Le Nouveau Paradigme

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Du Césium dans les sapins

Publié par Dav sur 17 Novembre 2012, 17:31pm

Catégories : #Environnement

Avec le nucléaire, on n’est jamais au bout de nos surprises.

 

Des chercheurs de l’université de Tsukuba, au Japon, ont démontré dans une étude récente que, 6 mois après la catastrophe de Fukushima, 60 % du césium relâché par la centrale avait été capté par les conifères.

 

Cette étude, réalisée par Hiroaki Kato et son équipe, de la Faculté des Sciences de l’Environnement et de la Vie de Tsukuba, sera publiée en janvier 2013 dans le « journal of environmental Radioactivity » et a été publiée en ligne le 10 novembre 2012 dans la revue « Geophysical Research Letters ». lien

Il faut savoir que le césium 137, celui qui pose encore aujourd’hui des problèmes à Tchernobyl, a une période (ou demi-vie) de 30 ans, ce qui signifie qu’il sera présent encore pendant au moins un siècle dans l’environnement, sa radioactivité diminuant progressivement de moitié tous les 30 ans. lien

Or celui qui est emprisonné à la cime des arbres japonais, surtout des cèdres et des cyprès, piégé par les aiguilles des conifères, finira dans le sol, et quand il sera à  25 cm de profondeur, sera captés par les racines des arbres, pour remonter enfin dans les branches, puis les aiguilles, réalisant années après années, un circuit interminable.

Les champignons, et les animaux de la forêt en feront d’abord les frais, puis ce sera au tour des humains à qui il viendrait la mauvaise idée de les consommer. lien

La forêt qui a servi de base à l’étude des scientifiques est pourtant située à 150 km au sud de la centrale accidentée et les valeurs enregistrées sont du même ordre que celles que l’on avait pu mesurer dans les zones touchées en France au moment de Tchernobyl.

Pour Hiroaki Kato et son équipe, il faudrait peut-être couper une partie de ces forêts, les éclaircir afin de diminuer la contamination, mais ils déconseillent son utilisation pour le chauffage, puisque finalement la radioactivité se retrouverait dans les cendres.

A la lumière de cette découverte, on peut s’interroger sur notre situation en Europe, après la catastrophe de Tchernobyl lors du passage du nuage radioactif au dessus de nos forêts en 1986.

Sur cette carte, on peut constater l’étendue de ces zones contaminées en France.

Le césium 137, relâché alors, a du logiquement suivre le même processus, et se retrouver aujourd’hui disséminé un peu partout, dans les champignons, les animaux, et logiquement les êtres humains qui s’en nourrissent.

Il ne serait pas inintéressant que les autorités de sureté nucléaire étudient nos conifères, dans les Vosges, ou les Alpes, régions qui ont été largement contaminées par Tchernobyl, afin de vérifier si le césium est toujours présent dans ces arbres, ce qui semble assez logique, et en quelle quantité s’y trouve-t-il ?

cette tache devrait être dévolue à l’INRS, (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) laquelle mesure en continu l’éventuelle radioactivité ambiante sur 2164 points du territoire national. lien

Mais ça ne semble pas pour l’instant à l’ordre du jour d’un gouvernement qui, avec François Hollande, peine à tourner la page du nucléaire, à la lumière des déclarations fracassantes non désavouées d’Arnaud Montebourg concernant « l’avenir du nucléaire  », ce qui est manifestement l’une des raisons du refus de Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace de participer au débat sur l’énergie, d’autant que les lobbys pro nucléaires sont invités en nombre à cette rencontre. lien

Au Japon, la facture de Fukushima continue de s’allonger et TEPCO estime que le cout du traitement de la catastrophe nucléaire de Fukushima pourrait atteindre 100 milliards d’euros, soit le double de ce qui était initialement prévu. lien

Cette somme destinée à la décontamination et au dédommagement des victimes ne comprend pas le démantèlement des 4 réacteurs, lequel pourrait s’étaler sur une quarantaine d’année.

Mais pour faire le bilan définitif des conséquences de la catastrophe, il faudrait aussi y inclure les effets collatéraux sur le commerce, l’industrie, le tourisme, en élargissant le périmètre de réflexion bien au-delà du seul secteur de Fukushima, mais au territoire national, voire plus.

On sait en effet que la pollution émanant de la centrale s’échappe en continu depuis plus de 20 mois, polluant l’air, le sol, et l’Océan, dans lequel on pêche de plus en plus de poissons chargés en césium. lien

Ces poissons ne sont pas seulement issus des cotes japonaises, mais aussi pêchés au large des côtes californiennes. lien

Pourtant, encore récemment, l’IRSN affirmait que « la consommation de poissons du pacifique péchés en dehors de la zone économique exclusive du Japon ne présente aucun risque pour les consommateurs ».

On peut à juste titre s’inquiéter de telles affirmations, faites manifestement dans le but de rassurer, car c’est justement cet organisme qui est censé prévenir la population en cas de danger. lien

Ce n’est pas une nouveauté, et à plusieurs reprises l’IRSN a publié des informations optimistes et sujettes à caution, comme celles données en mai 2011 au sujet des piscines de refroidissement : « il convient de noter que les éléments disponibles actuellement sont de nature à confirmer l’hypothèse selon laquelle il n’y aurait pas eu de dégradation importante des combustibles entreposés ». lien

On sait aujourd’hui que de lourdes poutrelles sont tombées dans la piscine n°4 (photo) et que des assemblages de combustible ont été endommagés, (lien) ce qui est aussi le cas dans une autre centrale, celle d’Onagawa. lien

D’ailleurs une polémique était née entre la CRIIRAD et l’IRSN quelques jours après la catastrophe : ces 2 organismes avaient fait des lectures différentes de la pollution radioactive émanant de Fukushima.

Alors que l’IRSN tenait des propos rassurants, évoquant l’absence de risque pour la santé des français, la CRIIRAD, constatant que les filtres utilisés ne permettent pas de piéger l’iode présent dans l’air sous forme gazeuse, demandait des mesures complémentaires. lien

Il y a une autre centrale nucléaire japonaise dont on a peu parlé : c’est pourtant la plus grosse centrale nucléaire du monde, et elle a connu de gros problèmes il y a 5 ans.

C’est celle de Kashiwazaki-Kariwa (photo) : elle ne reprendra pas son activité prochainement ainsi que cela était prévu : le mur qui devait protéger les 7 réacteurs contre d’éventuels tsunamis ne sera pas terminé avant le mois de juin 2013. lien

Ce qui est moins connu, c’est qu’elle a subi de sérieux dommages lors du séisme du 16 juillet 2007 d’une force de 6,8° sur l’échelle de Richter, et, d’après l’exploitant, un certain TEPCO, elle avait subi « de légères fuites radioactives » lien

Les experts de l’AIEA avaient pourtant jugé que « le séisme avait dépassé de manière significative la capacité de résistance conçue de la centrale… » .

Il semble qu’une fois de plus, tout a été fait pour minorer les conséquences du séisme, puisqu’il y aurait eu à l’époque 13 fuites de liquide radioactif, et de l’eau avait débordé de la piscine de stockage, se déversant dans « un secteur non contrôlé  ».

Annonçant que le séisme avait provoqué un incendie, détruisant un transformateur, Tepco a assuré «  que les fuites radioactives n’avaient représenté aucune menace pour la population locale…  ». lien

Mais depuis les cachoteries à répétition dont l’entreprise japonaise est coutumière, on ne pouvait qu’avoir des doutes sur cette affirmation.

Au moment de la catastrophe de Fukushima, Tepco avait affirmé en avril 2011 qu’un peu plus de 300 000 terabecquerels de substances radioactives avaient été rejetées dans l’air, pour reconnaitre plus tard qu’il s’agissait en fait de 900 000 terabecquerels. lien

D’ailleurs quelques jours après le séisme du 16 juillet 2007 à Kashiwazaki-Kariwa, Tepco reconnaissait avoir sous estimé le niveau de radioactivité : celui-ci avait atteint 90 000 Bq, et qu’il y a avait eu au total une cinquantaine « d’incidents » dans la centrale : incendie, fuites de carburant, bris de matériels… lien

C’était en 2007…une forme d’avertissement et il semble que la leçon n’ait pas été bien retenue.

Comme dit mon vieil ami africain : « les œufs d’une poule noire ne sont pas noirs  ».

L’image illustrant l’article provient de « paesaggio.over-blog.com »

 

Merci aux internautes de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

NP le nouveau paradigme

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