Un champ d’éoliennes recouvrira-t-il un jour l’Arctique pour sauver la banquise et plus largement, le climat ? Pour des chercheurs américains de l’université de l’Arizona, c’est la solution pour refroidir l’Arctique où des records de température sont en train d’être battus cet hiver. D’après des relevés de l’Institut météorologique danois, les températures journalières de l’air en Arctique ont excédé de 15 à 20 °C, la moyenne de la période 1958-2012 au mois de novembre.

En 2016, Il a fait parfois - 5 °C, là où habituellement, le mercure flirte plutôt sous la barre des - 25 °C. Parallèlement, la banquise, cette eau de mer gelée recouverte d’un manteau neigeux « fond de plus en plus en été et il s’en forme de moins en moins en hiver », signale Samuel Morin, glaciologue, directeur du Centre d’études de la neige, à Grenoble. Des observations qui conduisent certains spécialistes à affirmer que l’Arctique pourrait être vierge de banquise pour la première fois depuis 100 000 ans, dans les prochaines décennies.

Un cercle vicieux

Les conséquences sont déjà bien visibles sur place : le fameux passage du Nord-Ouest (qui relie l’océan Atlantique à l’océan Pacifique en passant entre les îles arctiques du Grand Nord canadien), n’était praticable qu’en été et sur un temps très court. En août de cette année, il a été ouvert à la circulation des paquebots de tourisme et est désormais convoité par le commerce international.

 

En août cette année, le fameux passage Nord-Ouest s’est ouvert à la circulation de paquebots de tourisme et est désormais convoité par le commerce international. (Photo : Clément Sabourin/AFP)

 

Et ce n’est pas parce que la banquise diminue très loin au pôle Nord que le reste du monde est épargné. « Quand il y a de la glace de mer (ou banquise), il y a une importante surface blanche au niveau de l’Arctique. Le rayonnement solaire est alors renvoyé dans l’espace. Lorsqu’il n’y a pas de banquise, le rayonnement est absorbé par l’océan dont l’eau se réchauffe. Et plus il fait chaud, moins il y a de banquise, et moins il y a de banquise, plus le rayonnement est absorbé et la température de l’eau augmente etc. C’est un cercle vicieux », explique Samuel Morin.

Un cercle vicieux qui n’est pas sans conséquences car l’augmentation de la température de l’océan Arctique se répercute à l’échelle de la Terre entière. « Cela joue sur l’ensemble du système climatique, sur les trajectoires des dépressions, sur la température en Europe, le sens des courants etc. »

Voilà pourquoi une équipe de scientifiques de l’université d’Arizona a décidé de trouver une solution pour contrecarrer la diminution de la surface de la banquise. Ils assurent qu’en utilisant l’énergie produite par des éoliennes positionnées en Arctique, ils pourraient pomper de l’eau sous la banquise existante et la ramener vers la surface où elle pourrait geler plus rapidement.

En couvrant un peu plus de 10 % de l’Arctique avec des pompes à énergie éolienne, ils estiment que cette technique coûterait 500 milliards de dollars sur dix ans. « Toute action pour enrayer la diminution de la banquise a l’avantage de toucher aux plus puissantes des réactions du système climatique », avancent les chercheurs dans la revue Earth’s Future. Et c’est bien le problème…

Projections de particules, miroirs géants dans l’espace…

« Oui, recréer de la banquise permettrait d’en avoir une plus grande surface, mais quelles seraient les conséquences sur les courants marins ? On ne peut pas toutes les anticiper. On n’en sait pas assez pour prévoir à plus long terme les répercussions que de telles techniques pourraient avoir sur le climat », nuance Samuel Morin.

 

L’ours polaire fait partie des animaux qui subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique en Arctique et la fonte de la banquise. Ils marchent de longues distances sur cette surface, y chassent et s’y reproduisent. (Photo : Mario Hoppmann/AFP)

 

Ces techniques, ce sont celles de la géo-ingénierie, des techniques qui visent à manipuler et modifier le climat et l’environnement de la Terre à grande échelle. Les arguments de telles méthodes ? Des solutions rapides. Mais pour le moment, aucune d’entre elles n’a jamais été testée grandeur nature.

« Il existe plusieurs approches, notamment pour limiter le rayonnement solaire à la surface de la Terre, explique le glaciologue. Certains proposent de projeter dans l’atmosphère des quantités de particules pour qu’elles reflètent une partie du rayonnement solaire, d’autres suggèrent de placer des miroirs géants dans l’espace Techniquement tout est possible, mais ça ne veut pas dire qu’il faut le faire », prévient-il.

Il y voit un risque : en se disant que quelqu’un va bien finir par trouver une solution technique pour enrayer le changement climatique, les gouvernements pourraient réduire les efforts qu’ils ont promis de faire pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. « Certes, c’est stimulant intellectuellement de chercher une solution, de faire des modélisations qui nous permettent de mieux comprendre le climat, mais ça ne peut pas être une alternative. »

Pour l’équipe de chercheurs de l’université d’Arizona, tous ces arguments sont valables, mais ils insistent sur la nécessité de voir le climat comme un système planétaire et d’accepter que les humains puissent y tenir un rôle actif.

Ils imaginent la réussite de leur technique « si notre approche permet de recréer de la banquise au-delà de ses niveaux historiques, notre approche pourra-t-elle être utilisée pour aider l’Arctique à refroidir la Terre plus efficacement qu’elle ne l’a été, dans les années 1980 et même avant ? »