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Cancer et environnement : On peut encore éviter une catastrophe sanitaire

Publié par David Jarry - Administrateur sur 15 Décembre 2013, 18:01pm

Catégories : #Santé

Jilin, Chine : une femme et son enfants marchent dans les rues de Jilin lors d’un épisode de smog au nord est de la Chine en octobre 2013. © CHINA OUT AFP PHOTOJilin, Chine : une femme et son enfants marchent dans les rues de Jilin lors d’un épisode de smog au nord est de la Chine en octobre 2013. © CHINA OUT AFP PHOTO

 

 

 

Les cancers sont de plus en plus nombreux et notre environnement moderne en est la cause : que ce soient les milliers de molécules chimiques qui l’ont contaminé, la malbouffe, la pollution urbaine, … André Cicollela, chimiste, toxicologue et conseiller à l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), a créé le Réseau environnement santé. Il est à l’origine de l’interdiction du bisphénol A dans les biberons et du perchloréthylène dans les pressings, … Il vient de publier “Toxique Planète”.

 

 

Vous annoncez une catastrophe sanitaire.  De quoi s’agit-il ?

 

Aujourd’hui, 2 décès sur 3 dans le monde sont le fait de maladies chroniques. En France, c’est 98 % : les maladies infectieuses qui étaient autrefois les principales causes de mortalité ont considérablement reculé grâce aux progrès de la médecine et de l’hygiène. Elles ne représentent plus que 2% des décès.  

A l’inverse, les maladies chroniques, comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires ou respiratoires, le diabète… progressent. Les cancers sont ainsi devenus la première cause de mortalité dans le pays. Il y a environ 1000 nouveaux cas par jour, et rien qu’entre 1980 et 2005, le nombre de cas a augmenté de 89 %! Avec des inégalités régionales fortes : dans le Nord-Pas-de-Calais, l’incidence est tellement élevée que si c’était un pays, il serait le premier au monde pour le cancer du sein. Et c’est en Martinique, que l’incidence du cancer de la prostate est la plus élevée au monde. Or, la plupart de ces maladies trouvent leur origine dans notre environnement moderne : dans les milliers de molécules chimiques qui le contaminent, mais aussi dans la malbouffe, la sédentarité, la pollution de l’air, les stress et les inégalités. Ce bouleversement est appelé transition épidémiologique par les spécialistes. Paradoxalement, les autorités sanitaires s’en préoccupent peu.

 

 

Pourtant, c’est un enjeu majeur !

 

En effet, et y compris en termes économiques : un rapport de l’école de santé publique de Harvard a estimé le coût de l’ensemble des maladies non transmissibles dans le monde à 2350 milliards de dollars par an ! En France, si on étudie les maladies de longue durée, qui sont essentiellement non infectieuses, l’augmentation des coûts pour la seule assurance maladie atteint 400 milliards d’euros entre 1994 et 2009. Et pour l’année 2012, 63 milliards.

Vous avez réussi à faire interdire en France le bisphénol A dans les biberons ou le perchloréthylène dans les pressings. Mais de nouvelles molécules sont régulièrement incriminées. Est-ce un combat sans fin ?

 

Non, pas du tout. Ces exemples marquent au contraire, à chaque fois, des succès, des progrès. Mais c’est un combat de longue durée. On sent bien qu’il faut changer de grille de lecture et aller vers un environnement plus sain. Mais cela ne se fera probablement pas en une seule génération. Pourtant, et comme le montrent les exemples que vous citez, on peut obtenir, sur certaines molécules, des résultats très rapidement.

 

 

Est-ce que l’ennemi, c’est l’industrie chimique ?

 

La chimie moderne est évidement à l’origine d’une partie des problèmes. Mais elle peut également devenir une partie de la solution : elle peut produire des molécules moins toxiques. La chimie n’est donc pas vouée à disparaître, elle est vouée à repenser son modèle. Aujourd’hui, il faut travailler avec des molécules dont l’impact sanitaire a été évalué. Il existe ainsi des produits labélisés et il faut les utiliser : par exemple, pour les peintures, utiliser des produits qui portent le label “PURE”. Pour les produits de beauté, il existe des labels comme Cosmebio, pour ne citer que ces deux exemples.

 

 

Est-ce que vous incriminez les lobbys de l’industrie ?

 

Le problème du lobbying est secondaire car l’enjeu principal consiste à ouvrir les yeux sur un problème majeur de santé publique. Ce n’est pas parce que la mortalité régresse que la santé des Françaises et des Français n’a jamais été aussi bonne, comme le disent certains. Dans les faits, il y a 27 millions de personnes en situation de maladie chronique dans le pays !

 

La mortalité régresse parce que nous disposons d’un bon système de soins, mais celui-ci est en train d’imploser, justement à cause des maladies chroniques. Face à cette crise majeure, il n’y a que deux solutions : soit on laisse le système imploser et on revient en arrière sur notre couverture santé, soit on repense notre politique de sanitaire en prenant en considération le fait que les maladies ont des causes, ce que l’on a trop oublié ces derniers temps. Et que celles-ci se trouvent en partie dans notre environnement.

 

 

Quel est donc l’obstacle le plus important ?

 

Il manque un effort scientifique national majeur. La recherche en France sur le sujet est très faible, et très en retard sur ce qui se fait dans d’autres pays. La raison officielle en est que l’Agence Nationale sur la Recherche veut se donner le temps de la réflexion. Dans les faits, elle cherche surtout à se débarrasser du sujet. C’est le grand principe du “Circulez, y a rien à voir”. Bien sûr, si on ne cherche pas, on ne trouve pas, et donc on ne change rien.

 

 

Quelles sont les mesures qu’il faudrait prendre ?

 

Ce n’est pas tant une mesure en particulier qu’il faut prendre qu’une ambition qu’il faut se donner. L’alliance mondiale contre les maladies non transmissibles s’est fixé en 2012 comme objectif de réduire de 25 % la mortalité de ces maladies d’ici à 2025. C’est cet objectif qu’il faut reprendre. Il est atteignable.

Au lieu de discours pompeux sur l’innovation, il faut regarder les statistiques, enlever ses oeillères, et prendre le problème à bras le corps, c’est-à-dire faire de la politique. Il faut notamment organiser une grande conférence santé-environnement. Malheureusement, ce n’est pas la voie que suit pour l’instant le gouvernement puisque les ONG qui s’occupent des questions de santé et d’environnement n’ont pas été invitées du Conseil national de la transition écologique

 

Toxique Planète, le scandale invisible des maladies chroniques, publié en octobre 2013 aux éditions du Seuil, 310 pages, 19 euros.

 

 Olivier Blond

 

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Commenter cet article

gwendal 16/12/2013 00:12


Face à la baisses des maladies microbiennes (de 98% à 2%), le lobby chimique (qui n'est pas philanthrope) a créé les
maladies chroniques


Imaginer que ce serait le fruit d'un hasard, qui n'existe pas, serait au minimum une grande naiveté...

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