Le Nouveau Paradigme

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Aimer change l'ADN

Publié par Dav sur 8 Juin 2013, 16:47pm

Catégories : #Sciences

     

Au cours de l'attachement amoureux, l'ADN se modifierait pour nous rendre plus réceptif à l'autre.

L'amour laisse des traces, on le sait. Les ruptures amoureuses sont douloureuses, et avoir quelqu'un dans la peau n'est pas un vain mot. Mais qu'est-ce qui nous lie tant à l'autre ?

Même si la relation humaine ne se résume pas à des réactions chimiques, la biochimie a toutefois un rôle à jouer dans la relation amoureuse. Certaines hormones, comme la vasopressine ou l'ocytocine, semblent ainsi participer à l'attachement amoureux et au partage de l'intimité.

Etonnamment, c'est sur un rongeur, le mulot, que le rôle de la vasopressine et de l'ocytocine a été observé pour la première fois. Une simple mutation sur un récepteur de ces hormones dans le cerveau change en effet un mulot polygame et volage en un mulot fidèle et monogame. Ultérieurement, le rôle de l'ocytocine et de la vasopressine a été confirmé chez l'homme.

Or, voici que des travaux réalisés chez notre mulot révèlent que l'attachement entre le mulot et la mulotte s'accompagne d'une modification de l'ADN. C'est une réaction d'acétylation, à savoir la fixation d'un groupement chimique sur certaines portions de l'ADN, qui change la façon dont les récepteurs de l'ocytocine et de la vasopressine, fondements biolchimiques de la fidélité murine, sont synthétisés dans le cerveau. Au cours de leur lune de miel, les mulots reconfigurent leur ADN, et tout leur système de communication neuronale, tant et si bien qu'ils deviennent indissociablement liés l'un à l'autre.

Le nom de ces transformations revient de plus souvent dans les travaux des chercheurs et même dans l'esprit du grand public : épigénétique. Les transformations épigénétiques signifient que ce n'est pas la séquence fondamentale des lettres A, T, G et C qui est modifiée au cours de cette relation, mais que des ajouts de groupements chimiques autour de la double hélice d'ADN modulent la conversion en protéines actives dans le cerveau. Et ces modifications sont durables : pour un amour qui dure toute la vie, peut-être faut-il franchir le cap consistant à modifier son ADN au contact de l'autre...

Comment l'ADN est-il modifié ?

Les gènes du mulot sont répartis, comme ceux de tous les organismes vivants, sur un brin d'ADN dont certaines portions sont enroulées et compactées autour de protéines nommées histones. Au cours de la phase d'attachement entre deux mulots de sexe opposé, les biologistes ont constaté que des groupements acétyl (constitués de deux atomes de carbone, un atome d'oxygène et trois atomes d'hydrogène) se fixent sur certaines parties des histones (des acides aminés lysine) et provoquent une décompaction de l'ADN au voisinage de ces histones. Cette décompaction libère l'activité de zones régulatrices de l'ADN, qui peuvent alors stimuler l'expression des gènes qui leur sont associés, en l'occurrence le gène du récepteur de l'ocytocine, dont le rôle dans l'attachement entre partenaires est primordial.

Pour en savoir plus

H. Wang et al., Histone deacetylase inhibitors facilitate Partner preference formation in female prairie voles, Nature Neuroscience, à paraitre.

 Sébastien Bohler
Pour la science

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