18 juin 2015. La Nasa filme une gigantesque éruption solaire. Quatre heures durant, notre étoile projette un imposant nuage de plasma dans l’espace. Une éjection de masse coronale (EMC), comme disent les scientifiques, provoquée par la tache solaire baptisée AR2365, heureusement non dirigée vers la Terre. Dans le même temps, la tâche AR371, fait également des siennes. Or celle-ci est tournée vers notre planète, et le phénomène dure trois jours… Aucune perturbation majeure n’est détectée sur l’instant. On apprend cependant aujourd’hui que, le 22 juin, le phénomène a bel et bien perturbé le bouclier magnétique, au point de le « fissurer »pendant deux heures.

L’information est révélée par l’observatoire Grapes-3 (pour Gamma Ray Astronomy PeV Energies, third establisment). Basé à Ooty, dans le sud de l’Inde, ce télescope détecte les muons, des électrons lourds créés dans la haute atmosphère terrestre par des rayons cosmiques. Ce qu’il vient de découvrir est relativement inquiétant. En règle générale, ces rayonnements cosmiques sont censés être déviés par la magnétosphère. Située entre 800 et 1 000 km d’altitude, celle-ci agit normalement comme un écran protecteur, s’opposant au vent solaire nocif pour la vie.

Frappée à 2,5 millions de km/h

Or, selon une équipe indo-japonaise, publiée dans la revue Physical Review Letters, l’éruption solaire du 20 juin 2015 a « compressé » le champ magnétique de la Terre cinquante-deux heures plus tard, soit le 22 juin, à la vitesse de 2,5 millions de km/heure. La taille du champ magnétique a provisoirement été réduite de onze à seulement quatre fois le rayon de la Terre. Des rayons cosmiques de faible intensité ont troué le bouclier terrestre, provoquant une tempête géomagnétique, classée G4, c’est-à-dire « sévère » par la National oceanic and atmospheric administration (NOAA), un organisme américain qui scrute le ciel pour prévenir les catastrophes naturelles.

 

Le Français Thomas Pesquet doit s’envoler vers la station spatiale internationale le 17 novembre. (Photo : Daniel Fouray)

 

En l’espèce, hormis quelques aurores boréales, l’éruption solaire n’a pas provoqué de dégâts majeurs. Mais, selon les auteurs de l’étude, ce type de tempête pourrait provoquer des dizaines de milliards de dollars de dommages aux réseaux de communications et aux réseaux électriques. Mais les plus exposés restent les passagers de la station spatiale internationale, actuellement en orbite à 400 km de la Terre, et vers laquelle le Français Thomas Pesquet, originaire de Rouen, doit s’envoler le 17 novembre.

L’éruption solaire la plus ancienne à avoir été répertoriée a été observée le 28 août 1859. Baptisée « événement de Carrington » en hommage à l’astronome anglais Richard Carrington, elle provoqua des aurores boréales observables jusqu’en Équateur. À l’époque, elle avait fortement perturbé le réseau télégraphique : des stations avaient même été incendiées et des opérateurs électrocutés aux États-Unis et en Europe. À l’époque, le réseau télégraphique était le seul réseau électrique existant. On n’ose imaginer ce qui se produirait aujourd’hui.

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