Le Nouveau Paradigme

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Scandaleuses désinformations par deux diététiciennes nutritionnistes

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 13 Juillet 2016, 13:14pm

Catégories : #Santé

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« Vraies fausses idées sur les régimes. »

C’est un article paru le 29 juin dans le seul quotidien distribué en Nouvelle-Calédonie qui a aujourd’hui attiré mon attention (en PDF ici). L’article signé d’une journaliste propose de faire le point sur de nombreuses idées reçues en alimentation à l’aide de deux diététiciennes Alexandra Souprayen et Charlène Guignet.

Six points sont traités dans cet article. Six points qui mélangent des idées reçues, des erreurs nutritionnelles ou plus généralement une méconnaissance de certains sujets. A la lecture de cet article lu par des milliers de personnes, il m’était impossible de ne pas réagir.

Alors nous allons revenir patiemment et tout en longueur sur les points les plus dérangeants de cet article.

Végétarisme et végétalisme : des modes à prendre avec des pincettes ?

C’est le premier point abordé par les spécialistes. Il est ambiguë et jette le doute sur deux diètes bien connues : le végétarisme et le végétalisme. Selon les diététiciennes nutritionnistes, « il faut prendre ces régimes avec des pincettes, rajoutant qu’il y a beaucoup d’effet de mode qui peuvent être source de carences pour plus tard et de frustrations. »

Un effet de mode ? Si le végétalisme, qui consiste à éviter tous les produits d’origine animale est de plus en plus médiatisé récemment, le végétarisme est loin d’être une mode dans le monde entier.

Nous avons aujourd’hui pléthore d’études scientifiques, souvent prestigieuses et publiées par les plus grandes équipes de recherches de la planète, qui démontrent bien les bénéfices pour la santé de suivre une telle diète.

Une référence est abondamment citée à ce propos : la position officielle, et scientifiquement soutenue, de l’association américaine de diététique qui défend les diètes végétariennes et végétaliennes pour tous les stades de la vie, dès lors qu’elles sont bien menées [1].

L’école de santé publique de Harvard se positionne également favorablement pour une diète végétarienne, tout en ajoutant qu’il faut toujours faire attention à la qualité de son alimentation et du nombre de calories que l’on ingère.

Le lait de soja interdit aux enfants

Deuxième point soulevé par la journaliste et les diététiciennes et deuxième coup de massue. A l’interrogation si les enfants peuvent prendre du lait de soja, les spécialistes répondent « faux ».

Plus précisément, et d’après la journaliste, le fait de donner des laits végétaux à des enfants de moins de trois ans serait assimilé à de la maltraitance, citant le Centre de recherche et d’information nutritionnelle (CERIN). Alexandra Souprayen fait une mise au point et nous indique que les « jus de soja et autres n’ont pas les apports nécessaires pour la croissance des petits enfants ».

On nage dans ce paragraphe en plein flou artistique, scientifique et nutritionnel. Pour bien comprendre, il faut savoir de quoi on parle.

Première clarification : les laits animaux ou végétaux NON maternisés, sont INADAPTES au développement du nourrisson. C’est incontestable et personne ne reviendra là-dessus. Si vous achetez du lait de vache ou du lait de soja dans les rayons « pour adultes », vous ne devez absolument pas le refiler à vos enfants.

Autrement dit : donner du lait de vache basique à votre enfant pourrait aussi être assimilé à de la maltraitance (encore que le terme est bien mal choisi).

Deuxième clarification : les laits de soja maternisés ou formulés spécialement pour la croissance du nourrisson sont fiables, sûres et équivalents aux boissons animales pour le développement physique ou neurologique de votre enfant.

Comme je ne vous demande pas de me croire sur parole… que peut bien en dire la science ? Sur la base de données PubMed qui référence les publications scientifiques médicales, nous retrouvons une première synthèse de la littérature scientifique sur ce sujet publiée en 2002, dans le Journal of Nutrition [2]. Cette synthèse, qui proposait à l’époque l’analyse de 34 études publiées annonçait déjà que les formules infantiles à base de soja soutiennent « une croissance normale » et un bon statut nutritionnel chez les enfants, comparativement aux formules à base de lait de vache ou aux enfants nourris au sein.

Plus tard en 2004, une équipe américaine de Columbus réalise une synthèse des preuves cliniques de l’innocuité des formules infantiles à base de soja qui contiennent des isoflavones [3]. 56 études sont analysées et permettent aux chercheurs américains de conclure que « les preuves disponibles pour les populations d’enfants et d’adultes indiquent que les isoflavones alimentaires dans les formules infantiles à base de soja n’ont pas d’effet adverse sur la croissance, le développement ou la reproduction. »

Autrement dit, dès 2004, plusieurs synthèses de la littérature scientifique nous indiquent que les formules à base de soja permettent de grandir normalement, et balayent du revers de la main les mythes et les doutes sur les problèmes qui pourraient toucher les enfants (féminisation, reproduction, etc…).

Mais plus récemment encore, un consortium de chercheurs a publié en 2014 une nouvelle synthèse sur l’innocuité des formules infantiles à base de soja comparées aux formules à base de lait de vache notamment [4].

Encore une fois, les auteurs ne trouvent aucun effet négatif d’une consommation précoce et adaptée de lait de soja infantile chez les nourrissons. Les auteurs concluent que « les formules modernes à base de soja sont une option sûre validée scientifiquement pour nourrir des enfants. »

En bref, le point soulevé par la journaliste fait selon moi un gros amalgame entre les boissons formulées pour les nourrissons et les boissons classiques non adaptées aux enfants. La journaliste n’a vraisemblablement pas vérifié ses sources selon moi, puisqu’elle cite le Centre de recherche et d’information nutritionnelle ou le CERIN, un sous-marin bien connu de l’industrie laitière dont le seul objectif est de valoriser les aspects santé des laits animaux et de ternir ceux des laits végétaux.

Dans tous les cas, les formules infantiles à base de soja sont des options sûres. Pour les plus sceptique, une étude récente réalisée sur plus de 100 enfants confirme l’innocuité des formules infantiles au soja sur le volume et la structure des organes reproducteurs des enfants [5].

Des laits végétaux bourrés de sucre qui rendent obèses

Nouveau point et nouvel étonnement. Nous apprenons dans ce paragraphe que les laits végétaux seraient riches en glucides « car ils sont moins goûteux ». Certains produits aromatisés pourraient contenir jusqu’à quatre morceaux de sucre par verre, les spécialistes nous invitant carrément à être « vigilant à la prise de poids chez les gens qui en consomment ».

Mais là encore, sommes-nous dans le vrai ? Pour y répondre, je vais comparer des laits animaux classiques, des laits végétaux classiques au soja aromatisés ou non et des jus de fruit.

On va comparer les apports en glucides de chacun, notamment dans l’équivalent d’un verre et rapporter le tout en nombre de carré de sucre. Vous allez voir que nous sommes loin d’abuser de sucre avec des laits végétaux, encore faut-il bien choisir son produit et éviter de se tromper de cible.

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Pour un carré de sucre estimé et pesé à 6g dans ma balance, on voit très clairement que certains laits végétaux à base de soja ont des teneurs comparables, parfois plus faibles, que les laits animaux classiques. Si certains produits contiennent bien beaucoup de glucides (8g/100g de produit), cela ne fait que 2.6 carrés de sucre pour un verre, on est loin des quatre carrés de sucre annoncés.

Pour terminer ce point, je dirais que ce n’est pas les laits végétaux les cibles ici mais plutôt les jus de fruits industriels qui contiennent en moyenne 11g de glucides pour 100g de produit, apportant 3.5 carrés de sucre dans chaque verre. Mais là par contre pas un mot bien sûr.

Les céréales sont une source de vitamine D. Ah bon ?

Nouveau paragraphe et stupéfaction : les céréales seraient une source importante de vitamine D, suffisamment importante pour que vous risquiez des carences si vous les évitez (pour diverses raisons, le gluten ou autre).

C’est écrit noir sur blanc : selon les professionnelles, si vous évitez le gluten et donc les céréales, vous devrez rester « vigilant sur les carences, notamment en vitamine D, qui se trouve dans les céréales ».

Mais voilà, j’ai beau chercher pendant des heures, il est impossible de trouver la moindre céréale qui contienne de la vitamine D ! Les documents du célèbre site Passeport Santé sur la vitamine D nous indiquent tous que certains poissons représentent des sources intéressantes (saumons, thon ou truite) ainsi que le lait de vache ou de soja. Parmi les 20 meilleures sources de vitamine D, aucune mention de céréale.

Même les diététiciens du Canada enfoncent le clou dans un document accessible en ligne :

« Produits céréaliers : ce groupe alimentaire contient très peu de cet élément nutritif (cf. la vitamine D). »

Pour rappel, la principale source de vitamine D non alimentaire reste le… soleil ! Mais alors comment est-il possible qu’une journaliste et deux professionnels de la nutrition nous énonce des erreurs pareilles ? Mystère mais ce sont les lecteurs non avertis qui en font les frais.

Encore et toujours la même leçon

Au risque de vous surprendre, la conclusion de cet article va être limpide : il faut rester prudent quant aux informations diffusées dans les journaux locaux ou nationaux sur l’alimentation. Ces articles à destination du grand public tirent des raccourcis désastreux en alimentation. Ils ne sont pas tous faux bien entendu, certains sont ambigus, d’autres à moitié faux, mais quoi qu’il en soit ils ne représentent pas une source d’information fiable pour les lecteurs.

Finalement, et c’est un point majeur : il est encore une fois triste de constater que des erreurs nutritionnelles peuvent être émises par des professionnels de la santé, les seuls avec les médecins nutritionnistes qui possèdent un diplôme pour donner des conseils en alimentation.

Ce point vous invite, encore une fois, à prendre toutes vos précautions même face à des pros bardés de diplômes qui ne sont pas à l’abri d’une formation et de connaissances limitées dans le domaine, et d’idées préconçues fausses non justifiées scientifiquement.


Références

[1] Craig, W. J., & Mangels, A. R. (2009). Position of the American Dietetic Association: vegetarian diets. Journal of the American Dietetic Association,109(7), 1266-1282.
[2] Mendez, M. A., Anthony, M. S., & Arab, L. (2002). Soy-based formulae and infant growth and development: a review. The Journal of nutrition132(8), 2127-2130.
[3] Merritt, R. J., & Jenks, B. H. (2004). Safety of soy-based infant formulas containing isoflavones: the clinical evidence. The Journal of Nutrition134(5), 1220S-1224S.
[4] Vandenplas, Y., Castrellon, P. G., Rivas, R., Gutiérrez, C. J., Garcia, L. D., Jimenez, J. E., … & Alarcon, P. (2014). Safety of soya-based infant formulas in children. British Journal of Nutrition111(08), 1340-1360.
[5] Andres, A., Moore, M. B., Linam, L. E., Casey, P. H., Cleves, M. A., & Badger, T. M. (2015). Compared with feeding infants breast milk or cow-milk formula, soy formula feeding does not affect subsequent reproductive organ size at 5 years of age. The Journal of nutrition145(5), 871-875.

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