En septembre, des scientifiques de l'université de Berkeley (Californie) réussissaient l'exploit de reconstituer des images de personnes dont seul le cerveau avait, jusqu'ici, le secret. Les participants regardent un film, et les signaux cérébraux correspondant aux images qu'ils voient sont convertis en modèles informatiques permettant de les redessiner, certes un peu floues, mais reconnaissables. La voie était potentiellement ouverte à une technologie permettant de déceler ce qui se trame dans notre tête, jusqu'aux rêves ou aux souvenirs.

Dans la zone couverte par les électrodes (ligne pointillée blanche), les zones d'activité sont localisées dans le lobe temporal supérieur. PLoS biology


Cette fois, une autre équipe de l'université de Berkeley va un peu plus loin dans ce fantasme d'intrusion dans le mental humain, en décodant non plus des images mais des mots, pensés par les participants d'une étude publiée dans la revue PLoS Biology. Les scientifiques ont placé des électrodes à la surface du lobe temporal supérieur de 15 patients - lobe chargé de l'audition mais aussi de certaines étapes du processus de la parole, telles que la conversion de sons en "phonèmes" signifiants. Ils ont ainsi enregistré leur activité neuronale au moment où ils écoutaient des mots et phrases pré-enregistrés. Puis deviné, et même reconstruit ces mots directement à partir de cette activité cérébrale, en des sons plutôt compréhensibles. On appelle cela de la "reconstruction de stimulus". Brian Pasley, neuroscientifique à Berkeley, qui a mené l'étude, y voit des "preuves que la perception et l'imagination peuvent être assez similaires dans le cerveau", dit-il dans la revue Nature.

Les spectogrammes de six mots, dont trois sont des faux (fook, ors, nim) présentés oralement aux participants : en haut, l'original, en bas, le spectogramme reconstitué grâce aux électrodes. PLoS Biology
Le procédé pourrait être précieux d'un point de vue clinique. Notamment pour les personnes atteintes d'aphasie (du grec phasis, parole : sans parole), ou encore du syndrome d'enfermement, quand seules les paupières sont encore douées de mouvement. Bref, lire dans les pensées d'autrui peut se révéler utile pour communiquer avec tous ceux qui ne peuvent les exprimer.