du combustible radioactif, et pour plusieurs jours, voire semaines. Sans refroidissement, le combustible fond en quelques heures, et la radioactivité devient incontrôlable  : c’est l’accident nucléaire majeur, que redoute le proche Luxembourg (situé à 10 km de la centrale).

État «dégradé», voire «inacceptable»

Bref, ces moteurs doivent impérativement tourner rond! Or, révèle l’enquête, le contrôle technique est loin d’être vierge  : «Aucun bilan effectué sur les diesels de secours en 2014 des réacteurs français n’est classé en « état correct ».» Ces systèmes de secours sont tous classés  : «état à surveiller», «état dégradé» et «état inacceptable», écrit Le Journal de l’énergie .

Il cite aussi pas moins de 600  anomalies «actives» signalées sur ces diesels en mai 2014, et 458 en mars 2015, et donne l’exemple de «nombreux suintements ou fuites d’huile, d’air ou de carburant sur les circuits auxiliaires des groupes électrogènes (qui) dégradent la fiabilité d’ensemble». Et dans la majorité des cas, ces anomalies ont «pour origine une erreur humaine».

La centrale de Cattenom n’est pas épargnée  : ses diesels sont soit «à surveiller», soit pour la plupart «dégradés». « Dans nos documents, on voit que Cattenom est loin d’être exemplaire. On s’est même aperçu qu’il y avait eu des oublis et qu’ils n’ont parfois pas été contrôlés. »

Sans titreCertes, EDF a également prévu des groupes électrogènes d’«ultime secours», chargés de pallier un défaut des diesels. Mais pour ces «secours des secours», pas de bol, un bilan d’EDF en 2014 les classe aussi dans un état «à surveiller» (48,7  %), ou «dégradé» (40,5  %), affirme le journal.

Donc, « est-ce que tout va bien, ou bien est-ce qu’EDF a fait des économies sur la sécurité de son matériel et sur la maintenance? J’ai demandé à un ingénieur américain, car la méthodologie de ces documents est américaine, si ces bilans révélaient quelque chose de grave. Et il m’a dit que si vous avez une voiture avec plusieurs voyants allumés, c’est qu’il y a un souci. Il y a un problème, et il est bien réel. »

D’ailleurs, « les documents ont intéressé particulièrement les autorités de sécurité en France, notamment l’IRSN (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), ainsi que l’Autorité de sûreté nucléaire qui, à la suite de notre publication, a quand même dit qu’EDF devait progresser dans la maintenance du matériel ».

«Il y a une omerta sur le nucléaire»

Et la réponse d’EDF? « EDF ne nie pas, mais minimise. Pour eux, c’est même la preuve qu’EDF travaille très bien. C’est juste qu’on a mal interprété un langage qui est réservé aux ingénieurs. »

Tous ces documents, ainsi que l’enquête, ont été publiés en ligne et sont toujours accessibles (rapport en PDF ici). « On n’a encouragé personne à relayer les documents, mais c’était extraordinaire, on a compté plusieurs dizaines de milliers de téléchargements dans les premières semaines. Donc, si EDF veut faire disparaître ces documents, je leur souhaite bon courage », prévient Martin Leers.

Car il fait état de pressions  : « On a dénoncé une tentative de censure d’EDF. Sous couvert de défense de la propriété intellectuelle, EDF a laissé entendre qu’elle pourrait engager une procédure, mais finalement elle n’a pas été plus loin. On a refusé de retirer les documents, puisqu’ils sont véridiques. »

La presse française, elle aussi, n’a pas été plus loin, selon le journaliste  : « Aucun média mainstream n’a relayé ces documents. Seuls des petits médias associatifs l’ont fait. C’est d’ailleurs la raison d’existence de notre journal  : on estime que sur la question du nucléaire, il y a une omerta en France, principalement liée au fait qu’EDF est aussi un gros annonceur pour beaucoup de ces médias. Même si cela se fissure en ce moment, avec les nombreux problèmes qu’affronte EDF. »

Au fait, comment ces documents ont-ils pu fuiter? « Des lanceurs d’alertes nous les ont transmis , explique le rédacteur du Journal de l’énergie . Pourtant, l’entreprise est assez fermée, il y a une certaine solidarité, même entre syndicats et direction, liée à l’importance de cet employeur. Cette fuite révèle, je pense, qu’il y a effectivement des gens qui sont inquiets de la façon dont EDF gère la sûreté nucléaire. »

La suite? « On a d’autres enquêtes à venir , souligne Martin Leers. On n’est pas pressé. La seule chose, c’est que si les médias ne s’emparent pas de cette affaire et ne vont pas chercher les détails dans les documents, cela ne risque pas de se savoir et de faire bouger les choses. »

Romain Van Dyck

Cattenom : « On fait des contrôles tous les jours »

Les diesels de secours sont tout à fait opérationnels, réplique le directeur de la centrale de Cattenom, Thierry Rosso. Il faut éviter les «raccourcis rapides», répond-il, donnant une lecture totalement différente de ce rapport EDF sur l’état des diesels de secours. Il détaille aussi les différentes mesures prévues pour parer au pire.

Chez EDF depuis 1993, le Français Thierry Rosso est devenu en juin dernier le nouveau directeur de Cattenom. (photo Romain Van Dyck)

Chez EDF depuis 1993, le Français Thierry Rosso est devenu en juin dernier le nouveau directeur de Cattenom. (photo Romain Van Dyck)

 

Pourquoi les diesels de secours de Cattenom sont-ils dans un état « à surveiller », et surtout « dégradé », dans ce rapport?

Thierry Rosso  : Est-ce qu’il y a un problème de disponibilité des diesels aujourd’hui? Ma réponse est claire : non. Il ne faut pas faire de raccourcis rapides. La sûreté nucléaire n’est pas statique. Elle se gère à court, moyen et long termes.

Cela ne répond pas à ma question.

Je vais y répondre. Tous les jours, on vérifie que le diesel a les capacités de tenir son rôle, à savoir alimenter électriquement les matériels essentiels à la sûreté, en cas de perte totale d’alimentation de la centrale. Tous les jours, on fait donc des contrôles, on relève des paramètres. Et si jamais il y a un paramètre incorrect, notre « code de la route » nous impose des mesures conservatoires. Par exemple, on a trois jours pour retrouver la pleine disponibilité de ce diesel. Sinon, on arrête le réacteur concerné pour remettre le diesel en état. Ça, c’est la sûreté à court terme.

Ensuite, il y a la sûreté à moyen terme. Tous les 14 à 18 mois, on arrête l’installation pour recharger un tiers du combustible et faire de la maintenance. Là encore, on fait des contrôles et essais sur les diesels, pour vérifier leur disponibilité.

Et enfin, il y a la sûreté à long terme, c’est-à-dire que le diesel doit avoir la capacité de durer 40, 50 ans. Et c’est justement l’objet de cette note d’EDF. Des analyses sont faites, de façon centralisée, à Paris. La méthode utilisée est très exigeante : on est toujours sévère dans notre métier, on vise l’excellence.

Le rapport fait donc état des risques à long terme?

Oui, ce n’est pas l’état dégradé des diesels à l’instant T, mais dans la perspective d’une exploitation sur le long terme. Ces analyses nous permettent d’anticiper les opérations de maintenance. Car on doit anticiper et voir loin. La preuve, certains de nos contrôles récents ont été décidés il y a des années.

Ces diesels restent âgés, puisqu’ils sont aussi anciens que la centrale…

Oui, et ils ont été analysés, visités, démontés, on a remplacé des pièces. Ce sont des diesels de secours qui ne tournent que lors des essais de fonctionnement, soit 30 à 50 heures par an. En termes de disponibilité, donc leur capacité à tenir leur rôle, nos diesels ont les taux les plus élevés dans le monde! Et on déclare tous les évènements, y compris les mineurs. La France est d’ailleurs le seul pays à déclarer des écarts de niveau O, sans importance sur la sûreté, comme lorsqu’on dépasse de 24 heures la date d’essai du diesel.

Malgré tout, quelles sont les alternatives en cas de défaillance de ces diesels?

Il faut noter d’abord que chaque réacteur est équipé de deux diesels. Mais en cas de défaillance, les alternatives sont nombreuses. En amont, il y a d’abord l’îlotage (NDLR  : le réacteur est isolé du réseau externe, tout en produisant l’énergie nécessaire à son propre fonctionnement). Ensuite, il y a les secours de tranche à tranche, sachant qu’à Cattenom on en a quatre. Il y a aussi la possibilité de réalimenter la centrale via des ouvrages spéciaux, comme un barrage hydroélectrique. Toutes les centrales ont des lignes de réalimentation externes spécialement prévues. Il y a aussi des turbines à combustion, sortes de réacteurs d’avion, qui produisent de l’électricité. Et en aval, il y a de nombreux éléments de sécurité pour retarder la fusion du cœur.

L’accident de Fukushima a néanmoins fait encore monter les exigences d’un cran.

Oui, elle a amené l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à partir du principe que le pire peut arriver. On va donc installer des diesels d’ultime secours, qui vont équiper chacun des réacteurs à l’horizon 2018. À Cattenom, nous en aurons donc quatre. Et puis, dans le cadre des visites décennales, on doit également envisager tous les agresseurs externes possibles  : grand chaud, grand froid, séisme, incendie de forêt, pollution industrielle externe… Il existe une Force d’action rapide nucléaire (FARN), c’est en quelque sorte les pompiers du nucléaire, avec des capacités d’héliportage pour apporter eau et électricité sur le site. En 2020, on va ajouter un centre local de crise, un blockhaus conçu pour les situations extrêmes. On ajoute aussi des moyens de télécommunication, pour continuer à communiquer même lorsque les réseaux et les satellites classiques sont hors service.

Et au niveau de la sécurité, en particulier concernant le risque terroriste?

Elle a été aussi renforcée. Et pas seulement depuis les attentats en France, mais déjà depuis ceux de 2001 (NDLR : au World Trade Center), avec des moyens d’intervention supplémentaires en cas de menaces qui, oui, en ce moment, sont plutôt élevées.

Que dit l’ASN de la centrale de Cattenom?

L’ASN a dit récemment que Cattenom se situait dans la moyenne des performances, en termes de sureté, du parc nucléaire français. Je précise que dans d’autres pays, ce type d’autorité n’est pas indépendante. En France, elle l’est. L’ASN nous contrôle régulièrement, une vingtaine de fois par an, et parfois de façon inopinée. Donc vous imaginez bien qu’elle n’aurait pas laissé passer un problème grave sur les diesels. Je vous garantis que l’installation concernée serait déjà arrêtée, le temps de faire les travaux qui s’imposent.

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La France tarde à réduire sa part d’énergie nucléaire

La feuille de route de la transition nucléaire en France, présentée récemment par le gouvernement, n’est pas en phase avec l’objectif de 50  % de nucléaire à horizon 2025 promis par François Hollande, ont estimé la Fondation Hulot (FNH) et le réseau «Sortir du nucléaire».

Selon la FNH «EDF et l’État, passant outre le Brexit, la restructuration d’Areva, les problèmes répétés sur l’EPR de Flamanville et un contexte économique délicat, ont réaffirmé leur volonté de lancer sous peu Hinkley Point», projet de deux réacteurs EPR en Angleterre.

Le gouvernement a mis en consultation le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), feuille de route de la transition énergétique et nucléaire en France. Sa publication, qui était prévue fin 2015, n’est pas attendue avant l’automne.

Passer de 75  % à 50  % de nucléaire

Le réseau «Sortir du nucléaire» a dénoncé «un texte flou, qui enferme la France dans l’impasse nucléaire». «La fourchette de réduction de production nucléaire proposée permettrait, au mieux, d’atteindre une part de 65  % de nucléaire d’ici 2023!».

«Hormis Fessenheim, le texte ne précise pas explicitement si des unités de production devront effectivement fermer, laissant la porte ouverte à de simples modulations de puissance.» «Alors que les deux tiers des réacteurs (dont Cattenom) ont déjà dépassé 30  ans de fonctionnement, cette absence de prévision est irresponsable.»

L’enjeu de la PPE est énorme  : planifier la montée en puissance des énergies renouvelables, qui doivent couvrir 40  % de la production d’électricité, organiser la baisse de la consommation des énergies fossiles ainsi que la réduction à 50  % d’ici 2025 de la part de l’atome dans la production de courant (plus de 75  % aujourd’hui).

La centrale de Cattenom

La centrale nucléaire de Cattenom fournit près de 8 % de la production d’EDF en France. Elle dispose de quatre réacteurs de 1 300 MW chacun, dont la première a été démarrée en 1986. La centrale, qui fête cette année ses 30 ans, a produit 36,8 milliards de kWh en 2015, soit deux fois la consommation de la Lorraine, et emploie 1 300 personnes.

La centrale est implantée dans une zone à très faible sismicité, à 3 km de la Moselle, et à 20 m au-dessus de son niveau pour éviter toute inondation.

Son directeur Thierry Rosso rappelle que le projet d’EDF est d’amener son parc à 60 ans d’exploitation. «Pourquoi 60 ans? Parce que sur un réacteur nucléaire, il y a deux choses qu’on ne sait pas changer, c’est l’enceinte du bâtiment du réacteur et la cuve du réacteur. C’est ça qui va conditionner la durée de vie de la centrale. Et à ce niveau, aujourd’hui, on est très confiant sur la capacité d’aller à 60 ans», répond-il.

http://www.lequotidien.lu/

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henriette 18/07/2016 18:15

voila l'incompetence des dirigeants EDF et de l'etat au risque d'une catastrophe majeure pour la France ,l'Europe , le Monde :l'etat criminel en cela.....pendant ce temps EDF.....ERDF nous impose un compteur LINKY....dangereux sous des explications de sophiste,c'est du foutage de gueule a haut niveau :puisse chaque citoyens se reveiller afin de remettre le bon sens ,la verité,la souveraineté a leur juste place et virer tous ces debiles

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