Le Nouveau Paradigme

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Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


Interdira-t-on les prévisions climatiques ?

Publié par Dav sur 2 Juin 2012, 20:54pm

Catégories : #Société

 

C'est une histoire tellement incroyable qu'il vaut mieux commencer par livrer les faits tels que les a rapportés, lundi 28 mai, le News & Observer, journal implanté en Caroline du Nord. Les autorités fédérales américaines ayant estimé qu'en raison de leur relief peu élevé, les côtes de cet Etat étaient vulnérables face à la montée du niveau de l'océan due au réchauffement climatique, il a été demandé à une commission scientifique d'évaluer les risques. Son rapport, rendu à la Commission des ressources côtières de Caroline du Nord, a expliqué qu'il fallait s'attendre à une montée des eaux d'un mètre d'ici à la fin du siècle, avec pour corollaire quelque 5 000 kilomètres carrés de terres passant dans la catégorie des zones inondées ou inondables. Ce qui signifie, en clair, des conséquences économiques importantes avec le bouleversement de la politique locale d'aménagement du territoire, la fin de projets de stations balnéaires et l'obligation de construire des routes surélevées.

 

Beaucoup trop pour le NC-20, un groupement de 20 comtés côtiers de Caroline du Nord. Jugeant que le catastrophisme était mauvais pour les affaires et qu'il ne fallait pas s'appuyer sur "des modèles informatiques basés sur de simples hypothèses humaines", ce lobby local est donc passé à l'offensive contre ce rapport scientifique, avec tant d'efficacité que l'évaluation d'1 mètre de hausse du niveau de l'océan a été substantiellement revue à la baisse : la Commission des ressources côtières a finalement validé le chiffre de 15,6 pouces, soit un peu moins de 40 centimètres. Mais cette contre-attaque ne s'est pas arrêtée là. Un texte amendant une loi sur la politique d'aménagement des côtes de Caroline du Nord a même été préparé en avril, qui ajoute des restrictions sur l'évaluation de la hausse du niveau de l'océan dans cet Etat ! Il explique notamment que la Division de la gestion des côtes (qui n'est pas un organisme scientifique) sera la seule agence habilitée à la réaliser et ce uniquement à la demande de la Commission des ressources côtières. Les chercheurs pourront toujours effectuer des calculs dans leur coin, cela ne sera pas pris en compte par la Commission.

 

Ce texte présenté par des élus républicains va même plus loin en expliquant comment la hausse future du niveau de l'océan devra être estimée ! La prévision ne s'appuiera sur aucun modèle de climatologie mais devra seulement être extrapolée à partir des relevés historiques de niveau de la mer effectués depuis 1900. Quant à l'extrapolation elle-même, il s'agira d'une simple ligne droite prolongeant la tendance passée et "n'inclura pas de scénario prévoyant une accélération de la montée du niveau des océans". Alors même que tous les modèles prévoient ce genre d'accélération et que les mesures effectuées ces dernières années, en particulier par les altimètres des satellites Topex-Poséidon et Jason 1 et 2, concordent avec ces prévisions.

On pourrait très bien arguer que la valeur de 15,6 pouces est tout à fait correcte puisqu'elle s'insère bien dans la fourchette allant de 18 à 59 centimètres inscrite dans le rapport du GIEC de 2007. Ce serait omettre que cette fourchette a été volontairement conservatrice comme le précisait à l'époque le GIEC lui-même : "Les projections ne tenant compte ni des incertitudes liées aux rétroactions entre le climat et le cycle du carbone, ni des effets complets de l’évolution de l’écoulement dans les nappes glaciaires, les valeurs supérieures des fourchettes ne doivent pas être considérées comme les limites supérieures de l’élévation du niveau de la mer." Dans les faits, la perte de masse des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique s'accélère depuis plusieurs années comme l'ont montré les mesures des satellites GRACE. Une étude de 2009 a donc réévalué la hausse à venir du niveau des mers : selon le scénario le plus modéré (augmentation de température limitée à 2°C à la fin du siècle), la hausse moyenne serait de 104 centimètres, ce qui est en bon accord avec la mesure donnée par le panel de chercheurs s'intéressant aux côtes de la Caroline du Nord.

 

Le projet de loi en question n'a, à ma connaissance, pas encore été soumis au vote. Cela dit, et au-delà des disputes sur les chiffres, on ne peut que trouver inquiétantes cette envie de vouloir faire taire la science par la législation et cette manière de se dire qu'un phénomène naturel sera limité parce que des responsables politiques ont décidé de le sous-évaluer. Cela rappelle évidemment l'arrêt aux frontières de la France du "nuage" radioactif de Tchernobyl. La hausse conséquente du niveau des océans au XXIe siècle aura lieu partout sur la Terre sauf en Caroline du Nord où elle sera limitée à moins de 40 cm, alors que l'article du News & Observer fait remarquer que d'autres Etats côtiers américains comme la Louisiane, la Californie, le Delaware et le Maine se préparent respectivement à des hausses de 1, 1,4, 1,5 et 2 mètres.

 

Il se peut aussi que rien de tout cela n'arrive, à en croire le sénateur républicain de l'Oklahoma James Inhofe, tout simplement parce que Dieu ne permet pas le changement climatique. C'est écrit dans la Bible. Lors d'une intervention à la radio début mars, cet homme politique a cité un passage de la Genèse pour soutenir son propos : "Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront point." Il a ajouté : "Dieu est toujours là-haut. Je suis scandalisé par l'arrogance des gens qui pensent que nous, êtres humains, serions capables de changer ce qu'Il fait avec le climat." Tout est dit.

 

Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur Twitter)

publi 3-4"Vers un nouveau paradigme"

2012 et aprés

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lasorciererouge 02/07/2012 22:23


GULF STREAM : Et si il s'arrêtait ?



Et si le Gulf Stream s'arrêtait ?, est un documentaire (0h45) de la série Les Grands Reportages, sur les conséquences qu'auraient l'arrêt de ce courant
marin, notamment pour l'Europe qui pourrait être plongé dans un hiver glacial pendant de nombreuses décennies.



Le Gulf Stream est un courant océanique qui prend sa source entre la Floride et les Bahamas et se dilue dans l'océan Atlantique vers la longitude du Groenland
après avoir longé les côtes européennes. On ignore encore l'importance exacte des impacts du Gulf Stream sur le climat européen continental ou océanique, ou sur la formation des
nuages.
Une étude publiée en 2002 par Richard Seager, climatologue de l'Université Columbia, étaye par des modèles l'hypothèse que l'effet du Gulf Stream est nettement
moins important que l'effet des mouvements atmosphériques. Les simulations de Richard Seager laissent penser que l'écart hivernal de température moyenne observé entre l'est des États-Unis et
l'ouest européen, à l'exception notable de la Norvège, n'est que peu lié au Gulf Stream, mais plutôt aux sens des vents dominants qui diffèrent. Le Gulf Stream aurait dans les différents
modèles testés par R. Seager un effet nettement plus faible, et son arrêt ne changerait rien au fait que l'Amérique du Nord resterait plus froide que l'Europe en hiver.
Ses modèles suggèrent un refroidissement de l'ordre de 4,5 à 6 °C aux latitudes moyennes, et de l'ordre de 20 °C en Norvège, en cas d'arrêt du transport de
chaleur océanique, mais également réparti de part et d'autre de l'Atlantique. Cet effet ne ferait alors, aux latitudes moyennes, que compenser le réchauffement global.



Des chercheurs ont émis l'hypothèse que le réchauffement climatique pourrait entraîner l'arrêt de la circulation thermohaline, par diminution de la salinité et
augmentation de la température de l'océan arctique. Cette circulation des eaux empruntant le Gulf Stream sur une partie de son trajet.
Ce vaste courant océanique de surface de l’Atlantique en provenance de la zone intertropicale et qui baigne les côtes européennes, ce qui nous assure des hivers
doux et des étés tempérés, ne devrait pas pouvoir s'arrêter. Pourtant, une diminution de son intensité, voire même son arrêt complet ne sont pas impossibles car l’histoire climatique de la
planète le prouve. Le Gulf Stream a déjà connu de sérieuses perturbations dans son courant.
Des chercheurs canadiens, américains et britanniques, dont les travaux ont en partie été soutenus par le 5e programme-cadre de recherche de l'Union européenne,
estiment que le réchauffement global de notre planète entraîne depuis 10 ans une modification de la salinité des océans, ce qui pourrait perturber la circulation thermohaline des courants
marins.



C’est l’évaporation plus importante des eaux de surface dans la région intertropicale, générant un surplus important de vapeur d'eau dans l'atmosphère et des
précipitations d’eau douce plus intenses aux plus hautes latitudes, qui serait responsable de cette modification de la salinité dans l’Atlantique nord.
Des eaux moins chargées en sel s’enfoncent plus difficilement vers les profondeurs marines, or, c’est précisément ce qui se produit avec le Gulf Stream au nord de
l’Islande. C’est là que le fameux courant plonge vers les fonds océaniques pour retourner vers les Tropiques puis, plus loin encore, vers l’océan Antarctique. Ce courant océanique profond est
en quelque sorte le courant retour du Gulf Stream de surface.
L’apport d’eau douce supplémentaire, suite à des précipitations plus intenses, empêcherait le Gulf Stream de plonger en Arctique vers les fonds océaniques et donc
enrayerait la vaste machine climatique mondiale, ce qui à terme interfère, voire bloque en surface le Gulf Stream.



Les conséquences pourraient être importantes car, avec un Gulf Stream connaissant de graves perturbations, l’Europe, privée de ses effets, plonge à son tour dans
une nouvelle période froide. Les hivers à Lisbonne risquent ainsi de devenir aussi rigoureux que ceux de New York.
L’histoire climatique de notre planète montre que de tels phénomènes dus à un apport considérable d’eau douce dans les eaux de l’Atlantique nord, suite au
déchargement massif des glaces de l’inlandsis américain, ont déjà enrayé la mécanique du Gulf Stream par le passé.




- Voir aussi :


LA NAISSANCE DES OCÉANS ET L'ORIGINE DE L'EAU SUR TERRE -
Superscience


CLIMAT :
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