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"Comment rendre l'obsolescence programmée... obsolète?"

Publié par Dav sur 18 Juin 2013, 20:15pm

Catégories : #Société

Alors que le Sénat débat autour de la proposition de loi relative à l'augmentation de la durée de vie des produits, Thomas Braschi et Pierre Peuvion, consultants chez BeCitizen, avancent des solutions pour mettre fin à l'obsolescence programmée. 

 

 

La proposition de loi du groupe écologiste relative à l'augmentation de la durée de vie des produits propose de rendre délictuelle. l'obsolescence programmée.

 

REUTERS/Arnd Wiegmann

 

Le 23 avril 2013, le Sénat a entamé le débat autour de la proposition de loi du groupe écologiste relative à l'augmentation de la durée de vie des produits et à la lutte contre l'obsolescence programmée. Popularisé par les médias, ce sujet est, pour beaucoup, le symbole d'un certain modèle industriel productiviste, prospérant au détriment des consommateurs et de l'environnement, et le sujet d'un arbitrage apparemment nécessaire entre économie et écologie

Plus d'un million de tonnes de déchets électriques et électroniques produits rien qu'en France 

 

Le texte propose notamment de rendre délictuelle l'obsolescence programmée, qu'il définit comme "l'ensemble des techniques par lesquelles un fabricant ou un importateur de biens vise, notamment par la conception d'un produit, à raccourcir délibérément la durée de vie ou d'utilisation potentielle de ce produit afin d'en augmenter le taux de remplacement". Cela permettrait à certains fabricants des débouchés commerciaux après que le taux d'équipement des ménages est arrivé à saturation. Conséquence: la surexploitation d'un stock limité de ressources et plus d'un million de tonnes de déchets électriques et électroniques produits rien qu'en France chaque année. 

 

Mais le débat porte aussi sur le plan économique, à l'heure où le financement de la transition écologique est questionné: l'argent manquerait pour financer une économie verte, mais pas pour produire et acheter des produits à la fin de vie programmée? Loin de soutenir une destruction créatrice de valeur et d'emplois que J. Schumpeter a conceptualisée, ce modèle de l'obsolescence enferme dans une consommation contre-productive et inutile. De même, le financement et l'énergie que les entreprises dédient au développement et la promotion de produits à courte durée de vie et peu innovants, ne favorisent pas l'émergence de nouvelles solutions porteuses de réels progrès.  

Si le texte de loi propose de réelles avancées, telle l'extension progressive de la durée de garantie légale ou l'accès obligatoire aux pièces détachées pendant 10 ans, une approche réglementaire, seule, ne suffira pas à réorienter les modes de production et de consommation vers une économie durable. 

 

Combien y a-t-il d'anciens téléphones mobiles dans les tiroirs qui fonctionnent, mais ne servent jamais? 

 

Le rôle des consommateurs dans ce gaspillage organisé doit être pris en compte dans le débat. Si d'après le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé, à l'origine de la proposition de loi, "la durée de vie des produits est un sujet fortement perçu par les citoyens", il est important de revoir les habitudes de consommation. Quel est, en effet, l'intérêt pour les fabricants d'allonger la durée de vie de leurs produits si les consommateurs "zappeurs" préfèrent une utilisation éphémère de ces appareils? Combien y a-t-il d'anciens téléphones mobiles dans les tiroirs qui fonctionnent encore mais ne servent jamais, depuis que le dernier modèle à la mode leur a été préféré? 

 

Pour Brooks Stevens, célèbre designer américain de l'après-guerre, l'obsolescence programmée n'est pas un simple procédé technique, et elle dépasse de loin le secteur des produits électriques et électroniques. C'est avant tout cette alliance du design et du marketing qui installe chez le consommateur "un désir de posséder un bien un peu plus neuf, un peu plus performant, et un peu plus tôt que nécessaire...". 

 

Cette fréquence d'achat soutenue est un ingrédient essentiel du développement économique depuis les Trente Glorieuses. A l'heure du débat sur la croissance et sur la rigueur, il est impossible d'opter pour moins de consommation sans proposer de modèle alternatif capable de redynamiser l'industrie. 

 

L'économie circulaire pour sortir du modèle "extraire-produire-consommer-jeter" 

 

Sortir du modèle industriel "extraire-produire-consommer-jeter", tout en créant des opportunités d'innovations et de développement, c'est précisément ce que propose l'économie circulaire. Les partisans de ce concept (comme la fondation Ellen MacArthur en Angleterre ou le très récent Institut de l'Economie Circulaire en France) s'inspirent du fonctionnement des écosystèmes pour mettre fin au gaspillage des ressources et améliorer la qualité des produits et services. 

 

Quelles conséquences pour les fabricants? Ce concept les invite tout d'abord à se poser les bonnes questions sur leur chaîne de valeur et leur rapport à la production. Comment concevoir des appareils pouvant recevoir "des mises à jour" tout en conservant leur structure principale, sur le modèle des logiciels? Comment innover via le prisme de la fonctionnalité et de la finalité de son activité, plutôt que par celui de l'objet fabriqué? Certains constructeurs automobiles commencent ainsi à se définir comme des "fournisseurs de mobilité", ce qui leur permet de réfléchir à des solutions qui sortent de leur cadre de réflexion traditionnel (comme le montrent les initiatives de Citroën ou BMW sur l'auto-partage).  

Même si les réalisations concrètes demeurent encore rares, les pistes sont nombreuses. Elles seront prises avec succès moyennant une créativité et une ambition suffisante du côté des industriels, et un minimum d'adhésion et de soutien de la part des consommateurs. 

 

Ce n'est pas nécessairement consommer moins, ou plus cher, mais consommer mieux 

 

Pour les citoyens, la sortie progressive du modèle de l'obsolescence signifie la mise en avant de l'utilité, de la qualité et du long-terme. Ce n'est pas nécessairement consommer moins, ou plus cher, mais c'est consommer mieux, en intégrant dans les décisions d'achat le manque à gagner économique lié à une utilisation éphémère et superficielle des produits. Les sommes économisées en multipliant par deux la période d'utilisation des produits électroménagers et électroniques pourraient être utiles pour d'autres dépenses: des vacances plus longues ou des sorties plus fréquentes, une alimentation de meilleure qualité, voire une contribution à des travaux de confort et d'efficacité thermique?  

Par ailleurs, il s'agit d'encourager l'émergence de ces nouveaux services qui pourront apporter un réel progrès, tel que l'ont déjà fait le covoiturage ou le Vélib' dans le domaine de la mobilité par exemple.  

 

A l'heure actuelle, près de 90% des Français considèrent que la crise doit être une occasion de revoir les modes de vie et de consommation: le moment est donc opportun pour leur proposer des solutions efficaces économiquement et capables de prouver que prospérité et plaisir peuvent être déconnectés d'une consommation de masse devenue obsolète. 

Les auteurs

Thomas Braschi est chef de projet. Il encadre des missions de création de produits, de business models et de véhicules financiers profitables qui contribuent positivement aux bilans environnementaux et sociaux.  

Pierre Peuvion est consultant. Il intervient sur les missions de conseil en stratégie Economie Positive auprès de grands groupes, d'établissements publics ou de fonds d'investissement.

 

Le Nouveau Paragime bis copyright-001-copie-1 

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lasorciererouge 02/07/2013 21:30


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gwendal 19/06/2013 01:13


Très bonne initiative! L'obsolescence programmée a aussi détruit le "paysage" quotidien: il suffit de regarder les voitures de maintenant pour comprendre!


Sans parler de leur piêtre qualité, elles sont moches et se ressemblent toutes, alors qu'il y a à peine 25 ans
on reconnaissait facilement une peugeot d'une renault ...une opel d'une citroen... Non seulement elles gachent la vue par leur extrème mocheté, mais en plus tous les constructeurs ont perdu leur "patte" (style propre). Avant elles avaient une gueule ...comme belmondo, delon, pierre richard, miou-miou. Maintenant, elles ressemblent aux acteurs et actrices actuels: n'importe
lequel et laquelle peut remplacer n'importe lequel et laquelle sans que çà change quoi que ce soit!


Certains sont en train de fabriquer une société uniformisée, alors que ceux qui y vivent, nous, nous sommes uniques, bien que tous de la même "famille"...


Ma conclusion: aux chiottes l'obsolescence programmée et l'uniformisation

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