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Affaire Findus : qui veut vraiment la transparence ?

Publié par Dav sur 12 Février 2013, 16:01pm

Catégories : #Santé

  Loire-Atlantique. Affaire Findus : la FNSEA 44 attend

 

L'opacité qui règne dans le domaine de l'élevage tient aussi au tabou sur les conditions d'élevage et d'abattage. Pour améliorer la traçabilité des produits et éviter d'autres affaires Findus, il faut que l'Etat, les agriculteurs et les citoyens acceptent aussi de lever le voile sur ces conditions.

 

Il est fort probable que l'affaire Findus n'en soit qu'à ses débuts.

 

Alors qu'elle a commencé quand les autorités irlandaises ont découvert de la viande de cheval dans des lasagnes au bœuf, elle s'est déplacée vers la France quand Findus (groupe britannique) a demandé des comptes à son fournisseur Comigel (groupe français, mais usine au Luxembourg), qui s'est retourné vers son fournisseur Spanghero (lui aussi basé en France) , qui à son tour s'est adressé à son fournisseur roumain... Il semblerait que la viande ait été achetée via des traders chypriotes et hollandais,... Bref, mais ce ne sera pas une surprise pour tout le monde, le commerce de la viande est largement internationalisé. On est loin des exploitations familiales d'antan.

Le problème est donc européen, et il ne concerne pas seulement Findus. Car la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) aurait découvert de la viande de cheval dans d'autres produits, et plusieurs ont été retirés des rayons (Auchan, Casino, Carrefour, Cora, Monoprix, Picard,...)

 

Le problème n'est pas - a priori- un problème de santé publique : la viande de cheval est tout à fait comestible. C'est probablement un problème d’escroquerie, qui met en lumière un besoin de transparence dans la filière.

Findus n'est pas pire qu'un autre, il a même plutôt fait des efforts, pour son approvisionnement en poisson, par exemple. Il ne s'agit donc pas des agissement d'un vilain canard dans une filière exemplaire et vierge de tout soupçon. Il s'agit d'un problème consubstantiel à la filière de la viande : l'obscurité.

La FNSEA demande des mesure de traçabilité, via des tests ADN. C'est une bonne idée. Elle veut en profiter pour défendre les éleveurs français contre leurs homologues roumains beaucoup moins cher – et qui proposent une viande de moins bonne qualité. Tant mieux pour les éleveurs français.

 

Mais il est peu probable que quiconque veuille aller beaucoup plus loin dans la transparence. Car la filière de la viande fonctionne sur un péché originel et un tabou : celui de l'abattage.

 

Il est notoirement difficile pour les journalistes d'enquêter sur ce sujet, de pénétrer dans les élevages, de montrer le quotidien de ces usines de mort. Et pour les citoyens, c'est encore plus difficile. Nul dans le secteur n'a envie de parler du sujet, ni de laisser en parler.

 

Mais tant que notre société n'assumera pas mieux le sujet des conditions d'élevage et d'abattage, d'autres problèmes de ce genre surviendront. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la filière bovine est prise dans la tourmente : il y a eu la maladie de la vache folle, en 1996, quand on donnait des farines animales aux vaches. Depuis, plusieurs affaires ont secoué la filière : des accusations (non vérifiées) contre Buffalo Grill, le débat sur les conditions d'abattage de la viande hallal, diverses intoxication par E. Coli,...

Et les conditions d'abattage des animaux, les conditions de travail des personnels, les conditions sanitaires des produits : tout cela est intimement lié.

 

Ce ne sont pas que les grands méchants capitalistes fraudeurs qui sont en cause. L'ensemble de la société devrait intervenir. L’État devrait prendre à bras le corps ce sujet, et ce, avec tout le sérieux qui se doit. Pourtant, lorsque Allain Bougrain-Dubourg, pour ne citer que cet exemple, a proposé un projet d'avis sur la condition animale au Conseil Economique, Social et environnemental, celui-ci a été refusé !

 

Les agriculteurs français, qui ont tant de mal à vivre de leur métier, acceptent actuellement, pour la plupart, cette omerta car ils ont peur de voir leurs ventes chuter. Pourtant, régler ce problème, ce serait améliorer encore la qualité, et cela permettrait, d'une manière forte, de se différencier des éleveurs de l'est de l'Europe.

Et enfin, les consommateurs. Tant que les citoyens refuseront de penser à ce que veut dire l'abattage industriel quand ils achètent de la viande, tant qu'ils continueront à acheter des plats préparés dans lesquels il y a n'importe quoi, il y aura des gens pour le leur vendre. Et quand on achète des lasagnes surgelées à 1,99 euros, on sait bien qu'on ne peut pas être bien exigeant. Si on veut aider les populations pauvres, les agriculteurs, et les animaux, peut-être faut-il imaginer de mettre en place des tickets alimentaires, ou tout autre forme de subvention, pour rendre accessible aux plus pauvres des produits de meilleure qualité.

 

La société dans son ensemble doit savoir ce qu'elle mange, et comment sa nourriture est préparée. Ce que montre le scandale Findus, c'est que c'est encore loin d'être le cas. Il est grand temps de lever le tabou qui plane sur cette question.

Goodplanet.info

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