Le Nouveau Paradigme

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Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


La 6e extinction de masse est en cours et aucun politicien n’y changera rien

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 12 Décembre 2016, 11:02am

Catégories : #Environnement

L’être humain est un animal parmi d’autres, le maillon dans une grande chaîne de concurrence mais aussi d’entraide qui garantit un équilibre naturel exquis, à la fois puissant et fragile. Sauf que l’être humain est aussi le premier animal à avoir considéré que la nature devait être pour lui un outil, une chose, et qu’il avait le droit de l’utiliser comme il en avait envie, quitte à l’épuiser, quitter à tuer, quitte à tout détruire.

Et c’est ainsi, à travers notamment le courant des Lumières plaçant l’individu intelligent au centre de l’univers, la Révolution française plaçant le droit de propriété au-dessus de tous les autres droits, et le capitalisme industriel qui a lancé un mouvement mondial d’accaparement des terres (dont l’esclavage et la colonisation sont les fils) qu’on a défoncé notre belle planète et qu’on a réduit en esclavage des millions de personnes.

En Occident déjà, l’industrialisation n’a pas été une partie de plaisir, surtout à ses débuts où les journées de labeur pouvaient faire 12-14h pour un salaire de misère ; où les enfants travaillaient aussi, le tout dans des conditions sanitaires et de subsistance inacceptables. Mais également très vite dans ce que l’on a appelé le Tiers-Monde, bien vite réduit à une zone d’esclavage facile et utile, justifiée par des théories abjectes comme le darwinisme social.

Mais si ce capitalisme grossier et sauvage a permis d’enrichir grassement quelques familles et n’a apporté la hausse du niveau de vie occidental qu’au prix de nombreuses luttes extrêmement violentes – il ne faut pas croire que le droit de grève, la journée de 8h, la sécurité sociale, la médecine du travail, etc. ont été « donnés », tout a été obtenu via un combat de classes, notamment suite à la création du courant politique socialiste, réunissant anarchistes et communistes, et les débuts du syndicalisme -, il ne l’a fait qu’au prix de la destruction du le lien social et l’anéantissement sans condition de la nature qui nous fait vivre.

C’est ce qui fait dire à Paul Ehrlich, professeur de l’étude des populations que « sans aucun doute, nous entrons actuellement dans la sixième grande extinction de masse. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. »

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La sixième extinction de masse a déjà commencé

En effet, on ne compte plus le nombre d’espèces vivantes qui meurent depuis quelques décennies, et le rythme de leur disparition ne fait que de s’accélérer (x20 depuis 1900). On pensait que grâce à la modernité, tout s’améliorerait. Qu’on trouverait toujours un moyen de rattraper les choses. C’est le contraire.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, « le ratio d’espèces en voie de disparition n’a pas été aussi élevé depuis 65 millions d’années, entre 15 à 100 fois supérieur à ce qu’il devrait être. Ce serait en l’occurrence 41 % des espèces d’amphibiens, 25 % des espèces de mammifères et 13% des espèces d’oiseaux qui seraient menacées. » C’est ce que l’on désigne comme « La sixième extinction de masse ».

Et même si vous n’êtes pas un grand magnanime, même si vous vous en fichez totalement des abeilles, des lynx, des ours polaires et de la banquise ou encore de telle ou telle espèce de poissons ou de bactéries, pensez aux animaux au moins pour votre famille et vos enfants. Eh oui, comme l’avait déjà dit Einstein il y a plus de 50 ans, la disparition des abeilles (par exemple) entrainerait sûrement la disparition de l’Homme, quelques années plus tard(certes, Einstein avait oublié qu’il existait d’autres espèces de pollinisateurs, mais la démonstration fonctionne malgré tout).

Du coup, le fait que la population de 50% des vertébrés de notre planète décline DOIT vous indigner. Et savoir que c’est le défrichement des terres, l’introduction d’espèces invasives, les émissions de dioxyde de carbone, les toxines et autres pesticides qui causent leur perte (et bientôt la nôtre) DOIT vous pousser à agir.

Et pas simplement à voter à gauche plutôt qu’à droite, mais à vraiment vous demander comment on peut changer les choses.

Qu’on soit bien clair : Trump est certainement une catastrophe du point de vue social, il l’est également au niveau économique et écologique, mais que dire de sa concurrence ? Une Hillary n’aurait rien « amélioré » du point de vue anthropologique à notre inexorable et – de plus en plus – rapide destruction. Et la gauche dite alternative a beau promouvoir de belles idées et de beaux projets, on comprend son vrai intérêt lorsqu’on voit un Bernie Sanders appeler à voter Clinton, ou un Mélenchon appeler à voter Hollande. Ils servent une cause plus grande qu’eux, et sont des pantins malgré eux.

Ne pas remettre en question le capitalisme, le mythe de la croissance et du développement matériel, et à une plus grande échelle, la notion de « civilisation » (la nôtre, l’industrielle, la destructrice), c’est sans hésitation comparable au fait de foncer dans un mur. 

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Sur le mythe du « développement durable »

Demain, l’avenir écologique se fera nécessairement (d’un point de vue économique) sur le thème de la décroissance économique, ou de l’acroissance économique. Il y a peut-être des termes meilleurs, qui sonnent moins négatifs, mais le fait est là : la croissance exponentielle infinie est un mythe et ne peut pas exister, du moins sur Terre. C’est un fait scientifique, physique, quantifiable. On ne pourra pas extraire 100 milliards de tonnes de pétrole quand il n’en restera que 10 milliards. On ne pourra plus pêcher 10 milliards de tonnes de poissons par an quand il n’y en aura plus que 10 milliards. Et ainsi de suite.

Oui, la Terre se régénère, mais a un rythme plus lent que celui auquel on la pille. Alors, il faut envisager d’autres moyens de vivre et de consommer. Et cela, aucun politicien, même de la gauche radicale, même écologiste, n’ose le soutenir réellement. Tous tournent autour du pot, trop affolés à l’idée de perdre une part d’électeurs, et donc une part de « pouvoir » ! Tant qu’on restera dans une logique de « développement contrôlé et respectueux », on restera dans l’impasse.

Le terme « développement durable » est un oxymore, un contresens, et même un mensonge. Ecoutez les mots de Derrick Jensen, activiste et écrivain écologique américain :

Le « développement durable » est une prétention à la vertu. Le mot « développement » utilisé dans ce sens est un mensonge.

Le mot « développer » signifie « croître », « progresser », « devenir plus complet, plus avancé ». Parmi ses synonymes, on trouve « évolution, déroulement, maturation, maturité », et parmi ses antonymes « détérioration, désintégration ». En voici un exemple d’usage concret tiré d’un dictionnaire : « Le théâtre a atteint l’apogée de son développement avec les pièces de Shakespeare ».

Mais voilà le problème: un enfant se développe et devient un adulte, une chenille se développe et devient un papillon, un cours d’eau endommagé par (disons) l’extraction minière pourrait, avec le temps, se redévelopper et redevenir un cours d’eau sain ; mais une prairie ne se «  »développe » pas en maisons en forme de boîtes, une baie ne se « développe » pas en port industriel, une forêt ne se « développe » pas en routes et clairières.

En réalité, la prairie est détruite pour produire ce « développement ». La baie est détruite, afin que le « développement » y implante un port industriel. La forêt est détruite lorsque les « ressources naturelles » sont « développées ».

Le mot « tuer » fonctionne aussi bien.

La vraie question à se poser est bien celle-ci donc : peut-on continuer à vivre dans nos sociétés hyper industrialisées, hyper hiérarchisées, hyper concurrentielles, hyper consommatrices, hyper destructrices, ou est-ce la fin d’une époque, la fin d’une civilisation ? 

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Nature et civilisation en opposition

Encore une fois, Derrick Jensen nous apporte des clés pour tenter de répondre. Voici un extrait de ses 20 prémisses pour répondre à la question « Quel est le problème avec la civilisation ? ». Ces deux prémisses résument à la perfection le côté caduc du monde « civilisé » (ultra industriel, destructeur, violent et inégal) et les possibilités de son effondrement :

Une autre version de la huitième prémisse : Tout système économique ou social ne bénéficiant pas aux communautés naturelles sur lesquelles il se base est insoutenable, immoral et stupide. La soutenabilité, la moralité et l’intelligence (ainsi que la justice) requièrent le démantèlement de tout système économique ou social de ce genre, ou au minimum qu’on l’empêche d’endommager le monde naturel.

Neuvième prémisse : Bien qu’un jour nous serons à l’évidence moins nombreux qu’aujourd’hui, cette réduction de population peut se produire (ou être achevée, selon la passivité ou l’activité dont nous faisons preuve à l’approche de cette transformation) de multiples façons. Certaines de ces façons sont caractérisées par une violence et une privation extrêmes : une apocalypse nucléaire, par exemple, réduirait à la fois la population et la consommation, de manière horrible; la même chose est vraie d’une croissance sans limites, suivie d’un crash. D’autres façons pourraient être moins violentes. Étant donné le degré actuel de violence dont fait preuve cette culture à l’encontre des humains et du monde naturel, il est cependant impossible d’imaginer une réduction de population et de consommation sans violence ni privation, pas parce que ces réductions impliqueraient en elles-mêmes de la violence, mais parce que violence et privation sont devenues la norme. Toutefois, certaines façons de réduire la population et la consommation, quand bien même violentes, consisteraient à faire diminuer le niveau de violence requis et causé par le transfert (souvent forcé) des ressources des pays pauvres vers les pays riches, ce qui provoquerait en parallèle une réduction de la violence à l’encontre du monde naturel. Personnellement et collectivement nous pouvons être capables à la fois de réduire et d’adoucir le caractère de la violence qui se produira lors de cette transformation. Ou peut-être pas. Mais nous pouvons être sur de cela : si nous n’appréhendons pas cela de manière proactive — si nous nous refusons à parler de notre présente situation et de ce que l’on peut y faire — la violence n’en sera indubitablement que plus sévère, et la privation plus extrême.

Désormais, il faut ouvrir les yeux.

Aucun politicien actuel n’a pour ambition de changer le système économique dans lequel on évolue. Aucun ne pose la question de la civilisation industrielle et de son passif mortifère, aucun ne remet en cause le principe de croissance. Bilan : aucun ne fera rien contre la 6e extinction de masse, qu’il s’appelle Trump ou Hillary, qu’il s’appelle Le Pen ou Valls, qu’il se dise de gauche ou de droite, écolo ou non.

Et ça, c’est quand même bien la preuve que les politiciens sont noyés dans leur petite popularité et leur recherche de pouvoir et qu’ils ont perdu tout sens politique, social, humain.  L’Histoire ne le dira que dans plusieurs siècles, quand il y aura prescription, sans doute…

 

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Sources : Le Partage, Le Monde Diplo, Le Monde

via http://www.indigne-du-canape.com/

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Darribère 11/03/2017 09:04

Bonjour,
Je vous invite de lire le programme de La France Insoumise : Changer le système économique, sixième république, instaurer "la règle verte", une justice pour combattre l'écocide, la planification écologique... Le constat que le productivisme détruit l'écosystème compatible avec la vie humaine, est à la base de la planification écologique du programme. l'anthropocène est connu et reconnu par le mouvement, ainsi que l'urgence d'agir.
Le programme est travaillé intensivement par des citoyens, le mouvement monte, nous avons toutes les chances (la dernière) de changer les choses. Ce sera vraiment bien que vous écriviez donc un autre article, après la lecture du programme, parce que, heureusement, il y a un politicien qui veut changer le système économique. Je vous en prie, lisez et écrivez, c'est notre dernière change ! Nous avons besoin de ce changement politique.
Alja Darribère

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