Fin novembre, ISON a honoré son unique et fatal rendez-vous avec notre astre. La comète est née dans le nuage d’Oort, vaste sphère composée de blocs de glace entourant le Système solaire. À l’époque où il n’y avait même pas une bactérie sur la jeune planète Terre, ISON commençait sa lente chute vers le Soleil en gagnant de plus en plus de vitesse. Sa matière porte une marque intacte du milieu interstellaire. Sergueï Boulat, directeur du groupe de cryoastrobiologie de l’Institut de physique nucléaire de Saint-Pétersbourg, explique que c’est pour cela qu’aura lieu une véritable chasse sur Terre.

 « Lorsque la comète a volé vers le Soleil, il y avait déjà une trainée de gaz et de poussière derrière elle. Maintenant, à la mi-janvier, la Terre va rentrer dans cette trainée, qui existait déjà avant son approche du Soleil. Notre objectif est de rassembler les restes de cette poussière qui n’auront pas été trop soumis à la chaleur. Elle a quatre milliards d’années et des poussières. Il s’agit surtout de microparticules de poussière ne mesurant pas plus que quelques microns. Pourquoi ? Ces particules, en rentrant dans l’atmosphère terrestre, même à une grande vitesse, n’ont pas été suffisamment chauffées pour que toute la matière organique qu’elles pourraient contenir disparaisse totalement. »

 

 Les membres de l’expédition russe en Antarctique, l’endroit le plus pur au monde, vont partir trois fois à la chasse aux grains de poussière d’ici la fin du mois de janvier. Sergueï Boulat ajoute que la matière congelée sera envoyée en laboratoire à partir de la station Vostok et sera étudiée au microscope électronique.

 

 « L’important est que l’accent soit mis sur les composés carbonés. Il se peut qu’il y ait des blocs de vie, de nucléotides ou d’acides aminés. Si ces particules sont bien rassemblées, il sera alors possible de répondre à la question +Y avait-il des blocs de vie au moment de la formation de la Terre ?+ »

 

 Fondue par la chaleur de l’astre, la comète a totalement disparu. Ses restes représenteraient également un intérêt pour la science. Malheureusement, Dmitri Vibe, directeur du département de physique et d’évolution des étoiles de l’Institut d’astronomie de l’Académie russe des sciences, souligne qu’ils ne passeront pas par la Terre.

 « En décembre, le télescope Hubble a recherché un nuage de fragments, le reste de la comète après sa rencontre avec le Soleil. Il se trouve très loin de la Terre, et il n’y a aucune chance qu’il rentre en collision avec nous. Nous ne nous trouvons pas dans cette partie de l’espace. Tout ce que nous pouvons voir, ce sont des particules que la comète a perdues avant sa rencontre avec le Soleil. »

 

 De plus, le scientifique doute que les grains de poussière de la queue de comète arrivent à tomber en Antarctique d’ici la fin du mois de janvier.

 

 « La fine poussière va freiner dans l’atmosphère et va tout doucement se fixer à d’autres poussières cosmiques que la Terre amasse lors de son mouvement. À quel point pourrons-nous être sûrs qu’une particule appartient à la comète ISON ? Même si nous trouvons ces particules et que nous déterminons leur composition chimique, il sera difficile de les lier à un corps céleste concret. »

 

 Selon le portail d’informations earthsky.org, les fines particules de comète pourront voyager via des courants d’air pendant plusieurs mois, provoquant ainsi un joli phénomène : un nuage noctulescent. Il n’y aura cependant probablement pas de pluie d’étoiles. Néanmoins, les comètes sont des objets imprévisibles et peu connus. Toute surprise est donc possible. ISON nous en a d’ailleurs déjà offert une. Elle aurait dû être une des comètes les plus brillantes du siècle, éclipsant même la pleine lune. Cela aurait été le cas si le corps céleste n’avait pas disparu prématurément.  N

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