Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 21:16

Selon une étude américaine, l’industrie pharmaceutique a créé un marché de dupes. 85% des nouveaux médicaments offrent "peu sinon aucun" avantage, tandis que leurs effets secondaires sont systématiquement sous-estimés. Et les patients avalent la pilule...

 

 

 

Selon une étude menée par le Dr Donald Light, sociologue et professeur en politiques de santé comparées à l’Université de médecine et de dentisterie du New Jersey (aux États-Unis), "parfois, les compagnies pharmaceutiques cachent ou minimisent des informations sur les graves effets secondaires de leurs nouveaux médicaments et surestiment leurs avantages [...] Ensuite, ils dépensent deux à trois fois plus en marketing qu’en recherche pour convaincre les médecins de prescrire ces nouveaux remèdes. Les médecins peuvent ainsi obtenir des informations trompeuses et [involontairement] désinformer les patients sur les risques d’un nouveau médicament". Pas de quoi en faire une maladie...

C’est à la 105e réunion annuelle de l’American Sociological Association que Donald Light, habitué des publications prestigieuses (British Medical Journal, the Lancet) a lâché sa bombe. Selon son étude, environ 85% des nouveaux médicaments offrent peu sinon aucun nouveau bénéfice. Trois raisons principales à cette course à la camelote moléculaire :

- les essais cliniques sur les nouveaux médicaments sont à la charge des firmes pharmaceutiques elles-mêmes ;

- des "pare-feux" juridiques permettent de cacher l’information sur l’efficacité ou les effets néfastes ;

- le niveau d’efficacité attendu pour qu’un médicament soit approuvé est relativement bas.

Le remède pire que le mal ?

 

La force des firmes pharmaceutiques est de recruter des praticiens ayant pignon sur rue pour diffuser la bonne nouvelle (la sortie d’un nouveau médoc). "Les médecins, par inadvertance, deviennent ainsi des agents doubles - à la fois promoteurs du remède, mais aussi prescripteurs de confiance pour les patients". "Lorsque les patients se plaignent d’effets indésirables, les études montrent que leurs médecins sont susceptibles de les minimiser ou de les rejeter", affirme-t-il encore. C’est notamment le cas pour les statines, qui permettent d’abaisser le taux de Cholestérol. L’industrie présente cette pilule comme une merveille absolue, à tel point que d’aucuns se demandent s’il ne faudrait en distribuer gratuitement dans les fast-foods... malgré les preuves qu’ils pourraient faire plus de dommages que de bien.

Le cachet du labo faisant foi

En outre, les essais effectués pour tester les nouveaux médicaments sont loin d’être la panacée. Un "grand nombre" d’entre eux sont "incomplets, partiels ou hors normes". Par exemple, dans une étude portant sur 111 demandes d’approbation finale, "42% n’avaient pas suffisamment d’essais randomisés, 40% contenaient des erreurs dans les dosages, 39% ne relevaient aucune preuve d’efficacité clinique, et 49% ont soulevé des doutes au sujet de graves effets secondaires", a déclaré Donald Light.

Pour compléter ce tableau quasi-surréaliste, on pourrait ajouter que les firmes pharmaceutiques ne sont en aucun cas tenues de publier l’intégralité de leurs travaux. Selon deux études, entre 6 et 42% des essais cliniques réalisés par l’industrie pharmaceutique sont publiés. Que deviennent les autres ? Vingt essais sont négatifs ? Qu’à cela ne tienne, il en suffit de deux positifs - voire neutres - pour que la pilule passe sans encombre.

"La santé dépend plus des précautions que des médecins" [Jacques-Bénigne Bossuet]

 

[Sources : lesmotsontunsens.com, telegraph.co.uk, sciencedaily.com, telegraph.co.uk]

 

publi 3-4"Vers un nouveau paradigme"

2012 et aprés


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