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Vaccins : l’exception française en débat

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 25 Novembre 2016, 15:43pm

Catégories : #Santé

Faut-il conserver l’obligation de vaccination ? Pourquoi les Français sont-ils champions du monde en défiance envers les vaccins ? Que penser de laConcertation citoyenne sur la vaccination lancée par Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé ? Quels rôles jouent la presse, les médecins, les pouvoirs publics dans cette exception culturelle surprenante… autant de questions que je viens de poser à Jocelyn Raude, sociologue à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Jocelyn Raude a participé récemment au séminaire « les journalistes faces aux vaccins » organisé par l’Ajspi – Association des journalistes scientifiques de la presse d’information – et l’ISCC – Institut des sciences de la communication du CNRS – sur la vaccination.

 

Sylvestre Huet : Le ministère de la santé a lancé un grand débat national, une «concertation citoyenne», sur la vaccination. Quelles en sont les raisons ?

 

Jocelyn Raude

Jocelyn Raude : L’organisation de ce débat national sur la vaccination constitue probablement un tournant dans l’histoire de la santé publique et des débats publics autour de l’intervention étatique. Jusqu’à présent ces questions étaient traitées par la Direction générale de la santé, ou d’autres institutions publiques de santé, qui sont perçues comme très politisées. La même évolution est observable au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le gouvernement français a manifestement pris acte du niveau de défiance très important de la population vis à vis des institutions en charge de la santé publique, une défiance liée à la proximité ressentie entre ces institutions et les responsables politiques. Cette défiance rend «inaudible» les propositions qui émanent des acteurs officiels. Il fallait donc ouvrir le débat public, sous la forme d’une concertation citoyenne, à l’instar de ce que l’on pratique dans les pays scandinaves, avec la participation d’acteurs de la société civile, des corps intermédiaires, des sociétés savantes. Cette décision prend en compte l’idée qu’avec un tel niveau de défiance, la simple répétition du discours officiel passé ne peut aller que droit dans le mur…

 

Sylvestre Huet : L’opinion de la population française est-elle singulière au regard d’autres pays sur cette question des vaccins ?

 

Jocelyn Raude : Oui, de manière très spectaculaire. Ce constat fut incontestablement la grande surprise d’une vaste étude mondiale, conduite sur 67 pays, sur les attitudes du public vis-à-vis de la vaccination. Sur un grand nombre d’indicateurs testant la confiance du public, la France se distingue au niveau mondial, et particulièrement en comparaison des autres pays développés, par une inquiétude très forte exprimée par la population sur la question de la sécurité des vaccins. Près de 40 % des Français considèrent ainsi que les vaccins ne sont pas sûrs, un chiffre beaucoup plus élevé que ceux relevés dans des pays comparables comme les États-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne.

 

Tiré de H.J. Larson et al E/Biomedecine 2016. Carte des réponses NON à la question « en général, je pense que les vaccins sont sûrs ».

Une BD sur l’affaire Wakefield

Pourtant, les controverses sanitaires n’ont pas épargné ces pays. Ainsi, à la fin des années 1990, une vive controverse a secoué la Grande Bretagne après la publication dans The Lancet d’une étude qui prétendait démontrer un lien entre vaccination contre la rougeole (le ROR qui concerne aussi la rubéole et les oreillons) et survenue de l’autisme. Il est apparu par la suite qu’il s’agissait d’une fraude scientifique – l’étude a été retirée et son auteur, le docteur Andrew Wakefield qui avait trafiqué ses données, a été radié de l’Ordre des médecins. Cette thèse frauduleuse a pourtant eu un grand écho dans le monde anglophone au point d’être reprise aux Etats-Unis, par des célébrités comme l’acteur Jim Carrey ou Donald Trump, le premier président des Etats-Unis ouvertement vaccino-sceptique. Mais les autorités britanniques, qui bénéficient pourtant d’une confiance beaucoup plus grande de la part de leur population, ont quand même mis près de 10 ans pour rétablir un taux de couverture vaccinale antérieur à la controverse.

 

Sylvestre Huet : Peut-on identifier les causes de cette singularité?

 

Jocelyn Raude : Il faut distinguer les causes structurelles des causes conjoncturelles. Parmi les causes structurelles, je note la transformation radicale du «marché de l’information». Les thèses hétérodoxes sur la vaccination qui sont à l’origine de la vague de «vaccino-scepticisme» comparable au climato-scepticisme existent en effet depuis les années 1970. Mais elles restaient confinées à des revues confidentielles, spécialisées dans les modes de vie alternatifs dits «naturels» et à de petits réseaux. Avec l’émergence et la généralisation d’Internet et des réseaux sociaux numériques, ces thèses radicales ont été soudain relayées avec une efficacité inédite dans la blogosphère ou les réseaux sociaux. Aujourd’hui, les sites qui soutiennent des thèses radicales sont beaucoup plus nombreux que ceux défendant la vaccination ou une approche critique fondée sur les preuves. Le nouvel espace public virtuel du numérique est littéralement saturé par ces messages qui vont jusqu’à la théorie du complot et c’est de mon point de vue un facteur structurel de démobilisation tout à fait inédit. Il est remarquablement plus intense en France que dans de nombreux autres pays comparables. L’une des raisons en est probablement l’existence d’un passif assez lourd en matière de sécurité sanitaire, avec la succession dramatique de scandales depuis les années 90, de l’affaire du sang contaminé au scandale du Médiator, en passant par l’amiante… Ces scandales ont produit un fort niveau de défiance vis-à-vis des instances chargées de la régulation et de la sécurité des produits de santé.

 

Sylvestre Huet : Quels rôles jouent les médecins ?

 

Jocelyn Raude : Les médecins jouent plutôt un rôle positif et fondamental en matière de vaccination. C’est essentiellement à eux que l’on doit à mon avis le maintien d’un haut niveau de vaccination dans le pays. Les enquêtes montrent que 90 % des médecins généralistes la soutiennent et que les patients suivent souvent leur avis, même s’ils ont des doutes. Ce phénomène illustre le principe de proximité dans la confiance qui est bien documenté en sociologie : on fait davantage confiance à ceux que l’on connait et qui nous sont proches, ce qui est généralement le cas des médecins généralistes.

 

Sylvestre Huet : Que pensez-vous de l’attitude de la presse et des journalistes ?

 

Jocelyn Raude : La presse traditionnelle a subi une transformation radicale ces dernières années. Avec l’émergence d’une population de journalistes plus précaires, de la diminution des moyens d’investigation, de journalistes moins nombreux (le pic de la profession depuis la guerre date de 2009) et parfois moins compétents. A quelques exceptions près, il faut noter la disparition des journalistes qui ont une formation médicale. Ce mode de régulation des débats publics sur la santé par la presse traditionnelle a en outre tendance à s’effriter car les nouvelles générations s’informent surtout par des canaux alternatifs où la qualité de l’information n’est plus contrôlée par des professionnels. Ainsi, les dérives que l’on observe dans les réseaux électroniques se retrouvent de plus en plus dans la presse traditionnelle. Les controverses sanitaires sont devenues un très bon sujet journalistique – vendeurs et apporteurs d’audiences pour le média. De même, elles contribuent fortement à la notoriété personnelle du journaliste et des initiateurs de ces controverses.

L’accès aux médias facilité pour les vaccino-sceptiques

Aujourd’hui, les acteurs les plus critiques vis-à-vis de la vaccination bénéficient sans aucun doute d’un accès facilité aux grands médias, comme lorsque le Professeur Henri Joyeux se retrouve au 20h de TF1 et sur toutes les radios nationales pour demander le retrait des adjuvants alors qu’il n’est pas du tout un spécialiste de ces questions.

 

Sylvestre Huet : Mais peut-on identifier chez le receveur du message, la population, des raisons d’y croire ?

 

Jocelyn Raude : Il est vrai qu’il y a un déficit remarquable de culture scientifique dans notre pays. De nombreuses études internationales montrent que la compréhension des principes scientifiques de base, notamment en mathématiques et statistiques ne progressent pas, et ceci malgré l’élévation du niveau de formation des individus et la multiplication des sites de vulgarisation scientifique sur le Net. On peut relever en particulier des problèmes l’innumérisme – le pendant mathématique et statistique de l’illettrisme – non seulement chez les étudiants, mais aussi parmi les élites sociales, journalistiques et politiques qui sont souvent de formation littéraire. Les notions de probabilités demeurent un mystère profond pour la plupart de nos concitoyens, comme par exemple lorsqu’il s’agit d’interpréter des informations apparemment simples comme la prévision météorologique d’une probabilité de 50 % de la survenue de précipitations. Mais cette explication est probablement insuffisante car les groupes sociaux qui sont les plus réceptifs aux controverses médicales n’appartiennent généralement pas aux catégories les plus défavorisées. Au contraire, certaines professions comme les paramédicaux ou les enseignants de secondaires sont surreprésentées parmi les populations plus réticentes à la vaccination !

Parmi les raisons qui expliquent le succès du vaccino-scepticisme dans notre pays, il faut aussi noter le développement important de médecines alternatives, qui sont souvent qualifiées de «douces» ou «naturelles» – comme la naturopathie. Ces pratiques partent souvent d’un prérequis qui est que le naturel est nécessairement bon et sain tandis que l’artificiel ou le manufacturé serait essentiellement mauvais. La population est ainsi de plus en plus fréquemment en contact avec des groupes professionnels qui se sont construits en opposition à la médecine conventionnelle et qui sont donc souvent hostiles à la vaccination. C’est d’ailleurs un phénomène paradoxal quand on sait que la vaccination faisait partie de la médecine traditionnelle chinoise !

 

 

 

Sylvestre Huet : Le débat public est souvent caricatural entre slogans pro-vaccins et attaques injustifiées, voire mensonges délibérés, comment l’améliorer ?

 

Jocelyn Raude : Les pouvoirs publics ont une responsabilité importante dans ce mouvement de défiance. Ils ont été jusqu’à présent très paternalistes dans leur communication, avec des campagnes de promotion de la vaccination qui reposaient pour l’essentiel sur la diffusion de slogans mis au point par des agences de communication. Mais ce type de message est de plus en plus inaudible dans une société dans laquelle le niveau d’éducation a sensiblement augmenté. Les individus sont de plus en plus autonomes par rapport aux recommandations officielles et veulent se comporter comme des acteurs de leur santé. La promotion de la vaccination doit donc emprunter d’autres chemins qui sont davantage fondés sur des arguments épidémiologiques précis. On peut par exemple présenter l’effet comparé de la vaccination contre la rougeole, qui peut provoquer dans certains cas des symptômes bénins liés à l’immunisation et celui d’une infection par le rougeole où le risque de développer des symptômes sévères est beaucoup plus élevé. Au-delà de l’intérêt de chacun de se faire vacciner, il y aussi l’argument altruiste, celui d’éviter la propagation d’un virus dans une collectivité, et d’exposer les personnes les personnes les plus vulnérables. Ce qui reste vrai, d’ailleurs et réclame parfois, comme pour la rougeole qui est très contagieuse, un taux de vaccination d’au moins 95%.

 

Sylvestre Huet : Y a t-il vraiment un risque de santé publique liée à de mauvaise couvertures vaccinales provoquées par cette défiance ?

 

Jocelyn Raude : Le paradoxe de la situation actuelle est que cette défiance existe surtout dans les pays riches… là où la couverture vaccinale est la plus élevée. Elle est lié à une forme de «phobie» des risques manufacturés, c’est-à-dire des risques qui sont liés à des innovations technologiques et non aux maladies elle mêmes. Alors que dans les pays pauvres les populations n’ont pas toujours accès aux vaccins, par manque d’infrastructures de santé, mais y sont massivement favorables. Seuls quelques pays, dont l’Afghanistan et le Pakistan, souffrent d’un rejet de la vaccination qui est lié à l’intégrisme religieux, avec des effets désastreux sur la santé des populations, comme la recrudescence de la polio.

Les risques associés à la perte d’immunité collective dépendent toutefois des maladies et des vaccins. Des expériences historiques permettent de prendre la mesure d’une diminution de la couverture vaccinale, en particulier dans des pays où elle était auparavant excellente. L’exemple des pays de l’ancien bloc soviétique est tout à fait éloquent car l’effondrement de l’URSS a été à l’origine d’une chute de la couverture vaccinale, ce qui n’a pas tardé à déclencher des épidémies de maladies disparues comme la rougeole, notamment en Ukraine. Une expérience française le montre également. Il y a deux ans, l’identification des souches de grippe qui circulent dans l’hémisphère sud et qui permet de fabriquer le vaccin de l’hiver suivant dans l’hémisphère nord a été pris en défaut par l’émergence d’une nouvelle souche virale que le vaccin ne permettait de prévenir efficacement. L’effet épidémiologique a malheureusement été dramatique avec une surmortalité dramatique chez les personnes âgées, à tel point qu’on a pu enregistrer pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle une diminution de l’espérance de vie de la population.

 

Sylvestre Huet : Il semble peu probable que de nouveaux vaccins soient administrés sous une forme obligatoire (aucun vaccin ne l’a été depuis 1964 et la tuberculose ne l’est plus), mais est-ce vraiment en problème si l’adhésion volontaire est suffisante ?

 

Jocelyn Raude : c’est un débat très complexe et difficile à trancher, et la concertation citoyenne lancée par Marisol Touraine devrait permettre d’avancer sur ces questions. Une majorité de pays européens pratiquent la vaccination recommandée et c’est un argument souvent utilisé pour les partisans d’une suppression des vaccins obligatoires. Mais ils oublient souvent que si ces vaccinations ne sont pas obligatoires, ils sont en revanche bien souvent exigibles pour toute une série de situations : enfants en collectivité, adultes en contact professionnel avec des populations à risques (enfants, personnes âgées, patients), etc. Il ne s’agit donc pas vraiment d’une opposition entre liberté de choix et obligations réglementaires. Il faut surtout éviter de laisser à penser que le principe de la vaccination volontaire correspond à l’idée qu’elle serait «de confort», autrement dit qu’elle représente un enjeu sanitaire faible. Et curieusement, une enquête récente a montré que la majorité des Français resterait attachée au principe de l’obligation vaccinale, même si cette dernière n’est plus vraiment dans l’air du temps.

 

http://huet.blog.lemonde.fr/

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AliceNature 26/11/2016 11:42

"Jocelyn Raude : Les médecins jouent plutôt un rôle positif et fondamental en matière de vaccination. C’est essentiellement à eux que l’on doit à mon avis le maintien d’un haut niveau de vaccination dans le pays."
Un personne réellement informée, qui n'est pas influençable, ni forcée ne fera pas le vaccin malgré les discours "rassurant" de son médecin. Nombreux sont ceux qui acceptent le vaccin car ils n'ont aucune information sur le sujet, ils font totalement confiance et ne se posent pas de questions.
Combien de parents culpabilisent d'avoir vacciné leur enfant en pleine santé et qui les voient par la suite souffrir de problèmes de santé, d'handicaps voir pire...
La faute à pas de chance ?

Si les français réfutent le vaccin c'est aussi parce qu'il est obligatoire et c'est dans notre caractère de vouloir nous affranchir des obligations, de pouvoir choisir pour nos enfants et nos vies. D'autant plus quand les pays voisins n'obligent pas à la vaccination et que tout se passe bien à priori.

La solution semble simple : ôter les adjuvants toxiques qui peuvent apparemment être remplacés par des produits moins nocifs (mais plus cher), éviter les cocktails (plusieurs valences dans un seul vaccin) arrêter de faire du commerce sur notre santé et nos vies et éventuellement enlever l'obligation vaccinale pour passer au statut de recommandation comme la plupart des pays voisins.
Et surtout encourager une hygiène de vie responsable (alimentation, choix des cosmétiques, produits ménager, sport etc...)

emilien 26/11/2016 10:26

arretons de ZOMBIFIER le peuple par des vaccins qui ont fait la preuve de multiples morts, ou handicaps a vie: cela perturbe le systeme immunitaire jusqu"a lui faire perdre toute son efficacité;le truc a faire est de RENFORCER LE SYSTEME IMMUNITAIRE ; c'est tout, si en plus on arrete les OGM/AGM, les pesticides,les CHEMTRAILS le FLUOR ET CHLORE dans l'eau + la adjuvents et radiations dans notre alimentation +frequences nocives,nous serons en tres bonne santé ;tant que les politiques ne feront pas barrage a tt ca = complices !

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