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Antibiotiques : la guerre contre les bactéries en passe d’être perdue ?

Publié par Dav sur 22 Novembre 2013, 07:30am

Catégories : #Santé

Sommes-nous en train de perdre pied face à la résistance des bactéries aux antibiotiques ? Les prises de parole se succèdent et ne laissent guère de place à l’optimisme. La preuve avec les propos de Ian Musgrave, spécialiste australien, qui pense que nous perdons progressivement notre guerre contre les bactéries, car notre arme de destruction massive d’autrefois est de mieux en mieux contrecarrée par les mécanismes évolutifs des pathogènes.

 

 

 

La découverte des antibiotiques a changé l’histoire de la médecine. Nous disposions enfin d’une arme capable d’aider le corps à combattre des infections mortelles. De nombreuses maladies ont reculé et de nombreuses vies humaines ont été épargnées. Mais c’était mal connaître notre ennemi, et surtout le sous-estimer : les bactéries sont entrées en résistance, et celle-ci se répand.

Voilà quelques jours, à l’occasion de la Journée européenne de la sensibilisation aux antibiotiques, les Britanniques, en habitués (Sally Davies ayant déjà frappé fort en début d'année), n’ont pas hésité à réaffirmer leurs peurs dans un éditorial publié dans The Lancet Infectious Diseases. L’apparition de bactéries multirésistantes leur fait craindre l’annihilation de nombreux progrès médicaux obtenus au cours du siècle écoulé. Des propos alarmistes qui cadrent bien avec l’inquiétude ambiante.

La preuve avec la position de Ian Musgrave, à l’autre bout du monde. Ce spécialiste australien, affilié à l’université d’Adélaïde, manifeste également ses doutes par l’intermédiaire d’un communiqué. Les termes sont forts : « il n’y a aucun doute sur le fait que l’évolution est en train de gagner la course contre les antibiotiques ». Nous serions donc en train de perdre la guerre contre les microbes…

 

L’évolution bactérienne, menace invisible

 

Il rappelle les principales raisons qui pourraient nous mener à une cuisante défaite. D’abord, les capacités intrinsèques des bactéries à s’adapter sont importantes : avec des temps de génération bien plus courts que les nôtres, des mutations peuvent rapidement apparaître. Par transfert de gène horizontal, regroupant conjugaison, transduction et transformation, elles peuvent se transmettre entre elles cette capacité. À tel point qu’« on a beau attaquer les voies métaboliques bactériennes, s’en prendre à la réplication de l’ADN ou détruire leur membrane cellulaire, à chaque fois que les scientifiques développent une arme nouvelle, les bactéries évoluent de telle sorte que les mêmes médicaments deviennent de moins en moins efficaces dans les années qui suivent », ajoute-t-il.

 

Ensuite, les firmes pharmaceutiques se désengagent progressivement de ce champ de la recherche, probablement par manque de rentabilité. De ce fait, de moins en moins de nouvelles molécules intègrent le marché. On foncerait donc droit dans une impasse.

 

Alors que faire ? Des gestes simples d’abord, comme éviter la prescription des antibiotiques à des fins autres que thérapeutiques. Ian Musgrave incite également les patients à suivre le traitement jusqu’au bout et à ne pas s’arrêter avant, car même si l’état de santé semble s’améliorer, il faut en profiter pour donner le coup de grâce aux bactéries encore présentes. Il préconise éventuellement le recours à un cocktail de ces molécules antibiotiques, de manière à agresser les pathogènes sur plusieurs fronts en même temps. Avec les risques d’effets indésirables et de multirésistances bactériennes que cela implique…

 

La résistance s’organise contre la résistance

 

Conscients de cette difficulté depuis des années maintenant, les scientifiques tentent d’élaborer des solutions alternatives. Ces derniers jours, un laboratoire britannique vient d’annoncer que son médicament permettant d’amplifier l’efficacité des antibiotiques contre le staphylocoque doré résistant va intégrer la troisième phase des essais cliniques, afin de vérifier son efficacité à grande échelle. D’autres pistes sont explorées, comme celle des bactériophages, des virus spécialisés dans l’élimination des bactéries.

Le problème est vraiment pris au sérieux par les instances sanitaires du monde entier. La France, par l'intermédiaire de Marisol Touraine, sa ministre déléguée à la Santé, vient d'annoncer sa détermination pour poursuivre cette lutte. Ensemble, elles mettent de nombreux moyens en œuvre pour agir tant qu’il est encore temps. Mais de quel délai disposons-nous encore avant que la résistance bactérienne ne devienne générale ?

 

Janlou Chaput, Futura-Sciences

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