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Peste mortelle à Madagascar : existe-t-il un risque de propagation de la maladie au-delà des frontières malgaches ?

Publié par Le Nouveau Paradigme sur 18 Octobre 2017, 06:23am

Catégories : #Santé

Contrairement aux idées reçues, la peste tue chaque année, encore aujourd'hui. A Madagascar, depuis cet été, une épidémie se révèle particulièrement violente : 74 personnes en sont mortes, selon un nouveau bilan publié mardi par les autorités locales. Le professeur de maladies infectieuses et tropicales de l'université Pierre et Marie Curie, Éric Caumes, fait le point.

La "mort noire" ’a  tué 74 personnes depuis le début du mois d'août, sur l'île située dans l'Océan Indien. Depuis une quinzaine de jours une épidémie de peste bubonique et pulmonaire se développe. Sur place, l'épidémie inquiète. 

 

Les autorités malgaches ont imposé la suspension de tous les regroupements ou manifestations, qu’on juge dangereux dans les endroits où les cas déclarés de peste, les écoles où il y a eu un cas de peste ont été fermées provisoirement. 

 

Alors que l'Ambassade de France à Madagascar appelle à la vigilance, on revient avec le professeur Eric Caumes, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l'université Pierre et Marie Curie. 

LCI : La peste est une maladie endémique à Madagascar, elle "revient" chaque année, en quoi l'épidémie actuelle revêt un caractère exceptionnel ?

Eric Caumes : La situation est exceptionnelle pour trois raisons. La première, c'est l'importance du nombre de cas. Normalement on a environ 300 cas d'infections par an, là on est sur 300 cas tous les mois ou tous les deux mois, le nombre est clairement inhabituel. La deuxième chose qui est "anormale", c'est qu'il y a un pourcentage important de formes pulmonaires – qui sont particulièrement graves et contagieuses contrairement aux formes classiques buboniques. Normalement on compte 10% de formes pulmonaires mais là on atteint les 50%! Enfin, normalement la maladie est présente dans les zones rurales mais aujourd'hui, elle touche la capitale et les grandes villes. C'est trois points font que c'est une situation vraiment inhabituelle et surtout inquiétante.

LCI : En connaît-on les raisons ?

Eric Caumes : Non, malheureusement on ne sait pas pourquoi la maladie se développe comme ça. On sait seulement que le rat noir (une espèce introduite par l'homme au 19e siècle, ndlr) sert de réservoir (certains de ces rongeurs sont d'ailleurs porteurs de la bactérie mais ne tombent pas malades, ndlr) et la puce est le transmetteur.

LCI : Y a-t-il un risque de propagation de la maladie au-delà des frontières malgaches ?

Eric Caumes : Il y a eu un cas importé aux Seychelles, un homme est revenu de Madagascar avec la peste pulmonaire donc oui en théorie il y a un risque (des tests sont actuellement analysés à l'Institut Pasteur pour confirmer ce cas, ndlr). D'autant plus que la forme pulmonaire est très contagieuse, contrairement à celle bubonique qui est normalement la plus courante - elle résulte d'une infection par morsure de puce de rat. Il faut tout de même savoir que la peste n'est pas une maladie rare, des cas apparaissent chaque année dans le monde, à Madagascar bien sûr mais aussi en Asie et en Amérique comme dans le sud des Etats-Unis par exemple. Si le malade est pris en charge de manière suffisamment précoce, on peut le soigner à l'aide d'antibiotiques.

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