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Xylella fastidiosa : les oliviers peuvent-ils être sauvés ?

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 26 Août 2016, 08:28am

Catégories : #Environnement

 

Dans la région des Pouilles, en Italie, une bactérie décime les oliviers. Cette épidémie risque de se propager mais des intérêts culturels, économiques et scientifiques divergents compliquent la prise en charge du problème.

 

Vue aérienne d'oliviers infectés par X. fastidiosa.

Les oliviers infectés par la bactérie Xylella fastidiosa souffrent du « complexe du dessèchement rapide » et meurent.

 
 

Xylella fastidiosa, dont l’épithète peut se traduire par « ennuyeuse » porte bien son nom. Cette bactérie introduite en Europe en octobre 2013 via des caféiers infectés en provenance du Costa Rica, décime depuis lors les oliviers de la région des Pouilles, en Italie. Elle obstrue le xylème, un constituant des tissus végétaux qui transporte la sève des racines jusqu’aux feuilles. Une atteinte fatale : les feuilles brûlent et se dessèchent, provoquant la mort de l’arbre. On parle du « complexe du dessèchement rapide  de l’olivier » (CoDIRO en italien).

La commission européenne, alertée par les services phytosanitaires italiens dès la découverte de cette bactérie tueuse, a mis en place des réglementations afin de faire face à la menace d’une pandémie en Europe. En effet X. fastidiosa se propage très vite (on la trouve déjà en Corse et dans le sud de la France), et ce pour deux raisons. D’une part, elle compte 300 espèces végétales parmi ses hôtes, dont certaines qui ne développent pas de symptômes mais jouent le rôle de porteur sains. D’autre part, cette bactérie est disséminée par de nombreux insectes qui se nourrissent de la sève des arbres, notamment le cercope des prés. Ainsi chaque arbre qui développe les symptômes doit être abattu, ainsi que ses voisins susceptibles d’être infectés dans un rayon de 100 mètres. Les insectes vecteurs de la bactérie sont sensés être éradiqués et les services sanitaires doivent effectuer des contrôles réguliers des arbres potentiellement infectés.

La France, moins touchée, a appliqué ces mesures juridiquement contraignantes, mais elles ne sont pas les bienvenues dans les Pouilles, région du sud de l’Italie où les oliviers font partie intégrante du patrimoine culturel et économique.

Selon Rodrigo P. P. Almeida, professeur à l’université de Berkeley, les oliviers représentent l’héritage culturel et une source de revenu conséquente pour les familles de la région. Le tourisme - une des premières économies dans les Pouilles -, ainsi que les communautés rurales qui vivent essentiellement de la production d’huile d’olive, pâtiraient de la destruction des champs d’oliviers. Dans la région, l’agitation sociale et les théories du complot qui commencent à se faire entendre rendent les responsables politiques plus réticents à prendre des décisions certes impopulaires mais nécessaires pour contrôler l’épidémie. Ainsi, ce choc entre des enjeux culturels, économiques et scientifiques empêche de limiter l’impact de X. fastidiosa en Italie et, plus globalement en Europe.

Bien qu’elle ne soit toujours pas arrêtée, cette épidémie aura peut-être servie de leçon pour la gestion des autres espèces invasives qui pourraient arriver accidentellement dans nos territoires. Les solutions préconisées par les scientifiques pour contenir ces épidémies ne doivent pas seulement être d’ordre technique. Elles doivent aussi prendre en compte les aspects sociaux, économiques, politiques et culturels.


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